Les furies

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En deux mots
C’est l’histoire de Lancelot et de Mathilde, racontée tour à tour par Lancelot, puis par Mathilde. Deux histoires d’un couple qui ne se ressemblent vraiment pas!

Ma note
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Les furies
Lauren Groff
Éditions de l’Olivier
Roman
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carine Chichereau
432 p., 23,50 €
EAN : 9782823609455
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, notamment en Floride, à New York, dans le Maine, à Poughkeepsie et Albany, État de New York où se trouve le Vassar College, à Boston dans le Massachusetts, dans le New Jersey ou encore à San Francisco, en Californie. Une période se déroule également en France, notamment à Nantes et à La Chapelle-de-l’Estuaire, à Paris et en Bretagne. Enfin, des voyages à Montréal, à Osaka, en Suisse et en Thaïlande, ainsi qu’à Londres y sont aussi évoqués.

Quand?
L’action se situe de la fin des années 1960 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils, pour la plupart. D’omissions. Si tu devais exprimer ce que tu penses au quotidien de ton conjoint, tu réduirais tout en miettes. Elle n’a jamais menti. Elle s’est contentée de ne pas en parler. »
Ils se rencontrent à l’université. Ils se marient très vite. Nous sommes en 1991. À vingt-deux ans, Lotto et Mathilde
sont beaux, séduisants, follement amoureux, et semblent promis à un avenir radieux. Dix ans plus tard, Lotto est devenu
un dramaturge au succès planétaire, et Mathilde, dans l’ombre, l’a toujours soutenu. Le couple qu’ils forment est l’image-type d’un partenariat réussi.
Mais les histoires d’amour parfaites cachent souvent des secrets qu’il vaudrait mieux taire. Au terme de ce roman, la véritable raison d’être de ce couple sans accrocs réserve bien des surprises.

Ce que j’en pense
Si Les Furies est le troisième roman de Lauren Groff, c’est le premier que je lis de cette Américaine de 39 ans. Mais il donne furieusement envie de découvrir les autres. Car l’originalité de sa construction le dispute à la brillance du style.
Il nous plonge dans l’intimité d’un couple, celui que forment Lancelot, dit Lotto, et Mathilde Satterwhite, dont on découvrira plus tard qu’elle s’appelle en fait Aurélie et que sa mère était poissonnière sur les marchés à Nantes.
La première partie est vue du point de vue de Lancelot, la seconde avec les yeux de Mathilde. Ce qui nous donne deux versions totalement différentes et met tout à la fois le ressenti que l’on peut avoir d’un même événement et le mensonge sous toutes ses formes au cœur d’un livre que l’auteur souhaitait au départ publier en deux volumes, baptisés Destins et Furies.
Tout commence merveilleusement bien pour le jeune couple. C’est la période de la lune de miel, celle de tous les possibles. Lancelot connaît ses premiers succès de comédien. Il rêve de gloire, soutenu par Mathilde. Et même si sa riche famille ne semble pas voir son union d’un bon œil, il croit en sa chance. D’autant que jusqu’à présent tout lui a souri, baigné dans cette atmosphère joyeuse de la fin des années 60. Aux premiers succès sur les planches, s’ajoutent ceux auprès des filles : « Lotto fut baptisé « Maître Queue ». Il serait faux de dire qu’il baisait tout ce qui passait, en réalité il voyait dans chaque fille le meilleur de ce qu’elle avait. »
Mais quand il rencontre Mathilde, il sent que les choses deviennent plus sérieuses, que sa vie prend un tournant. D’autant que sa femme devient bien plus qu’une compagne très agréable, une collaboratrice, une protectrice, une gestionnaire de carrière, apparemment pleine d’abnégation.
Et si les amis s’éloignent peu à peu, peu importe. Car Lotto choisit de se lancer dans une carrière de dramaturge, entend revisiter la mythologie et réussir en tant qu’auteur plutôt qu’en tant qu’acteur. De premiers succès font du bien à son égo, mais l’installent aussi dans une sorte de confort proche de la cécité. Car il ne voit plus la vie qu’à travers le prisme de cette œuvre qui se construit « Quelque chose se passait tout au fond de lui. Un haut-fourneau qui le carboniserait s’il s’ouvrait. Un secret si profondément enseveli que même Mathilde l’ignorait. »
Imperceptiblement, il s’éloigne de sa femme. À l’image de l’opéra sur lequel il travaille avec Leo, on sent le drame couver, on imagine l’issue tragique. Et si l’on voit bien le dessein de l’auteur qui entend souligner cette descente aux enfers avec les extraits des œuvres de Lancelot, il faut aussi reconnaître qu’elles rendent la lecture moins fluide… Jusqu’au moment où la version de Mathilde prend le relais.
Ici, les secrets ont un poids autrement plus lourd. Sur les circonstances qui ont conduit cette fille unique de France aux Etats-Unis, sur la relation qu’elle entretient avec son «protecteur», sur la manière dont elle partira à la recherche d’un bon parti. Le mariage n’est plus alors une belle histoire d’amour, mais le fruit d’un calcul qui tient davantage de Machiavel que de Cupidon.
Au fil des révélations, le récit devient stupéfiant, fascinant. Très troublant. Entre le personnage lisse et bien-né de Lotto et les failles et la complexité du personnage de Mathilde, Lauren Groff dissèque bien davantage qu’un mariage. Elle fait voler en éclat la légende de l’amour qui serait la «fusion avec l’autre», brise la version trop fleur bleue du rêve américain et radiographie une société qui se cherche des valeurs, une vision. On comprend, en refermant ce livre, que Barack Obama a pris beaucoup de plaisir à le lire. À votre tour…

Autres critiques
Babelio
Télérama (Marine Landrot)
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
Tribune de Genève (Boris Senff)
Culturebox (Laurence Houot)
Le Devoir (Chistian Desmeules)
Le Temps (André Clavel)
Blog Dingue de livres
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les mots de la fin
Blog Journal d’une lectrice
Blog Nyctalopes 

Les premières pages du livre http://www.youscribe.com/catalogue/documents/litterature/romans-et-nouvelles/les-furies-2793708

Extrait
« Ils s’appelaient Lotto et Mathilde. L’espace d’une minute, ils contemplèrent une mare remplie de créatures pleines d’épines qui, en se cachant, soulevaient des tourbillons de sable. Il prit son visage entre ses mains et embrassa ses lèvres pâles. Il aurait pu mourir de bonheur en cet instant. Il eut une vision, il vit la mer enfler pour les ravir, emporter leur chair et rouler leurs os sur ses molaires de corail dans les profondeurs. Si elle était à ses côtés, pensa-t-il, il flotterait en chantant. Certes, il était jeune, vingt-deux ans, et ils s’étaient mariés le matin même en secret. En ces circonstances, toute extravagance peut être pardonnée. »

A propos de l’auteur
Lauren Groff est né en 1978 à Cooperstown, NY, et a grandi à une rue du Baseball Hall of Fame. Elle est diplômée de Amherst College et a une maîtrise dans la fiction de l’Université de Wisconsin-Madison. Ses nouvelles ont été publiées ou sont à venir dans un certain nombre de journaux, dont The Atlantic Monthly, Ploughshares, Glimmer Train et dans les anthologies telles que Best American Short Stories 2007. Elle a reçu la bourse Axton dans la fiction à l’Université de Louisville, et a eu des résidences et des bourses à Yaddo et le Centre du Vermont Studio.
Le premier roman de Lauren, Les Monstres de Templeton, publié en Février 2008, figurait sur la liste des best-sellers du New York Times et Booksense. Son deuxième livre est un recueil de nouvelles. Elle vit à Gainesville, en Floride avec son mari, fils de Clay Beckett, et le chien Cooper. (Source : Babelio.com)

Site Wikipédia de l’auteur

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Dis-moi pourquoi

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Dis-moi pourquoi
Patrick Besson
Éditions Stock
Roman
162 p., 17 €
EAN : 9782234071117
Paru en septembre 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Campan près de Bagnères-de-Bigorre ainsi qu’à Lourdes. Les origines et les domiciles des protagonistes nous conduisent également à Chambon-sur-Voueize, à Paris, à Montrouge, à Dijon. Un séjour en Angleterre et un projet de voyage au Kenya, à Nairobi sont évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle a un problème, Julie : les hommes la quittent mais ne lui disent jamais pourquoi.
Lors d’un séjour chez ses parents dans les Pyrénées, elle rencontre un jeune inspecteur du fisc, qui la quitte le jour de leurs fiançailles. Sans lui dire pourquoi. Mais nous qui avons lu le livre, on sait pourquoi !
Dis-moi pourquoi est aussi la peinture – au pistolet dirait l’auteur – d’une bourgeoisie décomposée, burlesque, égoïste, immorale et, ainsi que le montre la fin du livre, complètement folle.

Ce que j’en pense
***
Un peu comme dans un film de Claude Sautet, le dernier court roman de Patrick Besson nous convie à une réunion de famille autour d’un repas. La scène se déroule au pied du pic du Midi dans la demeure des Cauterets. Les hôtes sont Maryse, sexagénaire gourmande et un peu rondouillette («les mères sont souvent une version détériorée de leur fille») et son ex-mari surnommé Pilou. Ils sont divorcés, mais envisagent de se remarier.
Leur fille Julie, attachée de presse à Paris a fait le voyage après une nouvelle rupture. Mais qui sait, peut-être trouvera-t-elle l‘amour au bord de l’Adour ?
Jean-Jacques, son ami d’enfance est également présent avec son épouse Simone. Le couple d’Antillais est sur le point de voir naître leur premier enfant, heureux événement qui ne sera pas sans conséquences sur l’épilogue de ces retrouvailles champêtres.
Un peu incongrue dans cet aréopage est la présence d’Alain, l’inspecteur des impôts. D’autant que l’on apprendra bien vite qu’un contrôle fiscal a quasiment ruiné la famille et que Pilou se montre volontiers agressif en présence d’agents du fisc. Car il a notamment été contraint de vendre les vignes qui produisaient ce vin de Bigorre qui faisait sa fierté tout en faisant tourner les têtes.
Patrick Besson va ciseler les dialogues qui constituent le cœur de son roman et qui mêlent avec beaucoup d’habileté ironie, humour et affirmations de plus ou moins grande mauvaise foi.
Après Maryse, qui sent que le moment est parfaitement choisi pour réveiller sa libido, c’est un tour de sa fille de prendre le premier rôle de cette comédie grinçante.
Voilà « la femme créée pour la minijupe et les hauts talons. Elle a trente et un ans d’élégance méchante et un peu découragée. Longs cheveux bruns qui caressent son dos souvent nu. » en train de faire son irrésistible numéro de charme auprès de l’inspecteur des impôts qui fond comme neige au soleil, à tel point que l’on en vient déjà à parler de mariage !
Inutile de dire que Pilou – qui déteste qu’on l’affuble de ce surnom – ne voit pas vraiment cette relation d’un bon œil. Mais comme de son côté, il est question de remariage, il va laisser filer…
D’autant que Julie est peu encline à se lancer dicter son attitude par son géniteur: «J’ai passé mon enfance à attendre ses coups et mon adolescence à attendre ses coups de téléphone.»
D’une révélation à l’autre, d’un secret de famille à l’autre (si Simone, l’épouse de Jean-Jacques, est enceinte, c’est par un accident, Jean-Jacques ayant « brûlé un stop») on va se régaler de ces règlements de compte sous couvert de joyeuses retrouvailles.
Maryse s’amuse à dresser la liste des ex de sa fille jusqu’à ce, comme un boomerang, son petit jeu lui revienne en pleine figure. Elle va apprendre que l’un de ses propres amants, Edouard Daumal, a aussi mis sa fille dans son lit.
Quant à son père, il se souviendra des amis musiciens de sa fille, Barry et Jérôme et pourra ériger une règle universelle à partir de cette expérience : « Règle numéro un : ne jamais donner sa fille à un artiste. Premier inconvénient : il vous la rendra. Deuxième inconvénient : il vous la rendra en morceaux. »
Voilà par conséquent l’inspecteur des impôts presque adoubé par son ennemi. Ne reste plus qu’à publier les bancs, acheter une bague et faire confectionner les habits pour sceller leur union.
C’est à ce moment que l’orage va éclater. Soudain, le beau scénario va voler en éclats nous offrant une fin riche en surprises que je vous laisse découvrir. Sachez simplement qu’elle porte au paroxysme cette analyse sans fards de nos petits et grands travers. Dis-moi pourquoi la vie de famille devient si vite un jeu de massacre !

Autres critiques
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Le Point (Julie Malaure)
Blog Les petits carnets d’ABL 
Blog Culture 31 

Extrait
« – Pourquoi l’inspecteur des impôts ? demande Maryse.
– Il m’a paru adroit de l’inviter à déjeuner. J’ai l’impression que nous avons affaire à un gourmet.
– À quoi vois-tu ça ?
– À son tour de taille.
– C’est peut-être un goinfre.
– Alors il se goinfrera.
Maryse, pensive soudain, lève un doigt.
– Il faudra le tenir éloigné de Pilou. Quand mon ex-mari est à proximité d’un inspecteur des impôts, il l’insulte, ou bien le frappe.
– Il a perdu sa fortune dans un contrôle fiscal, rappelle Jean-Jacques.
– Notre fortune. À l’époque, nous étions mariés.
– C’était lui qui l’avait faite.
– Oui, mais c’était moi qui la dépensais.
– Pas élégant de quitter un homme ruiné.
– C’est lui qui a demandé le divorce. J’en ai conclu que, comme la plupart des hommes riches, il m’aimait pour son argent. Quant à moi, l’inspecteur des impôts peut toujours essayer de me ruiner, l’estomac de mes amis s’en est déjà chargé. » (p. 13-14)

À propos de l’auteur
Patrick Besson, depuis plus de quatre décennies, construit une œuvre diverse et multiforme, parmi laquelle il faut citer Dara (grand prix du roman de l’Académie française en 1985) et Les Braban (Prix Renaudot en 1995). Il poursuit par ailleurs une carrière de journaliste et de polémiste engagé, à la verve parfois meurtrière mais toujours pleine d’humour et de tendresse humaine. (Source : Éditions Stock & Plon)

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Un beau début

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Un beau début
Éric Laurrent
Les Éditions de Minuit
Roman Thriller
208 p., 15 €
ISBN: 9782707329523
Paru en janvier 2016
Prix Vialatte 2016
Prix Françoise Sagan 2016

Où?
Le roman se déroule principalement du côté de Clermont-Ferrand, notamment à Courbourg et Saint-l’Innocent, avant de s’évader vers Paris. Des voyages au Larzac, à Ibiza, Amsterdam, Copenhague, Katmandou, San Francisco et Goa sont également mentionnés.

Quand?
L’action se situe des années soixante au début des années quatre-vingt.

Ce qu’en dit l’éditeur
Enfant, Nicole Sauxilange s’imaginait un destin de sainte. Avec l’adolescence, une autre ambition se fit jour dans l’esprit de cette petite provinciale : devenir une star. Qu’elle ne possédât aucun talent ne l’en détournerait pas. Il suffirait de poser nue.

Ce que j’en pense
***
Imaginez qu’un jour vous découvrez dans les pages centrales d’un magazine dit «de charme» la photo d’une ancienne camarade classe. C’est ce qui arrive au narrateur du nouveau roman d’Eric Laurrent, né comme cette pin-up en juillet 1966 à Clermont-Ferrand. Avec lui, nous allons remonter la biographie de Nicky Soxy, qui s’appelle en fait Nicole Sauxilange.
L’ironie du sort fait que parmi les milliers de personnes qui ont choisi d’agrémenter leur décoration en affichant cette photo du magazine Dreamgirls d’octobre 1982 sur leur mur figure Robert Malbosse. « Pas un seul instant, cet homme de trente-six ans, qui achevait de purger dans la maison d’arrêt des Baumettes, à Marseille, une peine de réclusion pour trafic de stupéfiants, ne soupçonnerait que la jeune femme dont les généreux appas égayaient les murs décrépis de sa cellule pût être sa propre fille. Il ignorerait même jusqu’à la fin de sa vie qu’il en avait une. »
Car ce petit délinquant ne se voyait pas en chef de famille et aura préféré prendre la poudre d’escampette en apprenant que Suzy était enceinte. Mais ce n’est ici que l’un des épisodes de cette chronique de la misère sociale. Car Suzy est le fruit – défendu – d’un viol perpétré par son beau-père alors qu’elle était à peine pubère. Aussi est-ce davantage pour échapper à sa famille qu’elle se jette dans les bras de Bob, plus que par amour. Laissant sa fille aux bons soins de sa mère, elle prend aussi la clé des champs.
La petite Nicole apprendra bien vite que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Fini l’alcool et les drogues, bonjour les principes stricts. Car après un soir de beuverie Max Turpin, en vomissant son alcool, entend une voix le menacer de damnation éternelle. « À l’instar de tous les repentis, l’homme déployait en effet la même ardeur à respecter, et surtout à faire respecter, les principes religieux qu’il avait mise pendant vingt à fouler aux pied. » Si Nicole veut tout d’abord être une sainte, elle va bien vite comprendre que cette vocation est très limitée, tout comme celle de prendre la place de Nadia Comaneci. « À la vérité, pour n’avoir de disposition ni d’inclination bien marquées pour aucune discipline, Nicole Sauxilange ne se sentait nulle vocation particulière : la célébrité seule l’intéressait– c’était un but en soi. Par conséquent, le domaine dans lequel le sort lui accorderait toute latitude de s’illustrer lui importait bien peu ; ses exigences étaient mêmes fort modestes en la matière : qu’un simple fait divers la révéla au monde la comblerait pleinement. » En partant pour Paris et en se faisant photographie rsous toutes les coutures par son petit ami, elle réussira dans son entreprise, deviendra Nicky Soxy. Durant près d’une dizaine d’années, elle sera à la une des magazines et arpentera les plateaux télé. Puis mourra sans faire de bruit.
L’auteur de Berceau et Les Découvertes réussit le tour de force de raconter ce drame avec un style néo-proustien fait de longues phrases, utilisant un vocabulaire soigné, recherchant quelques mots «compliqués» quand il ne les invente pas lui-même. Aussi le suit-on avec délectation dans ce récit qui allie l’élégance au sordide. Un contraste saisissant, un peu comme si Cosette partait à la recherche du temps perdu…

Autres critiques
Babelio
Télérama (Nathalie Crom)
BibliObs (Jérôme Garcin)
La Montagne (Daniel Martin)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Des petits riens… 
Blog Clara et les mots

Les premières pages du livre 

Extrait
« la jeune fille ne manquait pas d’ « arguments », n’eût-elle que quinze ans. Même si la matière ductile qui était encore sienne continuerait à travailler un peu, son corps était désormais celui d’une femme et non plus d’une enfant. Les formes nouvelles qu’il avait prises récemment, tout au long de la dernière année, en une soudaine accélération des mouvements orogéniques qui bouleversent l’anatomie féminine durant la puberté, paraissaient d’autant plus épanouies que sa silhouette s’était étirée et amincie dans le même temps, de sorte que leur rehaut n’en saillait que davantage. Elles offraient en sus un saisissant contraste avec son visage, lequel, quoique ses traits eussent à peu près atteint leurs contours définitifs, conservait encore, en ce lent fondu enchaîné en quoi consiste la solidification de la physionomie, les inflexions un peu molles de l’adolescence. »

A propos de l’auteur
Éric Laurrent est né à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) en 1966. Il a déjà publié une douzaine de romans aux Éditions de Minuit. (Source : Éditions de Minuit)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Marcher droit, tourner en rond

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Marcher droit, tourner en rond
Emmanuel Venet
Éditions Verdier
Roman
128 p., 13 €
EAN : 9782864328780
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, dans les petites communes de Sainte-Foy-Laval, Saint-Léger-de-Vaux, Saint-Amand-les-Aix, ainsi qu’à Hyères, Le Lavandou et Giens. À l’étranger, Nyon, Mykonos ainsi que Luanda, Anvers ou Dubaï sont évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Atteint du syndrome d’Asperger, l’homme qui se livre ici aime la vérité, la transparence, le scrabble, la logique, les catastrophes aériennes et Sophie Sylvestre, une camarade de lycée jamais revue depuis trente ans. Farouche ennemi des compromis dont s’accommode la socialité ordinaire, il souffre, aux funérailles de sa grand-mère, d’entendre l’officiante exagérer les vertus de la défunte. Parallèlement, il rêve de vivre avec Sophie Sylvestre un amour sans nuages ni faux-semblants, et d’écrire un Traité de criminologie domestique.
Par chance, il aime aussi la solitude.

Ce que j’en pense
***
Quoi de mieux, au moment des bonnes résolutions, que de se plonger dans un roman qui a pour thème principal les arrangements que nous ne cessons de faire avec la vérité, les promesses vite oubliées, les compromis qui nous font occulter quelques faits pour n’en retenir que le côté qui nous sert.
L’auteur, qui exerce la profession de psychiatre, a choisi pour illustrer son propos un «héros» atteint du syndrome d’Asperger. Cette forme d’autisme, sans déficience intellectuelle ni retard de langage, se caractérise par des difficultés dans le domaine des relations et des interactions sociales : se faire des amis, comprendre les règles tacites de conduite sociale et les conventions sociales, attribuer à autrui des pensées ou se représenter un état émotionnel.
En revanche, l’Association Autisme France nous apprend également que «les patients atteints du syndrome d’Asperger sont étonnants de par leur culture générale et leur intérêt dans un domaine spécifique dans lequel ils excellent.»
Le narrateur va nous confirmer ce diagnostic tout au long du roman, y ajoutant une définition d’un spécialiste suisse, le professeur Urs Weiss « qui définit le syndrome d’Asperger comme un variant humain non pathologique voire avantageux, puisqu’il garantit, au prix d’une asociognosie parfois invalidante, une rectitude morale plutôt bienvenue dans notre époque de voyous. »
Voici pour le côté théorique, en espérant ne pas vous avoir perdu jusque-là, amis lecteurs, parce que le côté pratique nous offre quelques pages délicieusement jubilatoires sur la mauvaise foi, les secrets de famille plus ou moins bien gardés et l’hypocrisie qui règne en maître dans certaines circonstances.
Il s’agit en l’occurrence d’une cérémonie de funérailles qui déstabilise au plus haut point le narrateur : « Je ne comprendrai jamais pourquoi, lors des cérémonies de funérailles, on essaie de nous faire croire qu’il y a une vie après la mort et que le défunt n’avait, de son vivant, que des qualités. Si un dieu de miséricorde existait, on se demande bien au nom de quel caprice il nous ferait patienter plusieurs décennies dans cette vallée de larmes avant de nous octroyer la vie éternelle; et si les humains se conduisaient aussi vertueusement qu’on le dit après coup, l’humanité ne connaîtrait ni les guerres ni les injustices qui déchirent les âmes sensibles. »
Tout en approuvant cette logique imparable, on va bien vite se rendre compte que l’enfer est effectivement pavé de – telles – bonnes intentions. Faut-il dire que le cousin Henri est le fruit d’un viol, qu’Octave a été tué sur le chemin des dames par un tir venu de son camp, que le grand-mère Marguerite (que l’on enterre) a noué une relation extraconjugale avec un riche voisin et que la tante Lorraine en serait le fruit défendu ? Parmi les petits arrangements avec la réalité que cette dernière nous offre, on peut rajouter les régimes amaigrissants ou les cures thermales aussi sensationnels que sans résultats qu’elle suit année après année. On citera encore les positions politiques diamétralement opposées des cousines Marie et Christelle qui n’ont aucun scrupule à agir en opposition avec leur discours.
On se régale de ce petit jeu de massacre, agrémenté par les deux passions de notre homme, à savoir le jeu de scrabble et les catastrophes aériennes.
Et s’il vous fallait un argument supplémentaire pour vous plonger dans ce livre, terminons avec une histoire d’amour. Sophie Sylvestre, croisée sur les bancs de l’école, pourrait en effet devenir la plus heureuse des femmes, car un mari atteint du syndrome d’Asperger lui offrira un «gage de franchise, de réserve et de probité amoureuse.»
Mais je vous laisse découvrir par vous-même comment cette possible idylle va se développer…

Autres critiques
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BibliObs (Jacques Drillon)
L’Express (Delphine Peras)
Atlantico.fr (Marine Baron)
La Montagne (Muriel Mingau)
L’Alsace (Jacques Lindecker)
Toute la culture (Jérôme Avenas)
Blog Le littéraire.com
Les mauvaises fréquentations, le blog de Thierry Savatier
Blog Les livres de Joëlle 
Le blog Charybde 27 
Blog Clara et les mots 

Les premières pages du livre (pdf)

Extrait
« Ma tante Lorraine, encore elle, a obtenu de lire un poème de son cru dont l’indigence le dispute à l’insincérité: « Maman joyeuse, maman rieuse, maman gracieuse, maman rêveuse, maman chaleureuse, maman travailleuse, maman berceuse, maman fabuleuse, maman facétieuse, maman lumineuse, maman tricoteuse, maman audacieuse, maman généreuse, maman fougueuse mais
surtout maman heureuse. » Certes, ma grand-mère Marguerite entretenait sa maison et aimait tricoter, mais pour le reste le portrait prend beaucoup de libertés avec le modèle. Quitte à retenir cette forme littéraire simplette, à la place de ma tante Lorraine j’aurais personnellement écrit « Maman menteuse, maman grincheuse, maman teigneuse, maman coureuse, maman oublieuse, maman rabâcheuse, maman truqueuse, maman râleuse, maman boudeuse, maman sermonneuse, maman cauteleuse, maman querelleuse, maman chicaneuse, maman rancuneuse, et surtout maman malheureuse ».. (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Emmanuel Venet est psychiatre, il vit à Lyon où il est né en 1959. (Source : Éditions Verdier)

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La voix des vagues

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La voix des vagues
Jackie Copleton
Éditions Les Escales
Roman
traduit de l’anglais par Freddy Michalski
360 p., 21,90 €
EAN : 236569165X
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule au Japon, à Nagasaki notamment ainsi qu’aux États-Unis.

Quand?
L’action se situe en 1945 et durant les années qui ont suivi.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lorsqu’un homme complètement défiguré frappe à sa porte et lui annonce qu’il est son petit-fils disparu depuis des années, Amaterasu Takahashi est bouleversée. Mais peut-elle le croire ?
Sa vie a basculé le 9 août 1945, le jour où les Américains ont bombardé Nagasaki. Pendant des semaines, elle a cherché les siens dans la ville en ruine. En vain.
Avec l’arrivée de cet homme, s’ouvre une boîte de Pandore d’où s’échappent les souvenirs. Amaterasu qui a quitté le Japon pour les Etats-Unis se remémore ce qu’elle a cherché à oublier : son pays, sa fille qu’elle a tant voulu protéger, l’histoire d’amour qui les a séparées et le secret qu’elle a enfoui au plus profond d’elle-même.

Ce que j’en pense
***
Un matin, un homme sonne à la porte d’une vieille dame et lui annonce qu’il est son petit-fils. La surprise d’Amaterasu Takahashi est d’autant plus forte que Hideo fait partie des victimes du bombardement de Nagasaki le 9 août 1945 et qu’elle a fui le Japon pour s’installer aux Etats-Unis. Que l’enfant ait pu survivre tient du miracle, qu’il ait pu retrouver la trace de sa grand-mère en serait un second. Du coup, c’est avec la plus grande méfiance, pour ne pas dire l’incrédulité, que ce «survivant» recouvert de cicatrices est accueilli. D’autant qu’il fait resurgir un traumatisme qui, malgré les années, est resté très vivace.
En ce jour funeste, elle a perdu de nombreux amis, connaissances et membres de sa famille, à commencer par sa fille Yuko.
L’auteur, qui a enseigné l’anglais à Nagasaki, alterne les époques au fil des chapitres. Elle revient sur la genèse du conflit durant les années 30 et 40, le récit du bombardement et ses conséquences immédiates, l’exil d’Amaterasu en 1946 et sa vie aux Etats-Unis, le dilemme de cet homme qui aimerait avoir des réponses à ses questions, mais ne veut pas pour autant faire souffrir ses interlocuteurs. Un choix très judicieux qui rend la lecture particulièrement agréable tout en confrontant les questions d’aujourd’hui au drame de l’époque. Car c’est également dans la forme que nous sommes invités à reconstituer ce puzzle. Journal intime, récit quasi journalistique, dialogue, extraits de correspondance permettent d’éclairer de différentes manières ce drame. Sans oublier la touche japonisante qui arrive ici fort à propos : les chapitres s’accompagnent d’expressions ou de mots japonais avec leur signification particulière au pays du soleil levant.
En s’appuyant sur des faits et sur la douloureuse réalité Jackie Copleton évite l’écueil de la stigmatisation. Mieux encore, elle nous fait comprendre à travers les témoignages, que les victimes souffrent d’un complexe de culpabilité, ne comprenant pas pourquoi le malheur s’est abattu sur les innocents et qu’il les a épargnées. On se rend alors compte de la force morale qu’il aura fallu déployer pour simplement survivre. Que le silence était une arme et non une volonté de dissimulation. Car les secrets, petits et grands, qui se cachent dans chaque famille et derrière chacun de ses membres finissent par apparaître au grand jour, comme c’est le cas lorsque l’on découvre un journal intime.
Avec beaucoup d’habileté, le récit vient alors confronter l’Histoire avec les histoires, démontrer que des ressorts tels que la trahison, l’ambition, le besoin d’émancipation ou l’offense sont dans les deux cas des moteurs, mais aussi les déclencheurs de drames qui emportent les familles et les peuples et qu’il convient de traduire afin de pouvoir les supporter.
La traduction littérale du titre original de ce premier roman «a dictionary of mutual understanding» (un dictionnaire de compréhension mutuelle) est à ce titre plus éclairante que La Voix des vagues. Mais la poésie du titre français, secondée par une superbe couverture, est bien l’autre clé de cette superbe évocation.

Autres critiques
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Extrait
« À Amaterasu Takahashi,
Tout d’abord, je dois vous présenter mes excuses pour le choc de cette révélation. L’homme que vous avez sans doute rencontré est votre petit-fils, Hideo Watanabe. Je peux vous le confirmer. Il est bien possible que vous n’ayez guère de raisons de me croire mais je peux seulement dire que je ne mens pas. Hideo n’est pas mort ce jour-là, il a survécu. N’est-ce pas une chose merveilleuse à savoir ? Mais ainsi que vous l’aurez constaté de vos yeux, il a été très grièvement blessé lors de Pikadon.
Si gravement en fait que les autorités ont été dans l’incapacité de l’identifier. Un an après la fin de la guerre, on l’a envoyé dans un orphelinat pour enfants victimes à l’extérieur de la ville. C’est là que mon mari l’a trouvé et c’est là que nous avons découvert par la suite qui il était. À ce moment-là, vous deviez déjà être partie en
Amérique. Il nous a fallu bien des années pour vous retrouver. La chance a voulu qu’une de vos anciennes employées, Mme Goto, ait lu un article sur notre organisation pacifiste qui mentionnait le nom de naissance de Hideo. Elle m’a contactée et fourni une adresse vous concernant, vous et votre mari, une ancienne adresse, ainsi qu’il s’est avéré. Au moment même où je vous écris, nous essayons toujours de localiser votre lieu d’existence actuel. Acceptez mes excuses pour ce retard. Je ne peux qu’imaginer la confusion dans laquelle cette nouvelle vous plonge. » (p. 21-22)

A propos de l’auteur
Jackie Copleton est diplômée d’Anglais à l’Université de Cambridge. En 1993, elle part pour Japon où elle enseigne l’anglais à Nagasaki et à Sapporo. Elle retourne au Royaume-Uni en 1996 pour suivre des études en journalisme. Elle a travaillé comme journaliste et a collaboré à plusieurs journaux. La Voix des vagues (A Dictionary of Mutual Understanding, 2015) est son premier roman. Elle vit avec son mari à Newcastle. (Source : Babelio)

Site internet de l’auteur (en anglais)

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Une allure folle

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Une allure folle
Isabelle Spaak
Éditions des Équateurs
Roman
220 p., 17 €
ISBN: 9782849904336
Paru en février 2016

Où?
Si le roman se déroule principalement en Belgique, et plus particulièrement à Bruxelles, deux autres pays y jouent un rôle important l’Italie et la France. Les villes traversées par les personnages au court du récit sont Cannes, Rome, Gênes, Piacenza, Muralto, Venise, Trieste, Fiume (Rijeka), Paris, Nice, Anvers, Knokke-le-Zoute, Rochefort, Ciney, Bourg-Léopold, Hasselt, Bilzen. Londres fait aussi partie des voyages évoqués.

Quand?
L’action se situe du début du vingtième siècle à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une femme part sur les traces de sa grand-mère, Mathilde, et de sa mère, Annie, deux personnages à l’allure folle et à la joie de vivre épatante, qui furent mises à l’index de la société.
À l’aide de photos et de lettres, la narratrice mène une enquête édifiante. Derrière les mauvaises réputations, les hommes, les fêtes et les scandales, elle découvre de vraies héroïnes. Entre réalité et fiction, faux-semblants, mensonges et vrais sentiments, les retournements de situation se succèdent. Ils nous emportent au galop entre la Belgique, la France et l’Italie.
Une histoire de femmes libres où la comédie tient le bras à la tragédie jusqu’à un point inconcevable.

Ce que j’en pense
***
Comment écrire l’histoire de sa famille ? C’est à cette question qu’Isabelle Spaak tentait de donner une première réponse avec son premier roman, Ça ne se fait pas (2004), dans lequel elle racontait la fin tragique de ses parents en 1981. On retrouve du reste la scène de l’assassinat de son père, le diplomate Fernand Spaak, par sa mère puis de son suicide par électrocution dans ce nouveau livre.
Car la petite-fille du grand Européen Paul-Henri Spaak n’en a pas fini avec sa généalogie. Découvrant papiers, documents, lettres et photographies, elle s’attaque cette fois aux femmes de la famille. À commencer par sa grand-mère Mathilde dont on comprend très vite que le portrait «officiel» ne rend pas compte de toutes les facettes de cette femme étonnante à bien des égards. «Une femme futile, uniquement préoccupée d’elle-même. C’est le portrait de Mathilde vue par maman.» Un portrait que la vieille dame semble prendre un malin plaisir à alimenter en adressant des cartes de vœux depuis la Côte d’Azur où elle semble passer une retraite paisible après une vie pour le moins mouvementée.
Elle a rencontré Armando, un riche Italien, dans les années 20 à Bruxelles. De ce couple illégitime naîtra une fille, Annie – la mère de l’auteur – qui prendra le nom de son père de manière illicite. L’étranger numéro 703152 «a passé sa vie à solliciter des visas d’entrée dans son pays d’adoption, contrée de brumes, de landes, de ports, de forêts giboyeuses. Une terre où il se sent appelé par les souvenirs et le cœur.» Mais sa situation conjugale mêlée au fracas des armes rendront la chose impossible. Il mettra toutefois un point d’honneur à assurer l’indépendance financière de Mathilde et de sa fille et organisera les meilleurs soins à Paris lorsqu’elles seront toutes deux victimes d’un grave accident de voiture.
La Seconde Guerre Mondiale servira aussi de révélateur en ce qui concerne Annie qui a épousé Guillaume et se rêve une vie loin des turpitudes de ses parents. «Maman toujours si droite, si pure, elle qui voulait tellement que sa vie soit parfaite. À la fin de la guerre, quand le contact avait été renoué avec Armando toujours coincé en Italie, Guillaume utilisait le terme de ménage exemplaire pour décrire son bonheur conjugal. Trois bambins adorables, une excellente maman, un home à la campagne. Nous nous suffisons à nous-mêmes, n’est-ce pas la preuve de l’accord parfait ? hasardait Guillaume comme s’il voulait s’en persuader.»
Mais dans la Belgique de l’après-guerre les choses bougent vite. Entre épuration et question royale, entre promotion pour Guillaume le Résistant et troubles politiques, Annie – que l’on découvrira tout autant, sinon encore davantage Résistante – choisit de quitter son foyer, d’épouser son amant et d’assumer le qu’en dira-t-on : «Je ne dis pas que maman a eu raison de quitter Guillaume et leurs trois enfants pour vivre sa passion avec mon père, tout recommencer, donner naissance à trois autres enfants, construire une autre famille, la mienne. Et à nouveau tout ficher par terre. Mais qu’elle aurait été sa vie si elle était restée ?»
Si l’auteur n’en a pas fini avec les questions, elle nous offre une réflexion lucide et passionnée sur les rouages qui construisent et détruisent les couples, sur la façon d’«inventer» les histoires familiales et de les transmettre, sur la manière d’explorer les drames et les secrets et de sans cesse réécrire le roman de sa vie, avec une allure folle !

Autres critiques
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Le JDD (Marie-Laure Delorme)
La Croix (Francine de Martinoir)
Télérama
France Info (Le livre du jour – Philippe Vallet)
ActuaLitté (Cécile Pellerin)
Le Carnet et les Instants (Laurence Ghigny)
Blog Ma toute petite culture

Extrait
«Mathilde, la moquée, Mathilde, la disputée, Mathilde, la déjantée, Mathilde et ses frasques, ses amants, ses caprices, son inconstance, Mathilde la mise de côté à laquelle maman ne voulait surtout pas rassembler, Mathilde disparaissait et, avec elle, contre toute attente, la colonne vertébrale de ma mère. C’est cela que j’aurais dû comprendre. » (p. 81)

A propos de l’auteur
Isabelle Spaak est journaliste et écrivain. Elle est notamment l’auteur de Ça ne se fait pas (Prix Rossel). (Source : Éditions des Équateurs)

Site Wikipédia de l’auteur

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Autour du Soleil

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Autour du soleil
Karine Silla
Plon
Roman
282 p., 19 €
ISBN: 9782259243520
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris et dans le Sud, en villégiature et au Vietnam, notamment à Saigon. Sont également évoqués des endroits qui ont jalonné la vie de quelques protagonistes : les Pouilles, l’Espagne, «au bord de la mer» et le Canada.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Louise quitte tout pour vivre un nouvel amour au Vietnam, en effaçant ceux qu’elle laisse derrière elle. En France, sa fille Marie la croit morte. Karine Silla poursuit son exploration des secrets de famille au prisme de la conciliation, parfois impossible, entre maternité et féminité.
Un jour de pluie, Louise rencontre un homme dans un train. En quelques minutes, la jeune femme décide de quitter sa vie raisonnable pour cet inconnu qui lui parle de son pays, le Vietnam ; son bonheur la contamine et l’emporte. Au milieu des immenses étendues vertes et marécageuses, elle découvre l’amour, la jouissance, la joie, et enfante un fils.
En partant, Louise a laissé derrière elle un mari, épousé parce qu’elle n’a jamais su dire non, et et une fille, Marie, avec qui elle n’a jamais su faire.
Malgré la certitude d’avoir fait le bon choix, le secret de Louise envahit peu à peu sa vie et celle de Marie, qui la croit morte et grandit sur un mensonge.
Jusqu’à ce que tout vole en éclats.
Après son premier roman remarqué, Monsieur est mort, Karine Silla, dramaturge, réalisatrice et scénariste, poursuit son exploration des secrets de famille, de leurs échos et de leurs ricochets.

Ce que j’en pense
****
«Louise n’avait pas de père. Elle avait été élevée par une mère austère qui pensait qu’une seule robe suffisait, peu importe qu’on l’ait choisie ou pas, c’était comme ça. (…) Elle disait aussi que les meilleures nuits étaient celles où l’on oubliait nos rêves. Et que la théorie scientifique de la révolution de la Terre autour du Soleil était impossible : si la Terre avait tourné autour du Soleil, sa chance a elle aurait aussi tourné.» Louise, qui est le personnage principal de la première partie de ce roman, essaie de se libérer de ce lourd carcan familial. Elle croit gagner la liberté en se mariant, cache soigneusement deux avortements avant de mettre au monde une enfant pas vraiment désirée qu’elle prénommera Marie. Quelques années plus tard, elle meurt.
Tel est du moins la version officielle du roman familial. Jusqu’au jour où un homme rencontré dans un train vient livrer à Marie une autre version. Sa mère n’est pas morte, mais s’est enfuie au Vietnam pour vivre enfin. « Elle n’était plus la même femme. C’était une deuxième naissance, plus intense parce qu’elle renaissait cette fois de sa propre volonté.»
Face au choc de cette révélation, Marie reste d’abord incrédule : «On ne défait pas un pull qui nous tient chaud depuis des années parce qu’on a oublié une maille en le tricotant. Je ne laisserai pas cet étranger tirer sur le fil qui dépasse.»
Pourtant, il ca bien falloir attraper ce fil. Se poser des questions qui dérangent. Se demander la raison pour laquelle, on lui avait menti. Essayer de comprendre cette mère qui « avait laissé derrière elle un mari qu’elle avait épousé parce qu’il était gentil, qu’il était le premier à l’avoir demandé en mariage et qu’elle n’avait jamais su dire non, une mère qui marmonnait les yeux dans le vide et une enfant avec qui, depuis le début, elle n’avait su faire.»
Mais aussi une mère qui, après avoir trouvé le bonheur, mis au monde un fils, meurt très jeune d’un cancer. «Ses poumons la punissaient de ne pas avoir assez respiré et d’avoir refoulé tous ses sentiments.»
La seconde partie du livre est consacrée à Marie. À la manière qu’elle a de gérer la révélation de ce secret de famille. À la façon dont elle entend construire sa propre vie. Comment aborder le sujet avec son père parti vivre en Espagne avec Victoria, sa nouvelle compagne et qui est de passage à Paris? Que dire à Samuel, son mari, et à leurs deux filles? Un peu comme ces planètes cachées par d’autres astres plus grands, elle préfèrera les zones d’ombres au soleil.
D’autant que les vacances arrivent et qu’ils sont attendus par un couple d’amis, dans le Sud de la France. Après un nouveau choc, l’accident dont ils sont victimes sur la route, Karine Silla nous propos une sorte de huis-clos final.
Dans la grande villa de Georges et Lucie, la parenthèse estivale nous offre en effet une formidable occasion de sonder les âmes, de détailler les mécaniques qui forment – et déforment – les couples, d’esquisser de nouvelles histoires.
Jean est cœur de cette troisième et ultime partie. Le fils de Georges, invité surprise, va servir de révélateur à cette photo de groupe avec dame. On sait depuis Icare combien les voyages autour du soleil peuvent être risqués. Karine Silla nous en apporte une nouvelle preuve. Avec autant de force que d’élégance.

Autres critiques
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Blog Psych3deslivres
Blog Des livres et Sharon
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)

Extrait
Les 25 premières pages du livre

A propos de l’auteur
Dramaturge, réalisatrice et scénariste, Karine Silla est l’auteure de Monsieur est mort, premier roman remarqué paru chez Plon en 2014. (Source : Editions Plon)

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Crans-Montana

SABOLO_Crans-Montana

Crans-Montana
Monica Sabolo
JC Lattès
Roman Thriller
240 p., 19 €
ISBN: 9782709650458
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule, comme son titre l’indique, dans la station suisse de Crans-Montana, avec l’évocation de localités alentour, Bluche, Sierre, Lausanne ainsi que des lieux d’où sont originaires les vacanciers, principalement Paris, Milan, Forte die Mami et l’évocation de voyages à Londres, Saint-Paul-de-Vence, Cortina d’Ampezzo et Courchevel.

Quand?
L’action se situe principalement entre le réveillon de 1965 et le 12 février 1990.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans les années 60, à Crans-Montana, une station de ski suisse, des garçons observent, de loin, trois jeunes filles qui les fascinent : les trois C. Chris, Charlie et Claudia. Elles forment une entité parfaite, une sorte de constellation. Claudia, cheveux blonds, hanches menues, sourire enjôleur. Chris, boucles brunes, peau mate, ongles longs comme des griffes. Charlie, cheveux noirs, petits seins, longues jambes. Pour ces garçons elles sont un rêve impossible. Pendant les vacances d’été ou d’hiver, sur les pistes, à la piscine ou dans les night-clubs ils les regardent, sans jamais les aborder. Les années passent. Leur souvenir les poursuivra, comme un amour fantôme.
Les voix des garçons, puis des filles déroulent les destinées d’une jeunesse, dorée en apparence, mais qui porte les secrets, les fautes et l’indifférence des générations précédentes. Durant près de trente ans, tous tenteront de toucher du doigt quelque chose de plus grand, l’amour, la vérité, ou simplement le sentiment d’exister. Mais des espoirs romantiques de l’adolescence à l’opulence glacée des années fric, la vie glisse entre leurs doigts.

Ce que j’en pense
***
Comme les garçons et les filles de mon âge connaîtrai-je
Bientôt ce qu’est l’amour
Comme les garçons et les filles de mon âge je me
Demande quand viendra le jour
Où les yeux dans ses yeux et la main dans sa main
J’aurai le cœur heureux sans peur du lendemain

Fort souvent, à la lecture de ce roman, j’ai pensé à la chanson de Françoise Hardy «Tous les garçons et les filles », à la fois pour les paroles – entre blues et espoir – et pour cette petite musique nostalgique. Les garçons dont il est question ici sortent à peine de l’adolescence et, à l’occasion de leur séjour au ski sur le plateau de Montana-Crans, vont plus se préoccuper des filles que de prouesses sportives. Il faut dire que les trois C. ont de quoi faire tourner les têtes. Chris (que seule sa mère appelait Christine), Charlie (qui se prénommait encore Charlotte) et Claudia (cheveux blonds, teint pâle, sourire enjôleur) sont deux parisiennes et une italienne qui, « en un clin d’œil, se sont métamorphosées en jeunes femmes ravissantes ».
« On les voyait « toujours ensemble, bras dessus bras dessous, ou assises nonchalamment sur une banquette, un mollet replié sous une cuisse, si différentes, et pourtant elles formaient une entité parfaite, une sorte de constellation. » La vie semblait alors se résumer, pour cette jeunesse dorée, aux pistes de ski, à la piscine, la discothèque, aux cafés ou aux magasins. On y boit du Fanta en bouteille à la paille, de l’Ovomaltine (dont on prend soin de collectionner les emballages), joue de la guitare et s’habille à la dernière mode. Il arrive même qu’on se change plusieurs fois par jour. Les jeux de l’amour, les tentatives de conquête, la rivalité et la timidité mais aussi les scandales et les provocations rythment le quotidien de ces jeunes.
L’actualité du monde tient plus du mystère ou du fait divers. Quand un habitué n’est pas au rendez-vous, lorsque l’on se rend au Credit Suisse avec des valises ou des sacs de voyage ou encore quand une jeune femme prend rendez-vous à Lausanne pour «effacer» les conséquences d’une liaison coupable.
De fait, c’est davantage l’actualité mondaine qui préoccupe la bande de copains. On croise Sheila, Lino Ventura, Alessandra Mussolini, Alain Delon, Brigitte Bardot et sa rivale Gina Lollobrigida et l’on retrouve au fil des pages l’ambiance que dépeint Jean d’Ormesson dans ses premiers romans, L’amour est un plaisir (1956) et Un amour pour rien (1960) qui «célèbrent avec une belle insolence, entre légèreté et cruauté, les jeux de l’amour d’une jeunesse qui se croit libre».
Puis le temps va passer jusqu’à un jour funeste qui mettra un terme brutal à l’histoire, révélant un lourd secret de famille.
Monica Sabolo, qui est née à Milan, a grandi et fait ses études à Genève, passé ses vacances à Crans-Montana et, après d’autres pérégrinations, a atterri à Paris nous livre ici une tranche de vie qui, pour peu que l’on gratte le vernis de l’insouciance et de la nostalgie, laisse apparaître les failles et la gravité d’une époque en pleine mutation.

Autres critiques
Babelio
Culturebox
Tribune de Genève
Le Point
Blog Meelly lit…
Blog CéCiBon…de lire

 

Extrait
« Toutes les choses dont on ne parlait pas se consumaient là, sous leurs yeux. Toutes ces choses insensées qui avaient lieu, et qui demeuraient suspendues dans les airs. Les filles qui se rendaient chez des tricoteuses à Lausanne et se vidaient silencieusement dans leurs fuseaux de ski, pendant des jours et des jours. Les filles qui rentraient à pied chez elles, au petit matin, après avoir été déflorées sur la banquette d’une voiture. Les garçons qu’on ne voyait plus (ils étaient tombés dans la drogue, ne savaient plus comment ils s’appelaient, s’étaient jetées par la fenêtre). Les femmes qui buvaient et n’étaient plus invitées aux dîners. Les hommes qui revenaient hors saisons, dans les plus beaux hôtels de la station, accompagnés de créatures trop maquillées, des jeunes femmes qui portaient les mêmes manteaux de fourrure que leurs épouses – juste un peu plus neufs, ou un peu plus voyants –, et que le personnel faisant semblant de ne pas reconnaître. Les fantômes, ces inconnus familiers et volatilisés, les valises d’argent passées à la frontière dans le coffre, les roues de secours sous les sièges, les passeports conservés dans la poche en permanence, au cas où il faudrait fuir, à l’aube, dans la montagne. Et puis, ces Italiens dont on ne savait pas où ils étaient pendant la guerre, ou même parfois des membres de sa propre famille, auxquels on n’aurait jamais posé aucune question. On ne voulait pas savoir. Tant qu’on n’en parlait pas, les choses n’existaient pas. On aurait dit que l’équilibre du monde, ou même sa survie, en dépendait. » (p. 126-127)

A propos de l’auteur
Ex-rédactrice en chef Culture à Grazia, Monica Sabolo a décidé, emportée par l’enthousiasme et l’inconscience, de se consacrer à l’écriture. Son précédent roman, Tout cela n’a rien à voir avec moi, paru en 2013 chez JC Lattès, a remporté le Prix de Flore. (Source : Editions JC Lattès)

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Pardonnable, impardonnable

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Pardonnable, impardonnable
Valérie Tong Cuong
Jean-Claude Lattès
Roman
336 p., 19 €
ISBN: 9782709646086
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se déroule en France, dans une petite ville vers le Nord qui n’est jamais nommée.

Quand?
Le roman se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.
Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?
Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?
Un roman choral qui explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour sous toutes ses formes.

Ce que j’en pense
****
Avant de réviser sa leçon d’histoire avec sa tante Marguerite, l’archéologue, Milo a pris son vélo pour aller cueillir des fleurs pour Céleste. Dans la descente, l’enfant chute lourdement. Il se retrouvera dans le coma.
Autour de son lit se rassemblent tous les proches, à commencer par les parents et grands-parents. Tous vont essayer de comprendre ce qui s’est passé.
Valérie Tong Cuong a la bonne idée de donner la parole successivement à tous les personnages de ce drame, offrant au lecteur les différents points de vue et surtout la diversité des jugements.
Céleste vient de voir le ciel s’effondrer une seconde fois sur elle. Après avoir perdu un premier enfant, elle doit désormais se battre pour ne pas en perdre un second. Car les médecins restent très circonspects. On se rend très vite compte qu’elle ne pourra pas vraiment compter sur son mari Lino qui a déjà été condamné et qui essaie d’oublier ses déboires dans l’alcool, tant il se sent « méprisé, envahi, exploité par sa belle-famille. » Alors il se morfond, alors il rumine ses angoisses, sa rage, sa douleur. Il se tait, comme après cet arrachement dont il a été victime avec Céleste : «Nous étions tous plongés dans l’indicible, l’indicible a laissé la place à l’inexplicable, puis à l’autocensure. Dans tous les cas : le silence. »
Un silence qui va pourtant être brisé, car il est des questions qui demandent une réponse, notamment lorsque l’on comprend que le scénario de l’accident est d’abord le fruit de l’imagination de Marguerite. Pourquoi a-t-elle caché qu’elle avait organisé une course avec son neveu ? Pourquoi a-t-elle repoussé la leçon d’histoire ? Et pourquoi a-t-elle si peur du jugement de sa mère ?
Avec beaucoup de maestria, l’auteur rassemble les pièces du puzzle et découvre les secrets de famille dont chacun des protagonistes est peu ou prou dépositaire et victime.
« Il est si difficile de composer avec une vie dont on ne détient que des fragments, quand on n’a même pas idée de ce qui nous échappe, quand tout autour de nous n’est constitué que de pièces manquantes dont on ignore les contours.» expliquera Céleste quand elle commencera à comprendre pourquoi ses parents on fait d’elle leur fille préférée et choisi de délaisser Marguerite.
Tandis que Milo réclame sa tante – que la famille a choisi de bannir – toute la construction soigneusement bâtie à coups de non-dits ou de mensonges vole en éclats. Marguerite aimerait pouvoir répondre au vœu de Milo, avoir voix au chapitre. Auprès de Gustavo, le médecin qui soigne l’enfant, elle va se confier, tenter d’expliquer son comportement.
Les amateurs de psycho-généalogie trouveront dans ce roman une belle illustration de la charge émotive qui, de génération en génération, peut affecter une famille. Une grande réussite, finement ciselée.

Autres critiques
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Les Echos
La Vie
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog ABCD Livres
Blog MicMelo Littéraire
Blog Meely lit
Blog Plume de Cajou

Extrait
« On avait ce jeu tous les deux, pardonnable, impardonnable. Tu voles dans mon porte-monnaie : pardonnable. Un hold-up : pardonnable. Tu as commis un homicide involontaire : pardonnable. Un meurtre : pardonnable. Un assassinat, je viendrai te voir en prison ! On cherchait pour quel motif on pourrait bien se laisser tomber, lui et moi, on n’en voyait aucun : tout ce qui pourrait arriver de mauvais ou de contrariant, à l’un comme à l’autre, aurait forcément une explication, sinon une justification. Ce qui est bien, disait Milo en collant son nez dans mon cou, c’est de savoir que quelqu’un sera là pour toi quoi qu’il arrive, qu’au moins une personne au monde ne cessera jamais d’avoir confiance en toi. Ce qui est bien, répondais-je, c’est de savoir qu’une personne au monde, rien qu’une seule, tient à toi pour toujours. Quoi qu’il arrive. »

A propos de l’auteur
Valérie Tong Cuong a travaillé huit ans en entreprise avant de se consacrer à l’écriture et à la musique. Elle a publié plusieurs romans, dont les très remarqués Providence et L’Atelier des miracles ainsi que des nouvelles. Elle écrit également pour le cinéma et la télévision. Pardonnable, Impardonnable est son dixième roman. (Source : Editions JC Lattès)

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La Dynastie des Weber

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La Dynastie des Weber
Geneviève Senger
Calmann Lévy
Roman
816 p., 23,90 €
ISBN: 9782702154670
Paru en mai 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en Alsace et plus particulièrement à Mulhouse, berceau de la dynastie Weber. La vallée du textile avec Thann et Wesserling et de façon plus anecdotique Colmar et Strasbourg sont également mentionnées. Le second pôle est situé aux Etats-Unis avec La Nouvelle-Orléans et l’évocation de New York et Boston. Une autre branche de la dynastie est allemande et s’installe à Berlin. On va aussi prendre les eaux à Baden-Baden ou sur l’île de Rügen. Enfin la Suisse joue un rôle de refuge, de villégiature ou de lieu de cure avec Zurich, Küsnacht et Davos. Enfin des membres de la famille passent par Genève, Londres et Queenstown en Irlande, Dinard, Calais et Paris, ou encore dans un dispensaire en Afrique.

Quand?
L’action se situe de 1870 à 1965, soit sur près d’un siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Juillet 1870 en Alsace. Louise Heim, fille d’un industriel du textile, a épousé Lazare Weber, fils de pasteur et brillant polytechnicien, resté follement épris de sa sœur Lucile qui l’a éconduit pour s’enfuir avec un négociant en coton américain.
Animé par la volonté de surpasser les grandes familles alsaciennes ayant fait fortune dans le fil et le tissage, Lazare fonde une filature moderne. Il fait appel à Arthur Ziegler, un ouvrier catholique étrangement lié à sa famille…
Louise, comprenant qu’elle a été sacrifiée à l’ambition de son père, négligée par son mari, décide de prendre sa revanche. Et arrivent de Louisiane les lettres de Lucile…
Ainsi commence la saga des Weber, vieille famille protestante taraudée par les secrets et les non-dits, emportée dans un tourbillon de rivalités, d’amours contrariées et d’ambitions démesurées. De Mulhouse à Berlin, avec un saut dans cette mystérieuse Louisiane où tant d’Alsaciens ont émigré, voici un siècle de péripéties amoureuses, de conquêtes industrielles et de combats syndicaux, de gloire et de défaites, d’illusions perdues et de rêves réalisés…
Journaliste et écrivain, Geneviève Senger est née à Mulhouse. Elle se lance aujourd’hui dans une saga puissante où souffle le vent de l’histoire.

Ce que j’en pense
****
Dans son nouveau roman, un pavé de plus de 800 pages, Geneviève Senger a choisi de retracer sur près d’un siècle la vie d’une famille d’industriels du textile en Alsace. Disons d’emblée que c’est une belle réussite et que l’on prend beaucoup de plaisir à suivre la dynastie Weber sur près d’un siècle dans l’une des régions de France qui aura sans doute connu le plus de bouleversements depuis 1870. C’est du reste à ce moment que commence le récit, à la veille du mariage de Louise Heim avec Lazare Weber. L’union de la fille d’un industriel du textile avec un ambitieux polytechnicien, n’est pas uniquement un mariage d’intérêt mais une sorte de mariage de substitution. Lazare était en effet amoureux de la sœur de Louise, Lucile. Cette dernière a choisi de fuir à la Nouvelle Orléans avec un Américain, négociant en coton, rompant par la même occasion ses fiançailles et ses liens avec sa famille. Pour ne pas perdre la face, les parents respectifs choisissent d’ « offrir » la sœur de Lucile à l’amoureux transi.
À prendre au pied de la lettre la définition du mot dynastie, « suite de personnes célèbres de la même famille exerçant les mêmes activités » on sent dès ce premier accroc à ce qui pourrait être l‘histoire officielle d’une réussite industrielle que les non-dits et les secrets de famille vont donner matière à de nombreux rebondissements et que dans ce récit les femmes vont jouer un rôle au moins aussi important que les capitaines d’industrie. Quand elles ne sont pas le trait d’union entre les deux mondes, à l’image de la quête du fil d’or qui va pousser Lazare à investir et à engager un ingénieur chimiste pour retrouver la chevelure flamboyante de la belle Lucile. Un fil d’or qui va servir en quelque sorte de fil rouge, si je puis dire. Et comme si les ambitions des uns et les amours des autres ne suffisaient pas à nous offrir un riche terreau romanesque, l’Histoire – celle avec un grand H – va s’en mêler.
En 1871 l’Allemagne annexe la région, amputée du Territoire de Belfort. Entre les partisans du nouveau régime et ceux qui entendent reconquérir la « province perdue », on ne va tarder à trouver de nouveaux motifs de conflit. Pour faire fructifier ses affaires sur la Terre de l’Empire allemand (Reichsland), il faut bien trouver une entente avec le régime. Toutefois, la différence entre compromis et compromission n’est pas toujours très évidente. Et que dire des déchirements qui résulteront du déclenchement de la Grande Guerre. Sur les hauteurs du Hartmannswillerkopf – l’une des crêtes ayant donné lieu à de très durs combats, Geneviève Senger imagine une scène extraordinaire, quand deux soldats de la famille se retrouvent nez à nez au sortir d’une tranchée. Jamais l’expression frères ennemis n’aura aussi bien porté son nom.
Quand l’Alsace réintègre la République française en 1919, il faut écrire une nouvelle page et littéralement tout reconstruire. Sans oublier les nouvelles aspirations du monde ouvrier avec lesquelles il va bien falloir se confronter et qui, là encore, opposeront au sein de la famille les tenants du progrès social et ceux qui préfèrent la ligne dure.
Parfaitement documenté, le récit peut là encore s’appuyer sur les mouvements politiques et sociaux qui ont marqué l’Alsace jusqu’à l’annexion par l’Allemagne nazie. Et nous voilà reparti pour une période troublée, durant laquelle il faudra à nouveau choisir son camp. Pour la dynastie Weber, dont les différentes branches familiales sont installées aux Etats-Unis, en Alsace et en Suisse ainsi qu’Allemagne, on imagine les déchirements et les cas de conscience que l’auteur nous fait partager avec beaucoup de finesse. Entre les lignes on comprend aussi comment se forge le caractère des Alsaciens : leur histoire houleuse leur permet aujourd’hui encore de jouir de certains particularismes locaux.
La dernière partie du livre, toujours à l’image de la période décrite, marque un nouvel élan. On va vers les trente glorieuses et vers l’émancipation de la femme…
J’ajouterai un plaisir égoïste à cette lecture. Mon histoire familiale est également partagée entre la France et l’Allemagne et je suis aujourd’hui installée sur cette colline du Rebberg à Mulhouse où l’auteur a imaginé le berceau de sa dynastie. De ma fenêtre quand reviennent les beaux jours, je peux quasiment humer l’odeur des cosmos qui ont donné leur nom à la propriété des Weber. Aussi, je ne saurai que vous inviter à vous promener dans mon quartier !

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Extrait
« Dans le rêve qu’elle venait de faire, Louise ne se mariait pas ; Lucile était revenue et elles s’enfuyaient toutes les deux, main dans la main.
Mais la réalité était tout autre. Aujourd’hui, elle épouserait un homme pour qui elle n’éprouvait aucun sentiment. « C’est la vie, lui avait dit sa mère. Moi aussi je me suis mariée avec celui que mon père avait choisi pour moi. Toutes les jeunes filles passent par là. Quelquefois, elles finissent par aimer leur époux. »
Lucile avait trouvé elle-même l’homme de sa vie. Elle s’était enfuie avec lui, sans demander la permission à personne. Mais Lucile avait toujours été différente. Elle prenait toute la place près de leur père sur le canapé de velours, sans chercher à savoir s’il en restait pour sa sœur qu’elle laissait seule avec la tante Adèle et ses sermons de vieille fille. La belle Lucile que tout le monde admirait… C’était elle qui aurait dû être à sa place. Mais Lucile avait écouté son cœur et avait jeté la honte sur toute la famille. Maintenant c’était à la cadette de réparer sa faute et d’épouser l’homme que leur père, M. Heim, avait choisi. Pour lui, peu importait que ce soit son aînée ou sa cadette qui épouse Lazare Weber pourvu qu’il ait un gendre pour faire prospérer sa chère manufacture. Pour la convaincre, il lui avait promis qu’elle deviendrait une grande dame, riche et respectée de tous. Mais d’amour, il n’avait pas parlé. » (p. 17-18)

A propos de l’auteur
Née à Mulhouse, au cours d’un été brûlant, j’ai découvert à mon entrée à l’école primaire Nessel ( une antique bâtisse aux odeurs de bois et d’encre qui fut démolie quelques années plus tard ) que les mots écrits pouvaient se déchiffrer : l’univers enfin prenait sens. Ce n’était plus un chaos incompréhensible. Quelque part, dans le silence des livres, existaient des éléments capables de l’ordonner. L’enfant que j’étais en fut éblouie. Cet émerveillement est toujours en moi. Je n’ai jamais cessé de lire, de chercher, de comprendre. D’écrire. Des romans. Pour raconter des histoires, simplement. Pour donner à voir, à sentir, à vibrer. Pour consoler, aussi. Pour essayer de comprendre, toujours.
Je vis à Strasbourg, ville d’art et d’histoire, cœur de l’Alsace et aussi cœur de l’Europe. Je travaille également pour un journal local. Mais tout cela n’est qu’apparence : en réalité, j’habite les mots. (Source : Site internet de l’auteur)

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