Géopolitique du moustique

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En deux mots:
Après avoir exploré le coton, l’eau et le papier, Erik Orsenna poursuit ses voyages didactiques en s’attaquant cette fois au moustique. Un combat perdu d’avance, ou presque, mais qui n’en demeure pas moins passionnant.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Géopolitique du moustique
Erik Orsenna / Isabelle de Saint-Aubin
Fayard
Essai
288 p., 19 €
ISBN: 9782213701349
Paru en mars 2017

Où?
Poursuivant ses traités sur la mondialisation, l’auteur nous entraîne sur presque tous les continents, de Guyane au Cambodge, en passant par la Chine, le Sénégal, le Brésil et la France, sans oublier la forêt Zika en Ouganda.

Quand?
Si les reportages sont actuels, de nombreuses références historiques nous entraînent vers le passé tout au long de l’ouvrage.

Ce qu’en dit l’auteur
« Les moustiques viennent de la nuit des temps (250 millions d’années), mais ils ne s’attardent pas (durée de vie moyenne : 30 jours). Nombreux (3 564 espèces), volontiers dangereux (plus de 700 000 morts humaines chaque année), ils sont répandus sur les cinq continents (Groenland inclus).
Quand ils vrombissent à nos oreilles, c’est une histoire qu’ils nous racontent : leur point de vue sur la mondialisation.
Une histoire de frontières abolies, de mutations permanentes, de luttes pour survivre, de santé planétaire, mais aussi celle des pouvoirs humains (vertigineux) qu’offrent les manipulations génétiques. Allons-nous devenir des apprentis sorciers ?
Toutefois, ne nous y trompons pas, c’est d’abord l’histoire d’un couple à trois : le moustique, le parasite et sa proie (nous, les vertébrés).
Après le coton, l’eau et le papier, je vous emmène faire un nouveau voyage pour tenter de mieux comprendre notre terre. Guyane, Cambodge, Pékin, Sénégal, Brésil, sans oublier la mythique forêt Zika (Ouganda) : Je vous promets des surprises et des fièvres !
Pour un tel périple dans le savoir, il me fallait une alliée. Personne ne pouvait mieux jouer ce rôle que le docteur Isabelle de Saint Aubin, élevée sur la rive du fleuve Ogooué, au cœur d’un des plus piquants royaumes du moustique. » Erik Orsenna

Ce que j’en pense
Erik Orsenna est un vulgarisateur hors-pair. J’imagine qu’il pourrait même rendre l’analyse d’un bottin téléphonique passionnante. Fidèle au modèle qu’il a conçu pour nous expliquer la mondialisation et avec lequel il nous a successivement raconté le parcours d’une balle de coton, suivi le trajet de l’eau ou encore la fabrication du papier, il a cette fois choisi un animal comme figure de proue de la mondialisation: le moustique. À suivre notre académicien avide de savoir, on comprend très vite le potentiel formidable de cet insecte aussi minuscule que terrifiant.
Quelques chiffres suffisent du reste à illustrer la dimension du problème. En 2015, les moustiques ont causé la mort de plus de 800000 personnes, alors que la même année les conflits humains ont tué 580000 personnes. Même un bestiaire à la Prévert qui rassemblerait requins, lions, crocodiles, serpents, chiens, ours ou autres prédateurs n’arriverait pas à la cheville de ces insectes. Au tableau de chasse du moustique on répertorie les victimes du paludisme, de la dengue, du Zika, de la fièvre jaune, du chikungunya pour ne prendre que les parasites et virus les plus connus que transmettent ces espèces qui n’ont sans doute pas encore été toutes découvertes.
C’est dire le potentiel de nuisance de ces minuscules bestioles. C’est dire aussi combien le combat mené sur tous les continents est vital. Avec l’aide et la caution d’Isabelle de Saint-Aubin, Erik Orsenna peut se lâcher et entraîner le lecteur dans cette guerre à l’issue très incertaine, dans un combat où les plus malins ne sont pas forcément ceux qu’on croit (l’adaptabilité des moustiques aux pièges qu’on leur tend est phénoménale), dans une stratégie battue en brèche par le tourisme et les voyages qui rendent possible – voire inéluctable – l’invasion de nouvelles espèces dans des régions jusque-là préservées. Le cas du moustique-tigre en est un exemple révélateur.
Très didactique, l’ouvrage est construit sur une série de voyages et d’entretiens qui en le rendent aussi passionnant à lire qu’un roman. Découpé en trois grandes parties, il commence par dresser le portrait des moustiques (Qui sont-ils ?) avant de partir sur leurs traces (Où sont-ils ?) puis de détailler les recherches en cours (Comment s’en débarrasser?). Si le but du livre n’est pas de gâcher les vacances du lecteur, il faut bien reconnaître que les différentes techniques d’éradication, des recettes de grand-mère aux techniques utilisant la génétique, montrent toutes leurs limites.
Puis-je me permettre de vous suggérer l’achat d’un moustiquaire avant d’attaquer cet essai passionnant ? Car si vous avez besoin d’être rassurés, je ne vois guère que cette solution. Le très intéressant dossier complémentaire mis en ligne par l’Institut Pasteur n’étant pas vraiment susceptible de vous rassurer, au moins à court terme. Bzzzz, bzzzz !

Autres critiques
Babelio 
Paris-Match (Catherine Schwaab)
L’Express (Marianne Payot)
Le JDD (Bernard Pivot)
La Croix (Denis Sergent)
Le Point (Violaine de Montclos)
Blog Errances immobiles 


Erik Orsenna présente son livre « Géopolitique du moustique. Petit précis de mondialisation IV » (Fayard)

Les premières pages du livre 

Extrait
« Si certains parviennent tant bien que mal à la cinquantaine, la plupart d’entre eux, à commencer par les moustiques, ne vivent pas longtemps. En d’autres termes, ils ne sont pas embarrassés par leurs vieux. À peine ont-ils at teint la pleine force qu’ils ont la décence de mourir pour laisser la place aux jeunes. On pourrait objecter qu’ils perdent ainsi en expérience. Ce manque est pallié par leur très longue présence sur la Terre : en quatre cents millions d’années, certes on prend son temps, mais on s’adapte à tout !
Quand la dynamique de l’espèce l’emporte sur la revendication de l’individu, il y a gros à parier que la vitalité générale y gagne. »

À propos de l’auteur
Erik Orsenna est l’auteur de L’Exposition coloniale (prix Goncourt 1988), de Longtemps, de Madame Bâ et de Mali, ô Mali. Il a écrit aussi des petits précis de mondialisation, dont Voyage aux pays du coton (2006), et deux biographies, l’une consacrée au jardinier de Louis XIV, André Le Nôtre, Portrait d’un homme heureux (2000), et l’autre à Louis Pasteur, La Vie, la Mort, la Vie (2015). On lui doit également cinq contes célébrant la langue française dont La grammaire est une chanson douce (2001). Entré à l’Académie française en 1998, il occupe, sans légitimité aucune, le siège de Louis Pasteur et d’Émile Littré. (Source : Editions Stock)

Site internet de l’auteur 
Page Wikipédia de l’auteur

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