Une forêt d’arbres creux

CHOPLIN_Une_foret_darbres_creux

Une forêt d’arbres creux
Antoine Choplin
La fosse aux ours
Roman
116 p., 16,00 €
ISBN: 9782357070653
Paru en mai 2015

Où?
Le roman se déroule à Terezin, ex Theresinestadt, aujourd’hui en République Tchèque.

Quand?
Le récit commence en décembre 1941 et se poursuit sur les mois suivants.

Ce qu’en dit l’éditeur
TEREZIN, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, décembre 1941.
Bedrich arrive dans la ville-ghetto avec femme et enfant. Il intègre le bureau des dessins.
Il faut essayer de trouver chaque matin un peu de satisfaction en attrapant un crayon, jouir de la lumière sur sa table à dessin, pour enfin s’échapper du dortoir étouffant, oublier la faim, la fatigue et l’angoisse.
Chaque jour se succèdent commandes obligatoires, plans, aménagements de bâtiments. Chaque nuit, le groupe se retrouve, crayon en main, mais en cachette cette fois. Il s’agit de représenter la réalité de Terezin sans consigne d’aucune sorte.
Et alors surgissent sur les feuilles visages hallucinés, caricatures. Tout est capté et mémorisé la nuit puis dissimulé précieusement derrière cette latte de bois du bureau des dessins.

Ce que j’en pense
****
Les hasards de mes lectures (mais y-a-t-il vraiment un hasard) m’ont fait découvrir Antoine Choplin après avoir terminé La zone d’intérêt de Martin Amis. Les deux livres ont été pour moi un même choc, même s’ils sont stylistiquement parlant à des années-lumière.
Ici, pas de provocation, pas d’ironie. Antoine Choplin choisit une écriture très classique, une phrase poétique pour rendre compte de l’horreur des camps. Ce choix rend du reste encore plus fort le contraste entre la dureté des conditions de vie et l’horreur de ce camp de transit où périrent quelque 33000 personnes et la beauté formelle du récit.
Nous suivons Bedrich, Johanna et Tomi à leur arrivée en décembre 1941. La mère et l’enfant sont placés dans le quartier des femmes, le père dans un braquement insalubre avec ses compagnons d’infortune. Son savoir-faire l’amène à intégrer le bureau des dessinateurs où il est notamment chargé des plans du crématorium. « Bedrich s’emploie à l’harmonie des façades, à l’équilibre visuel de la construction dont la funeste vocation, par de longues intermittences, disparaît de son esprit. »
Assez vite, avec ses collègues, il entend profiter de son statut un peu privilégié et entreprend de résister à sa manière. Sa mission et celle de quelques autres du bureau des dessins, consiste à élaborer pour les visiteurs « un album, florilège brillant, témoin du bien-vivre et des harmonies de Terezin ». On assiste notamment à des travaux surréalistes d’embellissement du camp avant la venue d’une délégation de la Croix-Rouge.
Mais Bedrich veut que le monde sache la vérité « sensible et nue ». Avec ses amis, ils font ce qu’ils savent le mieux faire et dessinent, racontent ce que subissent les déportés et racontent leur quotidien par l’image.
«Il lève les yeux vers Ungar, comprend ce à quoi s’emploie sa main alerte, les files d’attente devant les dépôts de nourriture ; de l’autre côté Bloch en termine avec l’esquisse de plusieurs figures humaines hallucinées, rassemblées en d’étranges postures…» Bien entendu, il leur faut cacher soigneusement leurs œuvres afin d’éviter les représailles, mais surtout pour que leur acte de résistance soit utile. Car très vite on comprend que face à la barbarie, la culture est un vrai rempart. C’est du reste le message qu’il entend transmettre à ses congénères et à son épouse : « Il lui disait combien les livres et les choses du savoir, c’était important. Le calcul, la poésie. Même ici, à Terezin, ça comptait. Surtout ici, il a ajouté, ici et maintenant, à Terezin. »
Un combat poignant, à l’issue incertaine, mais qui offre aussi par sa dimension artistique une porte de sortie : « Enfin, peut-être qu’un surplus de finesse ferait sourdre cette chose minuscule et que trahirait à leurs visages un je-ne-sais-quoi d’étincelant et de dérisoire : un peu d’espoir, voilà, ravivé par les propos d’Ungar mais maintenant endossé par chacun d’eux. Après tout – c’est ce à quoi pense Bedrich -, on pourrait bien finir par échapper aux convois vers l’Est, et il faudrait bien qu’un de ces jours tous ces murs s’effondrent. »
Un court roman qui est aussi un grand livre !

Autres critiques
Babelio
L’Express
Un livre, un jour (Olivier Barrot)
Blog Le Grenier à livres
Blog Addict Culture
Blog Sur la route de Jostein
Blog D’une berge à l’autre
Blog Les livres de Joëlle
Blog Cannibales lecteurs

Extrait
« Décembre de l’année 1941. Bedrich arrive à Terezin, avec sa femme Johanna et son fils Tomi qui n’a pas encore un an. La musette qu’il s’est pendue autour du cou bat contre le haut de ses cuisses et son poids lui brûle la nuque. Au bout du bras replié jusqu’à l’épaule, il tient un sac de grande taille qui roule d’un flanc à l’autre au rythme de ses pas. De son autre main, il tire un ballot en toile robuste qui traîne au sol. Tomi est dans les bras de sa mère, protégé par une couverture qu’elle maintient rabattue tout autour de lui.
Ils marchent face au vent hivernal. À l’unisson, tous les corps s’inclinent à son encontre, formant un amas gris et homogène, à la flèche univoque et que souligne d’autant le lest des bagages. Quelques arbres isolés, de ceux que l’on peut remarquer tandis que l’on s’approche des remparts et que les bois s’estompent, dessinent des obliques prononcées elles aussi, tendues à la rencontre des hommes. » (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Antoine Choplin est l’auteur de Radeau, du Héron de Guernica et de La Nuit tombée (prix France Télévisions 2012). (Source : Editions La fosse aux ours)

Site Wikipédia de l’auteur

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