Tout le bleu du ciel

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Sélectionné pour le Prix Orange du livre 2019

En deux mots:
Les médecins détectent chez Émile une forme précoce de la maladie d’Alzheimer. Aussi décide-t-il de partir pour un dernier grand voyage et cherche un compagnon de route via petite annonce. Joanne est prête à tenter l’aventure. Le périple qui suit nous permet de découvrir les Pyrénées, de revenir sur les parcours respectifs des deux randonneurs et nous offre une formidable leçon de vie.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Émile ou De l’éducation

Avec «Tout le bleu du ciel» Mélissa Da Costa entre en littérature par la grande porte. Son roman rassemble Émile et Joanne le long d’un parcours initiatique que vous n’oublierez pas de sitôt.

Avant d’en venir à cette petite merveille de roman, il faut raconter la belle histoire de Mélissa Da Costa. À 28 ans, cette novice en littérature a choisi la plateforme d’autoédition monbestseller.com pour se faire connaître. Choix gagnant, puisqu’elle a été repérée et couronnée par le Prix du premier roman. Mais la belle histoire ne s’arrête pas là, puisque la blogosphère s’empare du livre et qu’un éditeur – Carnets nord – s’engage à le publier. Sans oublier sa sélection parmi les 21 finalistes du Prix Orange du Livre 2019 (dont je suis très fier).
Mais venons-en au livre qui s’ouvre sur une petite annonce peu banale: «Jeune homme de 26 ans, condamné par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) d’aventure pour partager avec moi ce dernier périple.» Émile vient d’apprendre qu’il souffre d’une forme précoce d’Alzheimer et n’entend pas se soumettre aux tests que l’on veut le faire subir, mais profiter des derniers mois qui lui sont concédés pour faire ce grand voyage qu’il a jusqu’à présent toujours reporté.
Il s’est acheté un camping-car et a mis Renaud, son ami le plus proche, dans la confidence. À sa grande surprise, un message sibyllin, mais positif lui parvient: «Je m’appelle Joanne, j’ai 29 ans. Je suis végétarienne, pas très à cheval sur le ménage et le confort. Je mesure 1m 57 à peine, mais je suis capable de porter un sac à dos de 20 kilos sur plusieurs kilomètres. J’ai une bonne condition physique malgré quelques allergies (piqûres de guêpes, arachides et mollusques). Je ne ronfle pas. Je ne parle pas beaucoup, j’aime la méditation, surtout quand je suis plongée dans la nature. Je suis disponible dès que possible pour partir.»
Le temps d’arriver de Saint-Suliac, un petit village proche de Saint-Malo, et ce petit bout de femme grimpe aux côtés d’Émile, nullement impressionnée par l’épée de Damoclès qui pointe au-dessus de son compagnon de route.
Mélissa Da Costa parvient fort bien à retranscrire cette rencontre improbable, cette période où on s’apprivoise mutuellement, faite de questions qui ne trouvent pas tout de suite de réponse, d’indices que l’on interprète plus ou moins correctement. Pourquoi Joanne a-t-elle éprouvé ce besoin de partir? À qui peut-elle bien téléphoner? Pourquoi Émile repousse-t-il le moment d’écrire cette lettre pour prévenir sa famille qu’il est parti? Et combien de temps tiendra-t-il avant d’oublier?
Elle montre combien jour après jour les liens se tissent, la connaissance de l’autre fait croître l’empathie. Joanne comprend parfaitement qu’Émile ne veut pas crever branché à des électrodes, qu’il n’a pas envie de devenir un poids pour les autres et qu’au contraire il a envie que ses proches gardent de lui l’image d’un homme dynamique. Émile découvre combien sa compagne est tenace, déterminée, courageuse, cultivée et précieuse.
On aurait envie de raconter ici toutes les anecdotes, de souligner combien les confidences échangées donnent à ce périple dans les montagnes pyrénéennes un relief particulier. Disons simplement que Joanne a l’idée d’acheter un carnet dans lequel Émile pourra se confier, raconter ce qu’il vit, laisser une trace pour lui mais aussi pour ses proches avant que la maladie ne prenne le dessus.
Du côté de l’observatoire du Pic du Midi, elle lui aura aussi confié cette citation de Proust «La véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.»
Oubliant les autres randonneurs croisés en route – y compris la belle et envoûtante marcheuse qui met le grappin sur Émile – ils vont vérifier ce principe rousseauiste: «Je ne conçois qu’une manière de voyager plus agréable que d’aller à cheval; c’est d’aller à pied. On part à son moment, on s’arrête à sa volonté, on fait tant et si peu d’exercice qu’on veut.»
Une belle escapade qui va pourtant s’arrêter brutalement. Émile perd connaissance et se retrouve hospitalisé. À l’hôpital, on se rend compte qu’il doit être considéré comme inapte à se promener dans la nature. La seule personne qui peut encore venir à son secours est Joanne.
D’un roman fort en émotions, la primo-romancière réussit alors le tour de force d’écrire l’une des plus belles histoires d’amour qu’il m’a été donné de lire. Cette seconde partie du livre est tout simplement magnifique. Je brûle d’envie de vous la raconter mais n’en ferait rien, de peur de gâcher votre plaisir. Et conclurai cette chronique avec une nouvelle citation de l’Émile de Jean-Jacques Rousseau qui me semble parfaitement résumer ce roman: «L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui a compté le plus d’années, mais celui qui a le plus senti la vie.»

Tout le bleu du ciel
Mélissa Da Costa
Éditions Carnets nord
Roman
654 p., 21 €
EAN 9782355363245
Paru le 15/02/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement sur les chemins de randonnée des Pyrénées.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Petiteannonce.fr : Émile, 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.
Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce. Trois jours plus tard, avec le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme, qui a pour seul bagage un sac à dos, un grand chapeau noir, et aucune explication sur sa présence. Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté. À chaque détour de ce périple naît, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile.
Une écriture vive et alerte, des dialogues impeccables, des personnages justes et attachants qui nous emportent jusqu’à un dénouement inattendu, chargé d’émotions.
On ne sort pas intact de ce récit magnifique, mené de main de maître par Mélissa Da Costa, une jeune auteure de 28 ans, qui a toujours écrit et publie là son premier roman.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Le Capharnaüm éclairé
Blog Le coin lecture d’Aniouchka
Blog Liseuse hyperfertile
Blog Psych3 des livres 
Blog Litzic 
Blog Culture vs news


Interview de Mélissa Da Costa par Gérard Quentin © production MBTV

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Petitesannonces.fr
Sujet : Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade
Auteur : Emile26
Date : 29 juin 01:02
Message :
Jeune homme de 26 ans, condamné par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) d’aventure pour partager avec moi ce dernier périple.
Itinéraire à valider ensemble. Alpes, Hautes-Alpes, Pyrénées ?
Voyage en camping-car avec passages en randonnées (sac à dos et tente à porter). Condition physique convenable à avoir.
Départ : dès que possible. Durée du voyage : 2 ans maximum (selon estimation des médecins). Possibilité d’écourter.
Profil de mon/ma compagnon(ne) de voyage :
Pas de compétences médicales particulières à avoir : je ne reçois aucun soin ou traitement et je dispose de toutes mes capacités physiques.
Bon mental (je risque de subir des pertes de mémoire de plus en plus importantes).
Goût pour la nature.
Ne pas être effrayé(e) par des conditions de vie quelque peu rustres.
L’envie de partager une aventure humaine.
Me contacter uniquement par mail. Nous pourrons échanger par téléphone par la suite.
Émile se frotte le menton. C’est un tic qu’il a depuis gamin, dès qu’il est songeur ou indécis. Il n’est pas certain de son annonce. Il la trouve froide, désincarnée, un peu dingue aussi. Il l’a écrite d’une traite, sans réfléchir. Il est une heure du matin. Il n’a pas dormi depuis une semaine, ou presque pas. Ça n’aide pas pour écrire.
Il relit l’annonce. Il trouve qu’elle laisse un goût bizarre en bouche. Un peu amer. Mais il se dit que c’est bien comme ça, que c’est suffisamment noir pour décourager les âmes sensibles et suffisamment insensé pour décourager les personnes conventionnelles. Seule une personne suffisamment spéciale pourra déceler le ton décalé de cette annonce.
Depuis qu’on lui a annoncé le verdict médical, il voit sa mère pleurer et son père serrer les mâchoires. Il voit sa sœur dépérir, le visage mangé par les cernes. Lui non. Il a pris la nouvelle avec une lucidité totale. Une forme d’Alzheimer précoce, lui a-t-on dit. Une maladie neurodégénérative entraînant une perte progressive et irréversible de la mémoire. La maladie finira par attaquer le tronc cérébral jusqu’à sa destruction. Le tronc cérébral responsable des fonctions vitales : battements du cœur, tension artérielle, respiration… Ça, c’est la bonne nouvelle. La mort le rattrapera rapidement. Dans deux ans au plus tard. C’est parfait. Il n’a pas envie de devenir un poids, de passer le restant de sa vie, des dizaines et des dizaines d’années encore, dans un état de sénilité avancée. Il préfère savoir qu’il mourra bientôt. Deux ans, c’est bien. Il peut encore en profiter un peu.
Ça n’est pas plus mal, finalement, que Laura soit partie, un an plus tôt. Ça aurait beaucoup compliqué les choses. Il se le répète depuis une semaine, depuis le verdict. Laura est partie, il n’a plus de nouvelles depuis un an. Pas un coup de fil. Il ne sait même pas où elle vit. Et c’est tant mieux. Il n’a plus réellement d’attache comme ça. Il peut partir. Il peut entamer ce dernier voyage sereinement. Non pas qu’il n’ait plus personne… Il y a bien ses deux parents, il y a sa sœur Marjorie et son compagnon Bastien, leurs jumeaux. Il y a Renaud, son ami d’enfance, Renaud qui vient de devenir papa et qui cherche une maison pour établir sa famille. Renaud papa et marié… C’est une sacrée revanche de la vie ! Jamais ils n’auraient parié là-dessus tous les deux. Renaud, c’était le petit gros au fond de la classe. Asthmatique, allergique aux cacahuètes et totalement ridicule sur un terrain de sport. Alors que lui était ce gamin espiègle et un peu rebelle, vif d’esprit. À les voir tous les deux, on se demandait ce qu’ils faisaient ensemble. Le petit gros et le rebelle. Renaud était toujours un peu resté dans son ombre. Et puis les choses avaient tourné avec les années. C’était tant mieux pour Renaud. Il avait commencé par perdre dix kilos, puis il avait trouvé sa voie : il était devenu orthophoniste. À partir de là, il s’était transformé. Renaud avait rencontré Laëtitia et ils formaient une famille maintenant. Alors que lui, le gamin espiègle, il se retrouvait là, sur le bas-côté. Vingt-six ans, plus si vif. Il avait laissé partir Laura…
Émile secoue la tête en se renversant sur son siège de bureau. Il n’est plus l’heure d’être sentimental et de ressasser le passé. Il faut se concentrer sur le voyage maintenant. Ce voyage, il en a eu l’idée dès qu’on lui a annoncé le verdict. Il a pris une heure ou deux pour s’effondrer, puis l’idée de voyage a germé dans son esprit. Il n’en a pas parlé. À personne. Il sait qu’on l’en empêcherait. Ses parents et sa sœur se sont empressés de l’inscrire à l’essai clinique. Le médecin a bien précisé pourtant : il ne s’agit pas de le guérir ou de le soigner, simplement d’en apprendre un peu plus sur sa maladie orpheline. Aucun intérêt pour lui. Passer ses dernières années dans une chambre d’hôpital à faire l’objet d’études médicales. Pourtant, ses parents et sa sœur ont insisté. Il sait pourquoi. Ils refusent d’accepter sa mort. Ils s’accrochent à l’espoir infime que l’essai clinique et ses observations permettent de freiner la maladie. La freiner pour quoi ? Rallonger sa vie ? Rallonger sa sénilité ? C’est déjà tout vu : il partira. Il réglera tous les détails dans le plus total des secrets, sans leur en toucher un mot, et il partira.
Il a déjà trouvé le camping-car. Il a envoyé l’argent. Il récupérera le véhicule en fin de semaine. Il le stationnera sur un parking en ville, en attendant que tout soit réglé, pour ne pas éveiller les soupçons de ses parents et de sa sœur. Pour Renaud, il hésite encore. Lui en parler ? Lui demander son avis ? Il ne sait pas. Si Renaud avait été célibataire, sans enfant, tout aurait été différent. Ils seraient partis tous les deux. Ça ne fait aucun doute. Mais voilà, les choses ont changé. Renaud a sa vie, ses responsabilités. Et Émile il n’a pas envie de l’embarquer dans ses dernières errances. Pourtant, ils en ont rêvé d’aventures tous les deux. Ils se disaient : « Quand on aura fini les études, on partira avec nos tentes et nos sacs à dos dans les Alpes. » Puis Émile a rencontré Laura. Et Renaud a rencontré Laëtitia. Ils ont laissé tomber leurs envies d’évasion.
Aujourd’hui il peut enfin partir. Il n’a guère plus d’attaches. Il n’a que deux ans à vivre et des proches qui se préparent déjà à le perdre. Maintenant ou dans deux ans, ça ne fait pas grande différence. Il relit une dernière fois l’annonce. Oui, elle est étrange et impersonnelle. Oui, probablement personne n’y répondra. Peu importe, il partira tout de même. Seul. Il craint de mourir seul, c’est quelque chose qui l’angoisse. Mais si ça doit arriver, si personne ne répond à son annonce alors tant pis. Il partira car son dernier rêve est plus fort que sa peur. Il clique sur le bouton « Envoyer » et un message s’affiche à l’écran, lui indiquant que l’annonce vient d’être publiée. Il se laisse aller dans son fauteuil en soupirant. Il est une heure et quart du matin. Si jamais quelqu’un répond, si jamais quelqu’un a la folie ou le courage de lui répondre (il ne sait pas très bien comment le définir)… alors il est persuadé qu’il aura trouvé le meilleur compagnon de voyage de tous les temps.
«Émile, vieux, je suis désolé, je n’ai pas pu laisser le petit à Laëtitia, elle travaille. D’ailleurs, tu sais, elle nous rejoint dès qu’elle termine.»
Renaud a l’air embêté d’arriver dans la chambre d’hôpital avec son gamin sous le bras. Émile lui donne une tape sur l’épaule.
«Arrête, tu sais bien que j’aime voir ton morveux.
— Il devrait dormir. Il n’a pas dormi de la nuit. Il devrait s’effondrer maintenant.»
Renaud semble fatigué. Émile le regarde se débattre, le bébé sous le bras, essayant de déplier la poussette. Le bébé a tout juste six mois et Émile ne s’est jamais habitué à voir Renaud avec un enfant. Ça lui paraît encore absurde. Alors le voir là, déplier une poussette avec cet air si concentré, c’est plus fort que tout.
«Pourquoi tu ris ?
— J’ai l’impression d’être devant un mirage.
— Quoi ? Pourquoi?
— Toi et le morveux, toi le roi de la poussette pliante.
— C’est ça, moque-toi. Ça t’ar…»
Il ne termine pas sa phrase et Émile comprend tout de suite pourquoi. Renaud allait répondre « ça t’arrivera un jour aussi », comme il en a l’habitude, mais il a stoppé net. Il devient écarlate devant sa bourde.
«Désolé… J’ai…»
Émile secoue la tête. Il réplique avec un large sourire :
«Eh non, ça ne m’arrivera pas. J’échapperai au moins à ça! Qui a dit que la vie était mal faite?»
Il essaie de faire sourire Renaud mais c’est peine perdue. Renaud abandonne la poussette et se tourne vers lui, le visage défait.
«Comment tu fais? Je veux dire… J’en dors plus… Comment tu fais toi, pour en plaisanter?»
Émile tente de fuir son regard en faisant mine d’inspecter ses ongles. Il prend un air désinvolte.
«Ça va. Je veux dire… dans quelques mois je ne saurai même plus qui je suis alors… Plus rien n’aura d’importance. Pas la peine de se biler!»

Extraits
« Il a failli effacer l’annonce. Pourtant ce matin quelqu’un y a répondu. Et il est totalement pris au dépourvu… Car ça n’est pas un homme, comme il était intimement persuadé que ce serait le cas, si toutefois une réponse venait à arriver. Non, il s’agit d’une femme. Une jeune femme. Elle dit avoir vingt-neuf ans. L’annonce devrait l’avoir effrayée ou au moins inquiétée. Partir seule avec un homme inconnu, qui se prétend en fin de vie, sans avoir aucune idée précise de l’itinéraire ou du but profond de ce voyage… Mais elle n’a pas eu l’air inquiète. Elle a posté un message court, elle n’a presque pas posé de questions. Est-ce qu’elle est dérangée psychologiquement ?
Petitesannonces.fr
Sujet : Re: Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade
Auteur : Jo
Date : 5 juillet 08:29
Message :
Bonjour Emile26,
Votre annonce a retenu mon attention.
Je m’appelle Joanne, j’ai 29 ans.
Je suis végétarienne, pas très à cheval sur le ménage et le confort.
Je mesure 1m57 à peine, mais je suis capable de porter un sac à dos de 20 kilos sur plusieurs kilomètres.
J’ai une bonne condition physique malgré quelques allergies (piqûres de guêpes, arachides et mollusques).
Je ne ronfle pas.
Je ne parle pas beaucoup, j’aime la méditation, surtout quand je suis plongée dans la nature.
Je suis disponible dès que possible pour partir.
J’attends de vos nouvelles.
Joanne »

« Je pourrais vous faire une liste des raisons qui m’ont poussé à partir. Ça pourrait vous aider à comprendre et à me pardonner. Vous pourriez en trouver au moins une qui serait valable, pour chacun d’entre vous. La première et la plus évidente, c’est que je ne veux pas de cet essai clinique et que je ne veux pas crever branché à des électrodes. Je ne veux pas être un rat de laboratoire. Si la maladie doit m’emporter, qu’elle m’emporte, mais par pitié que tous ces médecins me fichent la paix !
La deuxième raison, celle qui explique ma fuite, c’est que je ne veux pas devenir un poids pour vous. Si j’étais resté, ça se serait produit. Vous avez mieux à faire. Tous autant que vous êtes.
La troisième raison tient plus à une histoire de fierté et d’ego. Est-ce qu’elle est moins louable? je ne sais pas. Mais voilà, je ne veux pas ternir l’image que vous avez de moi. Je préfère partir (égoïstement sans doute) en vous laissant une image de moi telle que je l’imagine: jeune, beau, musclé, plein d’avenir, dynamique, séduisant… (riez, oui…)
Je ne veux pas devenir sénile, délirant, je ne veux pas qu’on m’aide à me rappeler mon nom, qu’on doive me réapprendre à lacer mes chaussures ou à faire cuire un œuf. Je ne veux pas que la dernière image que vous ayez de moi soit celle d’un homme diminué et vulnérable (surtout le dernier point). J’ai ma fierté, comme tout le monde. Je préfère vivre mes derniers mois à l’abri de vos regards.
Une autre raison, plus sympathique celle-là, c’est que j’ai toujours voulu le faire, ce fameux voyage en pleine nature!!! Renaud, on se l’était juré! Tu auras probablement le temps de le faire plus tard, avec Laëtitia et le morveux. Pour moi c’est maintenant ou jamais. C ’est plutôt chouette de partir en réalisant un rêve 😉
Je n’ai pas voulu des adieux. Je suis lâche. Ça fait aussi partie de mes qualités. » p. 111

À propos de l’auteur
Mélissa Da Costa a vingt-huit ans. Après des études d’économie et de gestion, elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat. Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie. (Source : Éditions Carnets nord)

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On va revoir les étoiles

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Sélectionné pour le « Prix Orange du livre 2019 »

En deux mots:
Après avoir constaté que ses parents ne sont plus autonomes, le narrateur décide de les inscrire dans un EHPAD. Il va nous proposer la chronique sensible et touchante de leur séjour, mêlée de souvenirs et de ses sentiments face à ces vies qui s’en vont.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Quand les parents s’absentent

Emmanuel Sérot nous propose un premier roman sensible qui aborde un sujet délicat, le placement de ses parents dans un EHPAD. «On va revoir les étoiles» vous touche au cœur.

L’instant si redouté est arrivé. Les parents du narrateur ne sont plus autonomes, ne sont plus capables de vivre sans assistance. Sa mère est à l’hôpital, l’Alzheimer de son père n’est plus une douce fantaisie, mais bien une vie parallèle. « Je le laisse partir dans ses fameux méandres. Je l’accompagne même autant que je peux et j’attends de pouvoir le récupérer quand il reviendra vers mes rivages. Là où nous pouvons parler de la vraie vie, de mes enfants, mon métier, sa maison de pierres et de tuiles marseillaises, des menues tâches que j’y accomplis, les formalités administratives du moment. Mais Vite, ne perdons pas de temps dans ces instants volés, il repart si facilement de l’autre côté du miroir. »
Il faut désormais prendre la direction d’un établissement spécialisé et laisser derrière lui la maison familiale, témoin de toutes les vies qui ont grandi là. « Le vrai problème, c’est l’absence. Pas la disparition, elle est réservée aux morts. Mais l’absence. Ces personnes âgées qui n’ont pu rester chez elles sont entrées en absence. Elles se sont absentées de leur maison. La nuance, de taille, c’est qu’il s’agit d’une absence à vie. Tout le monde le sait, sauf elles parfois. En quittant leur chez eux, conduites le plus souvent par leurs enfants vers leur nouvelle maison, elles se sont retirées. D’ailleurs, cette nouvelle maison s’appelle «maison de retraite». Mais on devrait dire «maison de retrait». Car ceux qui sont là ont été retirés de la vie normale. Ils n’y font pas une retraite, non, ils sont mis en retrait. »
Ligne après ligne, dans un style élégant et pudique, Emmanuel Sérot va nous raconter les jours, les semaines, les mois qui vont défiler jusqu’à une issue que l’on pressent, que l’on sait inéluctable, que l’on redoute. Il va aussi se souvenir de son enfance, des épisodes marquants de la vie familiale jusqu’à ce jour où le chauffe-eau des toilettes est brusquement tombé, provoquant une inondation importante, mais n’émouvant pas plus que ça son père, «étrangement absent». Et comme sa mère, totalement sourde, n’a rien entendu il a bien fallu conclure que le couple ne pouvait plus continuer à vivre dans ce domicile sans mettre leurs existences en danger.
L’auteur trouve de très jolies formules pour dire sa peine, n’occulte rien de cet étrange sentiment qui l’habite, entre culpabilité – n’y avait-il pas d’autre solution? – et auto-persuasion – ils seront bien traités dans cet établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD): «Placer ses parents en maison de retraite est une somme de déchirures qui mettent à vif les plaies familiales, une redistribution totale des rôles où les enfants deviennent les parents et où les lignes bougent dans la fratrie. C’est un abandon, de soi et des autres. On inscrit ses parents dans l’absence. On débute un deuil, on s’abandonne soi-même dans cette infinie tristesse, d’autant plus qu’on est un acteur de cette histoire. […] C’est une immense culpabilité. C’est un moment où l’on n’a souvent que les larmes pour dire les choses et aussi, parfois, que les mots pour canaliser la douleur. »
À l’image de ses sentiments qui font comme les montagnes russes, on passe d’instant drôles – l’humour est aussi présent dans les EHPAD – aux moments d’angoisse comme quand le personnel explique, par exemple, qu’il est quasi impossible de gérer les fugueurs. On passe des moments de doute – peut-on se permettre de réaménager la maison sans en référer à ses parents? – aux (re)découvertes lorsqu’on ouvre un carnet qui traîne ou un livre.
Et puis viennent ces initiatives un peu folles, l’idée de reconduire ses parents pour un après-midi dans leur maison, de prendre la voiture et d’imaginer «un road-movie du quatrième âge». Je n’oublierai pas de mentionner les fort belles pages sur le personnel de ces établissements qu’on ne remerciera jamais assez pour leur dévouement.
On le voit, ce récit sensible – dont l’épilogue vous surprendra – touche au cœur. Et ce d’autant qu’il pose une question qui, un jour ou l’autre, nous touchera de près.

On va revoir les étoiles
Emmanuel Sérot
Éditions Philippe Rey
Roman
192 p., 17 €
EAN 9782848767161
Paru le 07/02/2019

Où?
Le roman se déroule en France, du côté de Vaison-la-Romaine et Avignon. On y évoque aussi Faucon, un village du Vaucluse, Paris et l’Autriche, plus particulièrement à Vienne.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est un voyage ni prévu ni voulu qui attend le narrateur lorsqu’il place ses parents dans une maison de retraite. Puisque sa mère ne sait plus où elle est et que son père commence à se perdre dans les méandres de son fleuve intérieur, il les éloigne pour toujours de leur demeure provençale, le rêve de leur vie. Visite après visite, il puise auprès d’eux ce qu’ils ont été, des parents vaillants et solides. Dans le village où plus rien ni personne ne l’attend, il recherche son enfance aux étés gorgés de soleil, et des réponses à cette question lancinante: «Pourquoi n’avons-nous rien vu venir » Malgré son chagrin et son désarroi, il trouve dans ce lieu de vie de la délicatesse et du dévouement, du réconfort pour ce qui n’est plus, des baisers, de l’amour aussi.
Dans ce premier roman à l’écriture limpide et poétique, Emmanuel Sérot montre avec beaucoup de sensibilité comment, à partir des difficultés quotidiennes du vieillissement, les mots peuvent faire surgir une souriante humanité : celle des soignants, des enfants devenus adultes et pétris de nostalgie, des parents eux-mêmes dont la fragilité touche profondément le lecteur. Car c’est lorsqu’on pense aborder ses toutes dernières longueurs que la vie peut réserver bien des surprises…

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
L’Alsace

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Le fleuve de mon père
Il y a d’abord une femme. Elle a la cinquantaine, l’âge où la vie nous fait une pirouette et casse les rêves que nous avions pour nos parents vieillissants. Des rêves de fin de vie chez eux dans leur maison, avec leurs enfants pas loin.
À ses côtés, il y a une dame âgée. Ce peut être sa mère. En tout cas, c’est elle qui reste ici. De celle-ci je n’ai pas de visage, juste une silhouette vue de dos. Une femme voûtée mais pas tant que ça, qui marche à petits pas certes, mais qui marche. Et ma question à l’esprit: Déjà? Ne pouvaient-elles pas attendre encore? Est-ce obligatoire maintenant?
Elles sont dans le jardin, viennent de quitter de larges fauteuils sous le tilleul, l’après-midi de printemps touche à sa fin. De quoi parlaient-elles? Parlaient-elles seulement? La quinquagénaire regarde alentour, ses yeux voient les personnes âgées assises, là, elles aussi, à respirer le printemps. Mais elle, elle ne voit personne. Comme une libellule, son regard se pose sur l’un. Et repart sur l’autre, encore et encore, sans se fixer. La libellule s’est posée sur mes parents mais n’a rien fixé.
Elles se lèvent et entrent à petits pas dans le hall. La femme ouvre la porte et la retient pour la plus âgée. Je le sais, elle a alors ce choc qui me saisit chaque fois que j’entre là, même si je le cache derrière un sourire de façade et un joyeux «Bonjour messieurs dames! Ce choc oblige à marquer le pas, baisser le regard même une seconde: une nuée de fauteuils roulants gris enchevêtrés, collés les uns aux autres, serrés dans ce petit espace. Dans ces fauteuils, il y a autant de visages que de sujets de tableaux. Il y a des figures déformées, des lèvres qui ne suivent plus rien, des regards vitreux, chassieux, des mèches de cheveux qui défient les lois de la pesanteur. Et puis parfois, ici ou là, des regards intenses, perçants, qui me dévisagent et semblent vouloir imprimer ma figure.
Faire naturel, attraper les regards qui sont le plus près de moi, les saluer, marcher comme si de rien n’était et comme si j’avais une bonne raison d‘être ici. Dans quelques instants, je franchirai le hall, je pousserai la porte de l’escalier et gravirai à toute allure les marches qui mènent à la chambre de mes parents, pour me prouver que je suis en pleine forme, que je cours, moi, que je fais ce que je veux de mes muscles, que j’ai encore plein de temps devant moi.
«Je vais rentrer, tu vas bientôt dîner, je reviendrai demain», dit la dame qui cherche quelqu’un du regard, une aide-soignante, une infirmière, moi, n’importe qui pourvu qu’on ne la laisse pas là, seule à dire au revoir à sa maman.
Quand cela a été mon tour, le premier soir où j’ai laissé mes parents, j’ai enfoui mon visage dans l’épaule de ma mère qui m’arrive à peine à la poitrine. J’ai mélangé mes yeux mouillés au parfum de ses cheveux un peu en vrac. Puis deux aides-soignantes souriantes ont pris chacune mes parents bras dessus, bras dessous pour les emmener dîner, leur premier repas dans ce lieu que j’avais tant redouté pour eux. J’ai vu s’éloigner ces deux petites choses au pas mal assuré, qui avaient été mes rocs durant des décennies. L’une de ces jeunes femmes a tourné la tête vers moi, m’a lancé un regard vivant et un «Merci pour tout à l’heure!» car je l’avais aidée à relever une pensionnaire qui était tombée. Ce regard m’a fait du bien.
Le jour suivant, je reverrai la dame quinquagénaire. Cette fois-ci, elle sera accompagnée de sa sœur. Au moment de partir, je l’entendrai la houspiller pour qu’elle marche plus vite. «Dépêche-toi, sinon elle va nous voir et se mettre à crier, il ne faut pas qu’elle nous voie partir», dira-t-elle en parlant de leur mère qu’elles auront laissée dans une pièce voisine en prétextant je ne sais quoi. »

Extraits
«Je le laisse partir dans ses fameux méandres. Je l’accompagne même autant que je peux et j’attends de pouvoir le récupérer quand il reviendra vers mes rivages. Là où nous pouvons parler de la vraie vie, de mes enfants, mon métier, sa maison de pierres et de tuiles marseillaises, des menues tâches que j’y accomplis, les formalités administratives du moment. Mais Vite, ne perdons pas de temps dans ces instants volés, il repart si facilement de l’autre côté du miroir.»

«Le vrai problème, c’est l’absence. Pas la disparition, elle est réservée aux morts. Mais l’absence. Ces personnes âgées qui n’ont pu rester chez elles sont entrées en absence. Elles se sont absentées de leur maison. La nuance, de taille, c’est qu’il s’agit d’une absence à vie. Tout le monde le sait, sauf elles parfois.
En quittant leur chez eux, conduites le plus souvent par leurs enfants vers leur nouvelle maison, elles se sont retirées. D’ailleurs, cette nouvelle maison s’appelle «maison de retraite». Mais on devrait dire «maison de retrait». Car ceux qui sont là ont été retirés de la vie normale. Ils n’y font pas une retraite, non, ils sont mis en retrait. Une retraite religieuse, par exemple, dure quelques jours ou quelques semaines et puis on revient à la vie normale. Elle est choisie aussi, tandis que désormais il s’agit d’autre chose, dont personne a priori ne veut. »

« Placer ses parents en maison de retraite est une somme de déchirures qui mettent à vif les plaies familiales, une redistribution totale des rôles où les enfants deviennent les parents et où les lignes bougent dans la fratrie. C’est un abandon, de soi et des autres. On inscrit ses parents dans l’absence. On débute un deuil, on s’abandonne soi-même dans cette infinie tristesse, d’autant plus qu’on est un acteur de cette histoire.
Contrairement à ceux qui perdent leurs parents de maladies ou d’accidents sans rien pouvoir faire pour les sauver, nous tuons un petit peu nos parents en les soustrayant à leur vie, à leur maison et à leur tasse de café du matin dans la chambre. C’est une immense culpabilité. C’est un moment où l’on n’a souvent que les larmes pour dire les choses et aussi, parfois, que les mots pour canaliser la douleur. »

À propos de l’auteur
Emmanuel Sérot est journaliste à l’Agence France-Presse. Grand voyageur, infatigable marcheur, surtout en montagne, il a longtemps vécu à l’étranger, au Costa Rica, aux États-Unis ou encore en Autriche. «On va revoir les étoiles» est son premier roman. (Source : Éditions Philippe Rey)

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La nuit introuvable

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En deux mots:
Un fils retrouve sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Mais avant de sombrer, cette dernière lui a écrit huit lettres. Une confession émouvante qui va modifier son jugement et sa vie.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Huit lettres pour une vie

Une mère atteinte d’Alzheimer et un fils exilé en Slovénie sont au cœur du premier roman sensible et émouvant de Gabrielle Tuloup.

Quand Nathan Weiss, qui a choisi de s’exiler en Slovénie, est informé qu’il doit rentrer à Paris parce que sa mère le réclame, il est tout proche d’ignorer cette demande. Car il estime qu’is n’ont plus rien à se dire. Mais comme il effectue régulièrement des séjours dans la capitale, il accepte finalement l’invitation de cette voisine qu’il ne connaît pas. Cette dernière va lui apprendre la terrible nouvelle: sa mère Marthe est atteinte de la maladie d’Alzheimer et aura sans aucun doute de la peine à le reconnaître.
Mais elle lui révèle par la même occasion que Marthe lui a confié huit lettres écrites alors qu’elle était en possession de tous ses moyens, au moment où les médecins ont posé le diagnostic de cette maladie dégénérative incurable. Mais ces huit missives ne lui seront confiées qu’au compte-goutte, lors de chacun des voyages qu’il fera.
Si la colère est le premier sentiment de Nathan qui se sent floué et manipulé, la lecture de la première lettre va profondément le secouer : « Tout est organisé avec Jeanne. Je viens de t’écrire huit lettres. Elle ne doit te joindre que lorsque je ne serai plus capable de le faire. Nous n’avons pas réussi à nous aimer jusque là. Il y a toujours eu une sorte de philtre, tu as eu une mère enveloppée dans du papier cellophane. J’avais l’air d’une mère à travers, mais toujours à travers. »
En intégrant au fil du récit ces huit lettres, Gabrielle Tuloup a trouvé une technique narrative propre à retenir son lecteur, avide de connaître la suite épistolaire, intrigué par les secrets de famille annoncés.
« Il ne reste déjà qu’un bien maigre territoire de mon passé. Tout file. Ton père est mort et tu es parti loin. À moins que ce soit moi qui n’aie jamais pu être proche.
Je ne veux surtout pas emporter mon secret. Mes vices cachés le sont au pli d’une ride mais les caresses de Jacques ne me lisent plus. Ton père avait de ces mains qui savent quand la peau braille d’avoir eu mal quelque part. Le corps qu’on n’aime plus se tait doucement.
Je sais qu’il est temps d’oublier, de tout alléger, mais pas avant d’avoir rempli le registre. Aujourd’hui, mon fils, il me faut te décrire mes terres muettes, le bien qu’on m’a volé. Il me faut te confier ce que je n’ai pu dire à personne, pas même à ton père. »
Du coup, ce qui semblait désormais impossible au début de cet émouvant roman va se produire : les fils va se rapprocher de cette mère qui s’enfonce dans la nuit. En jouant sur ces deux temporalités, le moment où le slettres ont été écrites, les éléments de biogrpahie qui y sont relatés et la présence physique de cette femme à l’esprit vagabond, l’auteur ajoute de l’émotion, de la tension dramatique.
Nathan va vieux comprendre sa mère et ses choix et ce faisant, il va aussi se redécouvrir à la lumière des confessions de Marthe qui viennent effacer des années de non-dits.

La nuit introuvable
Gabrielle Tuloup
Éditions Philippe Rey
Roman
160 p., 16 €
EAN: 9782848766447
Paru le 1er février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris ainsi qu’en Slovénie où le narrateur a choisi de s’exiler.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Nathan Weiss vient d’avoir quarante ans lorsqu’il reçoit un appel d’une inconnue: sa mère Marthe souhaite le revoir en urgence. Cette mère, voilà quatre ans, depuis le décès de son père, qu’il s’efforce de l’oublier. Ce n’est pas un hasard s’il s’est expatrié jusqu’en Slovénie.
Il va pourtant obéir et revenir à Paris. Sa mère a changé: elle est atteinte d’Alzheimer et ne le reconnaît presque plus. Nathan apprend alors que Marthe a confié huit lettres à sa voisine, avec pour instruction de les lui remettre selon un calendrier précis. Il se sent manipulé par ce jeu qui va toutefois l’intriguer dès l’ouverture de la première lettre.
Ces textes d’une mère à son fils, d’une poignante sincérité, vont éclairer Nathan sur la jeunesse de Marthe, sur le couple qu’elle formait avec son mari Jacques, la difficulté qu’elle avait à aimer ce fils envers qui elle était si froide. Tandis qu’il découvre ce testament familial, Nathan se débat avec ses amours impossibles, sa solitude, ses fuites. Et si la résolution de ses propres empêchements de vivre se trouvait dans les lettres que Marthe a semées pour tenter de réparer le passé?
Dans ce premier roman, d’une écriture sensible et poétique, Gabrielle Tuloup décrit l’émouvant chassé-croisé de deux êtres qui tentent de se retrouver avant que la nuit recouvre leur mémoire.

68 premières fois
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Les premières pages du livre
« Elle aurait aussi bien pu être morte. Ça n’aurait pas changé grand-chose, au fond. Il aurait fallu s’organiser, voilà tout. Les pompes funèbres, les faire-part de décès, quelques poignées de mains contrites, j’aurais fait bonne figure et puis on aurait été quittes. Ça n’aurait pas été un drame. Mais les choses s’annonçaient plus compliquées. Quatre ans d’une petite vie ennuyeuse de quarantenaire rompues par un simple coup de téléphone. Bien sûr, ça devait finir par arriver, même si avec elle rien n’était certain.
Sur l’écran de mon portable un numéro inconnu s’est affiché. Je regrette que ma méfiance instinctive n’ait pas pris le dessus. On peut toujours s’arranger après avec son répondeur. C’est plus difficile avec la vraie vie. On ne range pas les gens dans des boîtes vocales.
« Nathan Weiss? Jeanne Silet à l’appareil, pardonnez-moi de vous déranger, je suis une vieille amie de Marthe.» La voix têtue ne se laissa pas intimider par mon silence. Elle poursuivit: «Je sais que vous êtes brouillés. Mais il faut vraiment que nous discutions.»
Elle parlait au présent, c’était de mauvais augure: ma mère était donc encore en vie. Brouillés? Non. Je ne me rappelais pas une seule dispute. Je crois plutôt que nous nous étions oubliés à force d’indifférence.
«Votre mère est malade. Elle m’a laissé une lettre et des consignes pour vous.»
Des consignes, comme à un enfant? Ce n’était vraiment pas son genre. Marthe avait de nombreux défauts, mais pas celui de peser sur son entourage. C’était plutôt le contraire. Par curiosité plus que par inquiétude, j’engageai mon interlocutrice à poursuivre.
«Pas par téléphone. Mais je crois que vous habitez à l’étranger.»
Erreur de débutant: tout gonflé de la satisfaction pompeuse de pouvoir me vanter d’une vie trépidante, je répondis que je rentrais à Paris tous les deux mois, pour déplacements professionnels. Elle parut satisfaite et me demanda de passer chez elle, la prochaine fois. «J’habite à deux pas de chez votre mère, même rue, au numéro 20. Prévenez-moi la veille, ça suffira bien. »
C’est ainsi que ça a commencé. Sur une chaise de bureau à roulettes, avec dans les mains un Critérium dont je venais de casser la mine. Plusieurs options s’offraient à moi: aller boire un café ou deux, ou trois, dans l’espoir de me calmer les nerfs; m’enfermer dans la salle de réunion pour appeler la fidèle psy qui écoutait mes plaintes ces dernières années; ou recourir à ce précieux talent qui consiste à cultiver ma ressemblance avec un oiseau de la famille des Struthionidae, plus communément connu sous le nom d’«autruche». J’ai hésité. Mais la dernière solution, désormais maîtrisée presque à la perfection, me sembla la plus sage, du moins pour la dizaine de jours qui me séparaient de mon prochain retour parisien.
Le déni a ses limites. À la douane, les agents m’ont demandé si je n’avais rien à déclarer. J’étais bien embêté. Avaient-ils deux bonnes heures devant eux? Mais on ne plaisante pas avec ces gens-là. »

Extraits
« Tout est organisé avec Jeanne. Je viens de t’écrire huit lettres. Elle ne doit te joindre que lorsque je ne serai plus capable de le faire. Nous n’avons pas réussi à nous aimer jusque là. Il y a toujours eu une sorte de philtre, tu as eu une mère enveloppée dans du papier cellophane. J’avais l’air d’une mère à travers, mais toujours à travers. »

« J’ai peut-être un peu trop triché. Moi aussi, Nathan, j’ai mes sillons et mes parcelles disparues trop tôt. Je signe un bail avec l’oubli, mais qui gardera la mémoire de mes biens, de mes compromis, de mes dédits? Il ne reste déjà qu’un bien maigre territoire de mon passé. Tout file. Ton père est mort et tu es parti loin. À moins que ce soit moi qui n’aie jamais pu être proche.
Je ne veux surtout pas emporter mon secret. Mes vices cachés le sont au pli d’une ride mais les caresses de Jacques ne me lisent plus. Ton père avait de ces mains qui savent quand la peau braille d’avoir eu mal quelque part. Le corps qu’on n’aime plus se tait doucement.
Je sais qu’il est temps d’oublier, de tout alléger, mais pas avant d’avoir rempli le registre. Aujourd’hui, mon fils, il me faut te décrire mes terres muettes, le bien qu’on m’a volé. Il me faut te confier ce que je n’ai pu dire à personne, pas même à ton père. »

À propos de l’auteur
Née en 1985, Gabrielle Tuloup a grandi entre Paris et Saint Malo. Championne de France de slam en 2010, elle est maintenant professeur agrégé de Lettres et enseigne en Seine-Saint-Denis. (Source : Éditions Philippe Rey)

Page Facebook de l’auteur

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Sorbet d’abysses

EMMENEGGER_Sorbet_dabysses

Sorbet d’abysses
Véronique Emmenegger
Luce Wilquin
Roman
269 p., 21 €
ISBN: 9782882535030
Paru en avril 2015

Où?
L’action se situe, pour la jeunesse de Shirley, l’une des protagonistes, dans le Somerset puis à Londres. Toutefois, le lieu principal n’est pas défini.

Quand?
L’action est située de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lorsque la famille du brillant philosophe Egault Lévy apprend qu’il est atteint d’une maladie de démence, le monde manque de s’écrouler. Shirley, sa femme soumise, ainsi que ses trois enfants sortent alors de leurs retranchements. Subir ou ne pas subir ? Accepter ou se révolter ? Chacun va être invité à modifier sa façon de voir la vie face à cette descente dans les entrailles de la mémoire et du langage. La maladie cache dans ses souffrances des portes de sortie étonnantes.
Scènes cocasses, éclats de bonheur, de rire… Une remise en question salutaire face à la débandade du langage et de la mémoire.

Ce que j’en pense
***

On pourrait résumer ce livre en disant qu’il raconte le parcours d’un homme atteint d’une maladie dégénérative de type Alzheimer, mais voilà qui serait bien trop réducteur. Car Véronique Emmenegger est bien trop subtile pour ne pas s’arrêter à cette seule dimension. Elle choisit certes de nous livrer la chronique d’une déchéance annoncée, mais décide d’emblée de confronter tous ses personnages à une réalité qui est loin d’être manichéenne. Comme nous l’annonce le titre: « Loin de Shirley, l’espoir de trouver une oreille pour entendre sa voix, elle aussi boitillante. Il faut déguster ce sorbet d’abysses avec une cuillère en argent, qui laisse sur la langue le goût des mauvais jours.»
Voici donc Shirley, l’épouse soumise qui n’avait que dix huit quand le professeur Égault Lévy l’a remarquée dans les couloirs de l’Université londonienne avant de lui proposer de devenir sa traductrice. « Dans la foulée, il lui proposa de l’épouser, ce serait plus simple.»
Son mari occupe la place centrale du récit. C’est du reste devenu une habitude pour l’intellectuel qui voyage de conférences en séminaires : il est partout la vedette. C’est du reste ce qui va donner à ce roman toute sa force tragique. Car Égault refuse d’admettre son «problème». Il va même dans un premier temps, faire comme si de rien n’était, avant de devoir petit à petit abdiquer.
La galerie de personnages ne serait pas complète sans les trois enfants du couple : Sixtine, Donatien et Olga.
Sixtine, la «Japonaise», est admirative de son père et mettra elle aussi longtemps à admettre sa maladie. Donatien est assez effacé. Il regarde les femmes agir et suit le mouvement, y compris dans leur formidable initiative finale, qu’il serait dommage de dévoiler ici. Olga, la petite dernière que son frère et sa sœur ont surnommé « la punkette», déteste cette étiquette qui remonte à ses treize ans, période de sa « révolte XXL, les vêtements teints en noir dans la machine familiale, les ongles mal vernis, les cheveux courts d’un côté et plus longs de l’autre, un vrai poème gothique.» C’est avant tout la force vive. Son énergie va être bien utile à tous, surtout depuis que Shirley a abdiqué et pris la fuite : « Quand le leader devient fardeau, rien ne sert d’attendre ou de maudire, il faut agir. Fuir la combustion ramassée de la rancœur pour prendre la tangente. Là se trouvent les fleurs ressuscitées. Il n’y a pas de prescription, il faut les cueillir toutes. »
La force de ce livre tient, on l’aura compris, non pas à la maladie, mais aux remises en question qu’elle peut entraîner. Pour chacun des protagonistes, mais bien entendu aussi pour le lecteur qui, par ricochet, se pose les mêmes questions que Shirley, Sixtine, Donatien et Olga.
Certains critiques aiment utiliser la formule « lisez et vous n’en sortirez pas indemnes ». Je crois qu’elle ne s’est jamais mieux appliquée qu’ici.


Autres critiques

Babelio

Extrait
« Il a été convenu par téléphone de commencer le Grand Mensonge. Impossible de traîner Monsieur Lévy chez un docteur en hallucinations afin de gober toute une série de pastilles aussi joliment colorées que les poissons. Il faut lui prescrire des banalités pour simples trous de mémoire. Le Professeur prévient qu’il faudra revenir dans un mois, car le dosage est approximatif. Il y a tout de même trois sortes de médicaments et Égault se demande bien pourquoi, avec tout l’argent qu’on met dans la recherche, ces fantômes en blouse blanche n’ont toujours pas réussi à trouve run modèle unique.
L’ordonnance griffonnée, quelqu’un frappe à la porte. Il s’agit du psychiatre du département de psycho-gériatrie adjacent, lequel passait par là. Il propose à Égault de discuter un moment, invitation refusée tout net. Monsieur Lévy lui rappelle qu’il n’est pas égrotant et qu’il a assez fait mumuse pour aujourd’hui. Il a toute sa tête ! » (p.53)

A propos de l’auteur
Véronique Emmenegger est née à Paris en 1963 d’un père agent de voyages suisse-allemand et d’une mère secrétaire française. Durant sa petite enfance, elle a beaucoup voyagé en Europe (Grèce, Espagne, Italie, Iles Canaries) et a été en partie élevée par ses grands-parents à Paris.
Revenue en Suisse, sa scolarité obligatoire se passe au collège de Morges et au gymnase à Lausanne.
Attirée par des études de médecine, la vie en a décidé autrement. Par le biais d’un concours lancé par l’Hebdo, lequel recherche des jeunes reporters, elle fait partie des douze jeunes sélectionnés. L’Hebdo offre à chacun une petite somme d’argent et la possibilité d’un reportage. Véronique part à Londres et réalise sa première double page sur les punks. C’est en terre britannique qu’elle écrit son premier roman «Mademoiselle Faust», ville de tous les départs. Elle obtiendra son RP en free-lance quelques années plus tard.
En 1987, «Mademoiselle Faust» paraît à Paris aux éditions Sillages dirigées par Noël Blandin. Suivront «Les Bouches» en 1992 toujours chez le même éditeur. «Richesse Invisible», une commande des éditions d’En Bas, lui offre la possibilité de collaborer avec Pierre-Antoine Grisoni, photographe de l’agence Strates. Suivront «Fringales» en 2011, un recueil de 52 nouvelles sur le thème du vêtement. Et «Cœurs d’assaut» en 2013, un roman sur l’abandon et la survie en milieu hostile. (Source : Site internet de l’auteur)
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