Ossip Ossipovitch

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En deux mots:
On a cru voir le grand écrivain national Ossip Ossipovitch dans une cinéma d’Odessa. Il n’en fallait pas davantage pour que naisse l’un des récits que tout le monde connaît et qui font le gloire d’un auteur qui n’a jamais rien publié.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Sur les traces du grand écrivain national

Le premier roman de Marie Baudry pastiche les grands romans russes. En rassemblant les pièces du dossier Ossip Ossipovitch, elle s’amuse – et nous amuse – à construire la légende d’un grand écrivain. Érudit et malicieux!

Nombreux sont les auteurs qui, depuis Les liaisons dangereuses, ont utilisé avec plus ou moins de bonheur l’idée de Choderlos de Laclos de faire croire qu’il n’était pas l’auteur du livre qu’il faisait paraître, mais uniquement le dépositaire d’une œuvre qu’il jugeait utile à l’édification du public. Pour son premier roman, Marie Baudry a imaginé une petite variante à ce scénario en couchant sur le papier des récits qui ne furent pas publiés et en rassemblant certains écrits à propos d’Ossip Ossipovitch, le «grand écrivain national» vivant à Odessa.
Voici donc sur les bords de la Mer Noire, un rumeur qui enfle. On aurait aperçu l’auteur des désormais célèbres récits dans un cinéma de la ville. Illusion ou réalité? Toujours est-il qu’à partir de ce jour une nouvelle œuvre avait vu le jour. «En une seconde à peine le récit eut le temps de prendre corps, de s’étoffer, d’emplir la salle de cinéma et de se répandre dans tout Odessa, du moins dans toute sa partie haute, à la façon dont au réveil on saisit en un instant l’entièreté d’un rêve qu’on ne saura redire ensuite qu’avec trop de mots».
Vite qualifié de «post-apocalyptique», cette histoire ne tarde pas à diviser les Odessites. D’un côté les fervents admirateurs n’hésitant pas à crier au génie et de l’autre, ceux qui jugent scandaleux cette remise en cause du progrès et du développement de la cité portuaire magnifiée par Eisenstein et son Cuirassé Potemkine. Car l’ambiance a bien changé depuis que les idées révolutionnaires se sont dissoutes dans un pouvoir de plus en plus dictatorial. Les «années d’occultation» succédant aux rêves démocratiques. Ossip était alors avec les «purs et les pures», même s’il a toujours renoncé à s’exposer, préférant l’ombre à la lumière, laissant ses exégèses apporter leur pierre pour édifier sa statue.
Marie Baudry, qui est maître de Conférences en littérature générale et comparée, s’est visiblement amusée – et nous fait partager son plaisir – a ajouter des pièces au dossier en exhumant notamment la critique enflammée signée d’un certain Igor Vassiliévitch. Intitulée «La dernière fable d’Ossip Ossipovitch: humain, trop humain», elle n’est pas tendre pour le grand homme. Pour rééquilibrer un peu les choses, la même gazette Littéraire publiera un entretien, «dont nul ne saurait dire si elle est pure élucubration de scribouillard, dialogue apocryphe revu et corrigé par l’auteur, ou même, sait-on jamais, vérité à l’état pur (…). Là encore, on reconnaîtra le style propre aux journaux de cette époque, jusque dans ce goût pour des titres aussi racoleurs que truffés de références, puisque l’entretien portait ce long titre: «Dialogue avec Ossip Ossipovitch: “Longtemps je me suis rêvé en Balzac, en Dickens, en Dostoïevski.”»
Dans la grande lignée des auteurs russes que le peuple vénère, cet Ossip Ossipovitch est aussi le témoin des soubresauts de l’Histoire. Après l’agitation entre les «nationalistes pouchkiniens» et les «patriotes babéliens» qu’il regarde plutôt amusé, il voudrait être le héraut du soulèvement qui se dessine et dont il va, sans vraiment le vouloir, mettre le feu aux poudres dans un épilogue joliment amené.
Marie Baudry, entre pastiche et fantaisie débridée, a réussi son premier roman. On en redemande!

Ossip Ossipovitch
Marie Baudry
Alma Éditeur
Premier roman
224 p., 17 €
EAN 9782362794926
Paru le 3/09/2020

Où?
Le roman se déroule en Russie, à Odessa

Quand?
L’action se situe peut-être de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Odessa. On ne sait pas trop quand. Plus tard, mais pas très tard. Odessa, mais cela aurait pu être ailleurs. Une chose est sûre: là vit Ossip Ossipovitch, le grand écrivain national. Bien qu’il se soit toujours refusé à publier, son œuvre immense circule, on ne sait trop comment, parmi les Odessites qui en récitent, racontent et redisent les mille aventures, les mille exploits.
J’ai longtemps vécu à Odessa. J’ai fréquenté ou cru fréquenter Ossip Ossipovitch et les cercles auxquels il appartenait. J’ai entrepris ici de mettre par écrit certaines des bribes de son œuvre qui m’ont été transmises.
Lectrice, lecteur, il m’a paru important qu’elles arrivent jusqu’à toi qui n’as pas eu la chance de participer au soulèvement puis à la grande insurrection. Puisses-tu tirer grands fruits de son enseignement.»
Dans cette fable politique, la fantaisie, le burlesque et la poésie se jouent de la fin du monde. Face aux cyniques raisons d’État, la révolte est possible et désirable, qui redonnerait beauté et sens à la vie. Une variation sur les Nuits debout, à la mode odessite.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog des Arts

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Odessa. On ne sait pas trop quand. Plus tard, mais pas très tard. Odessa, mais cela aurait peut-être pu être ailleurs. Une chose est sûre, c’est là que vit Ossip Ossipovitch, le grand écrivain national. Personne n’a jamais lu une ligne de ce qu’il a écrit. Et pour cause: Ossip Ossipovitch s’est toujours refusé à publier. Mais son œuvre immense, colossale, circule néanmoins, on ne sait trop comment, parmi les Odessites qui en récitent, racontent et redisent les mille aventures, les mille exploits.
J’ai longtemps vécu à Odessa. J’ai fréquenté ou cru fréquenter Ossip Ossipovitch et les cercles auxquels il appartenait. Et malgré son horreur de la publication, tel un nouveau Platon – si tu veux bien, lectrice, lecteur, me passer l’orgueil de la comparaison – j’ai entrepris de mettre par écrit certaines des bribes de son œuvre qui m’ont été transmises.
Lectrice, lecteur, tu sauras en son temps en quelles circonstances elles me sont parvenues et pourquoi il m’a paru important qu’elles arrivent jusqu’à toi qui n’as pas eu et n’auras pas la chance de vivre à Odessa, d’y rencontrer Ossip Ossipovitch, de participer au soulèvement puis à la grande insurrection. Puisses-tu tirer grands fruits de son enseignement.

Après des mois – que dis-je – des années d’absence, la rumeur circulait (elle était partie du kiosque et s’était propagée d’une façon aussi concentrique qu’irrégulière, atteignant les bancs qui entourent la fontaine avant ceux du petit café des amoureux, sortant du parc par la rue Maïakovski avant que le boulevard Pouchkine ne fût lui aussi touché), selon laquelle Ossip Ossipovitch, le plus grand écrivain de la ville, et peut-être davantage, après des mois – que dis-je – des années d’occultation, était revenu à Odessa.
L’incertitude planait néanmoins: nul à Odessa mieux que n’importe où au monde ne sait qu’il est des silhouettes se ressemblant au point que leur ossature commune leur dicte une démarche semblable; au point même que cette seule analogie squelettique aille jusqu’à leur faire choisir les mêmes vêtements, à poser pareillement la voix, à avoir le même mouvement de la main passée dans les cheveux. Aussi la rumeur restait-elle particulièrement prudente et n’osait-elle se prononcer absolument quant à l’identité de cette silhouette familière, d’autant que la présence d’Ossip Ossipovitch avait jusqu’à présent toujours été accompagnée d’une épidémie de récits circulant dans les airs et dans les bouches des Odessites. Pour le moment, rien n’avait paru, nul récit, nulle histoire. Un silence presque effrayant.

Un jour morne se levait sur Odessa. C’était un de ces jours où l’on sait que l’horizon restera définitivement bouché, où le soleil ne se montrera pas et où la pluie s’abattra où bon lui semblera.
Pas de risque de croiser Ossip Ossipovitch par un temps pareil, pensa Iouri qui bombait un torse avantageusement souligné par l’étroite veste kaki qu’il portait et qui était ornée d’un écusson dont on ne pouvait comprendre de ce côté-ci du trottoir à quel parti il appartenait (une vendeuse venait de sortir de sa boutique pour en laver le seuil avec une énergie et des mouvements de hanche que Iouri jugea intéressants). Non, décidément, pensait Macha son balai à la main, ce n’est pas un temps à poète. Elle n’acheva pas sa pensée. Comme beaucoup des habitants d’Odessa, elle préférait se taire devant les uniformes sans poésie de ces apprentis héros au physique de brute épaisse, à la vulgarité sans pareille (même si l’on trouvait chez eux aussi de grands et fins connaisseurs de l’œuvre invisible d’Ossip Ossipovitch), qui traînaient sur les trottoirs de la ville comme celui qu’elle avait fait semblant d’ignorer de l’autre côté de la rue, prêts à s’affronter autour de l’inepte dualisme entre le nationalisme pouchkinien et le patriotisme babélien qui déchirait alors la ville.
Tout s’annonçait une fois encore morne, comme si la ville était dépossédée de son activité, de ses habitants et de toute consistance tant que l’esprit ossipien était coi. Certes le port, avec toutes ses grues et ses ferries et ses containers, s’agitait encore, mais le port, quand on était un vrai Odessite, et pas un sinistre cinéphile contraint de constater que du haut de ces célèbres escaliers on ne voyait rien et que d’en bas ce n’était guère plus impressionnant, bref, en vrai Odessite, on ne descendait (ni par conséquent ne remontait) jamais lesdits escaliers pour se rendre sur le port. Le cœur de la ville, la ville haute si l’on veut, se mourait lentement, et la vaine agitation des nationalistes pouchkiniens tenant la dragée haute aux patriotes babéliens, et réciproquement, était comme les soubresauts ultimes de la souris avec laquelle le chat a un peu trop joué et qu’il n’a plus qu’à déposer sur le seuil d’une porte quelconque.

C’est alors qu’on avait perdu tout espoir, et peut-être même parce qu’on avait perdu tout espoir, que se passa l’inouï; inouï pour un esprit odessite résigné à la mort rampante qui assaillait sa ville et sa vie, et non pour un occidental moyen pour qui l’inédit réside en quelque effrayante nouvelle prouesse génétique, sexuelle ou informatique. L’inouï, donc, commença dans la salle du cinéma Globus Vertov, au moment précis où les rares spectateurs qui s’y trouvaient somnolaient dans l’attente du film qu’ils avaient choisi de voir, en regardant les toujours spectaculaires et fatigantes annonces du cinéma sensationnaliste et les toujours fades et bavardes promesses du cinéma psychologique, moment qu’avait choisi Fedor pour glisser à sa compagne une hypothèse sur l’accroissement de l’impression de déjà-vu dans les salles obscures. Tout s’arrêta un instant. Le projectionniste avait failli à sa mission d’enchaîner parfaitement et sans temps mort les extraits des films à venir au film proprement dit. Et ce fut cette seconde d’inattention, ce trou dans le temps cinématographique, qui eut l’heur de s’emplir de ce que chacun attendait sans le savoir: le dernier opus d’Ossip Ossipovitch.

En une seconde à peine le récit eut le temps de prendre corps, de s’étoffer, d’emplir la salle de cinéma et de se répandre dans tout Odessa, du moins dans toute sa partie haute, à la façon dont au réveil on saisit en un instant l’entièreté d’un rêve qu’on ne saura redire ensuite qu’avec trop de mots. Dédaigneux, les Odessites auraient été surpris d’apprendre que c’étaient les histoires de marins, ces coquilles de noix creuses, qui pourvoyaient Ossip Ossipovitch de ses meilleures histoires. Méprisants à l’encontre du port et de son activité incessante, les Odessites n’auraient jamais voulu croire qu’Ossip Ossipovitch, avant d’être l’Odessite le plus casanier s’il en fut jamais (et la concurrence était pourtant rude en ce domaine) – si l’on excepte ses grandes périodes d’occultation dont on ignorait tout – avait embarqué, il y avait longtemps, dans la marine marchande, et qu’il avait même navigué sous pavillon français, puis britannique. Ils auraient été encore plus surpris d’apprendre qu’à sa connaissance des mers orientales, Ossip Ossipovitch ajoutait celle des routes et des voies ferrées qui parcouraient toute l’Europe d’ouest en est et du nord au sud, qu’il avait connu bien des villes, villages et hameaux les plus reculés de l’Europe orientale.
Mais plutôt que de s’appesantir sur une biographie trouée, apprends plutôt, lecteur, que le nouvel opus d’Ossip Ossipovitch fut aussitôt jugé scandaleux par une partie de la population, et notamment par celle-là même, certes minoritaire, qui passait ses matinées dans les cinémas eux-mêmes minoritaires du centre-ville, le Globus-Vertov, le Passaj-Cinéma-Trois salles et le Cinéma du Vertige. Apprends également que pendant un temps relativement court, et avant que les exégètes des deux bords ne s’y mettent, les patriotes pouchkiniens et les nationalistes babéliens partagèrent une même ivresse et passion pour ce dit récit. Apprends enfin que ce récit fut aussitôt qualifié, par une population qui dans son ensemble n’en revenait pas d’une telle compromission avec le goût du jour, de «post-apocalyptique». Quant à son contenu, tu le découvriras assez vite, lecteur, mais en son temps.
Était-il bien possible en ce jour de rapporter le plus fidèlement possible le récit apocryphe et post-apocalyptique de notre grand écrivain Ossip Ossipovitch, alors même que le glas solennel venait de faire vibrer l’air de ses sons graves ; alors même que nous, narrateur d’occasion prêtant main forte à la transcription samizdatique de l’œuvre invisible d’Ossip Ossipovitch, avions vue (et ouïe) sur la basilique Saint-Basile d’où le glas funèbre était parti et que nous avions malgré nous prêté l’oreille aux chants qui s’élevaient (chants assez faux malheureusement car le pope n’avait pas l’oreille musicienne), alors même que nous avions pu observer comme chaque fois la morne indifférence des employés des pompes funèbres fumant leur cigarette devant le porche en attendant que ça passe, alors enfin que nous aurions peut-être dû nous trouver dans la basilique plutôt qu’à une table de cuisine en train d’écrire, puisque nous connaissions bien celui qui attendait lui aussi patiemment dans sa boîte qu’on veuille bien le mettre en terre ?
Non lecteur, tu le comprendras bien, il ne saurait être question en un tel jour de te livrer le récit d’Ossip Ossipovitch. Sans quoi le glas, sonnant pour un seul homme, risquerait de déteindre de ses sombres sonorités sur un récit que je voudrais te retranscrire le plus conformément possible aux impressions qu’il laissa dans l’esprit et le cœur des Odessites. Il nous faudra attendre un jour moins solennel et que les chants timides s’élevant de la basilique se taisent enfin pour te raconter ce qui allait redonner vie aux Odessites.

Lecteur, n’accuse pas le narrateur de vouloir te mystifier ou abuser de ta patience en différant à loisir ce premier récit. De même que les récits d’Ossip ne circulaient jamais quand on les attendait, de même on ne saurait les transcrire à heure fixe. Qu’on ne voie là aucune posture, aucun goût pour un malheureux second degré et ses frères ironiques mais plutôt une vieille inclination odessite pour la patience, une certaine aptitude à la surprise : c’est quand il ne se passe rien que tout peut arriver, si tu me permets de reprendre ce fameux dicton odessite.
Récit de l’Impensable
On pourrait commencer n’importe où, avait dit la voix, avait dit Ossip. N’importe où, car après l’Impensable, c’est partout qui fut modifié, partout qui eut à être repensé et reconsidéré.
Il n’était pas vrai que tout avait été détruit. Pas vrai, parce que cela n’est pas possible, la destruction complète des choses, cela n’existe pas. (Et à ceux dont Ossip Ossipovitch devinait qu’ils resteraient d’éternels sceptiques, il ajoutait dans une incise dont les autres étaient privés : voyez, voyez, ils ont voulu les chasser tous de leur pays, il y a des siècles, pendant des siècles, ils ont cru les éliminer tous, et voyez pourtant tout au bout de la vieille Europe Atlantique, ils versent de l’huile d’olive dans une soucoupe pour prédire l’avenir, ils allument certains soirs un chandelier, et parfois même ils apposent certaine image stellaire au-dessus de la porte de la maison, tout cela sans savoir qu’ils sont de la race des éternels rejetés, des expulsés séculaires. Il voulait même ajouter : regardez, regardez ! ils ont voulu nous tuer tous, jusqu’au dernier, mais sa phrase s’arrêtait au bord de ses lèvres, parce qu’alors ses yeux s’embuaient, non de la douleur d’avoir perdu certains êtres particuliers – ses yeux étaient secs depuis longtemps pour cela – mais de la perte d’un monde, du monde, d’une certaine culture, qui pour Ossip avait été toute la culture.)
Il reprenait plus calme, pour tous ceux qui l’écoutaient : la destruction n’existe pas de façon absolue. Quelque temps après la survenue de l’Impensable (on ne savait dire après combien de jours et de nuits c’était, car tout, jour et nuit, fut brouillé pendant un long moment), qui eût eu des yeux pour voir, qui eût posé, si cela avait encore existé, son visage sur le sol, qui eût encore eu des mains pour le gratter (ce qui aurait été facile, car tout ce qui recouvrait la surface de la terre avait volé en éclats au moment de l’Impensable et le sol s’était troué, livré béant, fracturé, à la terre noire, fine et granuleuse, qui recouvrait désormais ce qui autrefois s’était appelé béton armé, route, dalle, autoroute, zone commerciale, ville, stade, aéroport), qui, donc, eût pu faire cela eût assisté à un curieux spectacle. Cette terre si noire, semblable à une fine cendre, dès qu’on en observait une infime parcelle, se révélait vivante. Mieux, elle grouillait d’un monde infiniment minuscule de scolopendres, de vers de terre, de cloportes, de hannetons, d’invertébrés et d’invisibles vertébrés, de rampants, de juteux et parfois de fort appétissants (car on changerait bien vite quant aux goûts et dégoûts gastronomiques) petits animaux qu’on n’avait jamais vus jusqu’à présent.
C’est alors que l’esprit qui planait au-dessus du monde détruit jugea que l’Impensable, ce nom qui avait été donné au jour de la catastrophe, n’était peut-être pas juste, car ce qu’un nez, des yeux, des mains eussent pu voir et toucher sur le sol, était tout à fait pensable, malgré son aspect peu reluisant pour l’étroitesse de vue humaine, et que ce pensable-là, on pouvait lui donner un nom très simple et très mystérieux tout à la fois – la vie. C’était de la vie qui grouillait et tous ces infimes représentants d’un peu de vie, de cette vie souterraine, presque microscopique, formaient bien cette chose qu’on appelait le vivant, et étaient la preuve que cette terre qui avait recouvert d’un manteau poudreux les continents, les océans, et tous leurs habitants, cette terre qui partout avait déferlé pour tout ensevelir, enterrer et absorber, loin d’être matière inerte, tout juste bonne à semer la vengeance et la destruction, avait gardé intacte sa puissance de vie, au moment même où elle s’était faite puissance de mort.

Petit à petit, tous les minuscules qui peuplaient la fine terre noire, commencèrent à entrer sous terre pour descendre à quelques centimètres de la surface.
Le danger qu’ils craignaient, ces frêles zélateurs de l’obscurité, c’était la lumière qui peu à peu revenait à intervalles irréguliers et pour des périodes de plus en plus longues, au point qu’il arriva qu’on pût clairement distinguer au bout d’un temps que plus aucun appareil n’était capable de mesurer, quelque chose qui autrefois s’était appelé le Jour, alternant avec ce qui s’était appelé la Nuit.
Ainsi donc, pensait en lui-même l’esprit qui planait au-dessus de cette terre poudreuse qui avait tout recouvert – ainsi donc le soleil n’est pas mort, ainsi donc l’Impensable n’a pas eu lieu, ainsi donc c’est toute la vie qui va reprendre, et pas seulement la vie des êtres souterrains, mais toute la vie supraterrestre qui va recommencer, et il n’avait pas fini sa pensée que l’esprit, comme un chien trempé, s’affaissa sous le poids de l’humide qui lui tombait dessus, le traversait de part en part, en des millions d’atomes aqueux qui se déversaient à un rythme frénétique,
l’eau.
Il ne manquait plus que l’eau, se lamentait l’esprit, en proie à la terreur. La terre, le soleil, l’eau, se répéta-t-il.
Tout va recommencer. Tout va recommencer comme avant.

Comme avant ?
Dans la panique, l’esprit en vint à douter de l’éradication absolue qu’avait produite l’Impensable.
Et si certains hommes, ou femmes, ou enfants, avaient survécu ? Et si l’homme, celui-là même qui avait œuvré de toutes ses forces et son intelligence idiotes à la destruction de son monde et de son espèce, était encore là ? Et si par-delà son existence physique et matérielle apparemment disparue, perdurait encore quelque chose de ce que l’esprit se surprit à qualifier d’esprit humain, et dont il se ferait malgré lui le grand dispensateur ?
Abasourdi par une telle hypothèse, hypothèse qu’il s’était tue jusqu’alors, devant le spectacle si rassurant des vers de terre, l’esprit, s’il eût eu des mains et des yeux, eût posé ses mains sur ses yeux pour ne pas voir ce qu’il venait de concevoir, pour se débarrasser de cette vision de cauchemar.
Après ce moment de stupeur abrutie, l’esprit se releva, se ramassa, et fut comme ébloui par la révélation qui se fit en lui et sur le monde qu’il surplombait.
Et si l’Impensable était qu’Il n’eût pas été entièrement détruit ?

Une telle pensée demandait à être vérifiée, pour être en mesure d’écarter définitivement l’atroce hypothèse.
Mais l’esprit ne se sentait aucun courage pour entreprendre de parcourir en tous sens et en tous points la surface de cette cendre qu’il avait – avant sa révélation – trouvée si rassurante, si bénéfique, et qui à présent lui inspirait une sorte de terreur mêlée de mépris. Aussi l’esprit se laissa-t-il flotter ; il eût voulu être une autruche et enfouir dans la terre noire non pas une tête qu’il ne possédait pas, mais l’esprit tout entier.
Dans ses heures de mauvaise foi, l’esprit se rassurait en se disant qu’il était de toute façon impossible d’accomplir pareil parcours, tout se ressemblait à présent trop sur la terre qui n’avait jamais si bien porté son nom, tout avait été comme arasé, hormis quelques rares monticules qui dépassaient encore et qui avaient dû autrefois appartenir à la chaîne himalayenne. Et pour ce qui était de ces points, l’esprit s’y était déjà rendu et avait pu constater avec bonheur qu’aucune intrépide cordée, aucune aventureuse expédition n’y avait survécu non plus qu’ailleurs.
La plupart du temps, l’esprit se terrait, tapi comme un chat prêt à bondir sur la souris, empli d’une souveraine tristesse : lui qui avait dû s’enfouir pendant des milliers, peut-être des millions d’années, il ne se souvenait plus, pour ne souffler que rarement sur un monde de plus en plus colonisé par cette étrange créature qui s’était donné le nom d’homme, lui qui avait patiemment attendu son heure, que son règne vienne, lui, immortel, sans visage et sans corps, se voyait détrompé et inquiété, telle une âme errante qui ne trouverait plus jamais le repos.

Ce repos, racontait Ossip Ossipovitch, plein de compassion pour le désespoir de l’esprit, mais lui-même si content d’être homme et de pouvoir s’éblouir encore de la chaude lumière d’un matin d’automne passant au travers des feuilles et des branches du bouleau du parc, non sans les avoir réargentées au passage, ce repos, l’esprit ne le trouvait plus nulle part. La vie souterraine des scolopendres et des cloportes, des vers de terre et des invisibles lui semblait à présent une monstruosité sans nom, une aberration, une excroissante protubérance qu’il eût fallu endiguer : ce n’était plus pour lui que de l’humanité en germe.

Encore un pas de plus, ajoutait Ossip Ossipovitch à ceux qui commençaient à comprendre que son récit ne pourrait entrer si facilement dans ce qui était désormais devenu une catégorie de la production à grande échelle, avec ses quelques chefs-d’œuvre et ses innombrables coûteux nanars, et qu’on appelait affectueusement « post-apo », lequel diminutif convenait de moins en moins bien au dernier récit d’Ossip Ossipovitch, où l’Apocalypse s’appelait l’Impensable et où le dernier survivant était un esprit sans corps ni sexe.
Encore un pas de plus, disait encore Ossip Ossipovitch, et l’esprit jusque-là invisible commencerait à se muer en un souffle éthéré, en un gaz soufré, en une fumée odorante, car jamais l’esprit n’avait été si plein de contradictions, lui qui avait toujours réuni harmonieusement tout et son contraire, voilà qu’il désespérait de vouloir et de ne vouloir pas la destruction du monde, voilà qu’il s’effrayait, comme s’il était possible que sur lui, l’intemporel, le temps eût prise, et qu’il eût hésité sachant par avance l’enchaînement de toutes les causes et de tous les effets.
On aurait pu croire que l’esprit avait jusque-là toujours suivi un plan tracé d’avance. Que c’était lui qui avait eu en tête cette idée d’une diminution constante de la taille des espèces, du dinosaure au vers de terre. En réalité, si quelqu’un ou quelque chose avait été en mesure de se mettre à la hauteur de l’esprit (et ici Ossip insistait sur le fait qu’il n’était question que de se mettre et surtout pas de se hisser), il aurait été bien déçu de comprendre que celui-ci ne suivait aucun plan précis. Pire : tout lui avait toujours échappé, parce que la vie est incontrôlable, « par nature » comme il s’amusait à le dire à ses rares heures d’espièglerie. Pire, parce que la vie ne peut être abolie que pour entamer un nouveau cycle de naissances et de destructions, et cela à l’infini.
Ainsi l’esprit n’aurait pu prévoir qu’après l’Impensable (et plus il y pensait, plus il se disait qu’un nom pareil n’avait pu lui être soufflé que par un esprit humain, car il était trop à taille humaine), la terre, jour après jour, aurait commencé à se couvrir d’une végétation de plus en plus luxuriante. Toutes les graines enfouies, toutes les semences cachées, endormies, ramenées en surface, commencèrent à germer, chacune à son rythme. Ce furent d’abord les fougères arborescentes, en même temps que certaines légumineuses que l’on ne savait plus reconnaître. En quelques années la terre se recouvrit d’une dense forêt aux essences innombrables, et sous laquelle poussaient fleurs, herbes, légumes, graminées, arbustes, fruitiers, ronces, tout plus prodigue que jamais.
En de certains endroits, l’océan avait fini par soulever l’épaisse couche de terre noire et cendreuse qui l’avait recouvert, et se dessinaient, instables, de nouveaux continents, ou plutôt un seul continent, car la terre se tenait d’un bloc, trouée çà et là par de grandes mers intérieures qui retrouvaient le nom de lacs, mais qui avaient gardé la salinité des océans dont ils provenaient.
C’était bel et bien une renaissance, un nouveau monde, végétal pour l’essentiel. Certes, les vers de terre, scolopendres et tous les invisibles du dessous de la terre étaient toujours présents. Mais il fallait une oreille bien fine (pour qui eût eu encore des oreilles en ces temps à venir) pour ouïr le souterrain travail de digestion de la terre.
Ladite oreille aurait été bien surprise de n’entendre d’autre bruit que le frémissement du vent dans les feuillages, que le ploc ploc plus ou moins retentissant de la pluie, et parfois un craquement plus ou moins prononcé selon que c’était une branche ou un arbre en son entier qui s’abattait. Elle aurait été bien en peine d’entendre le chant d’un oiseau, le bourdonnement d’un insecte, les feulements du fauve ou les glapissements d’on ne sait quoi, moins encore d’humaines paroles. Le règne animal n’était plus que souterrain. La surface de la terre était déserte de toute vie non végétale ou fongique.
L’esprit contemplait en silence sa création bien qu’il n’y fût pour rien. Son absence d’œil était vide et l’ombre de sa posture pensive indiquait la profonde mélancolie de son attitude.
Le monde était vide et l’esprit s’ennuyait.
Quand l’entièreté du dernier opuscule d’Ossip Ossipovitch fut connue de tous, de ses admirateurs comme de ses détracteurs, des nationalistes pouchkiniens autant que des patriotes babéliens, il se fit entendre une sourde, mais tenace rumeur à travers la ville. Beaucoup s’agaçaient de ce qui leur paraissait être une fable ésotérique et métaphysique. Les religieux, les convertis, les ultras, les puritains et les zélés, tous y voyaient une insulte à la Création autant qu’au Créateur, et se demandaient jusqu’à quel point l’esprit devait être considéré comme la représentation de la déité, et si oui, à quel degré de blasphème on était arrivé. Les messianistes et kabbalistes, prophétistes et anticipationnistes, projectionnistes et futuristes analysaient quant à eux chaque détail et tentaient de faire converger le récit d’Ossip Ossipovitch avec leurs propres calculs. Mais comme toujours, ce n’était pas de ces côtés folkloriques-là que survint le pire. Le pire vint de ceux que l’on appelait à cette époque les Sages : ils formaient une petite caste proche de tous les cercles du pouvoir, politique autant qu’économique et, parce qu’ils venaient de la frange de la bourgeoisie qui avait mystérieusement et très rapidement réussi à s’enrichir durant le siècle passé, mais aussi parce qu’ils avaient fait leurs études dans les meilleurs écoles et lycées de la capitale et qu’ils avaient tôt publié des livres (sous l’antique forme matérielle et commerciale que les livres d’Ossip n’avaient jamais prise), ils intervenaient dans des journaux entièrement dévoués à leur pensée sur tout sujet nécessitant l’expertise d’un philosophe ou écrivain, et produisaient par là la soi-disant sagesse de l’époque. Les Sages (dont Ossip Ossipovitch n’avait jamais fait partie, comme on s’en doute), se pensaient donc la crème de la pensée et ne se privaient pas de faire partager au commun des mortels l’éclat de leur intelligence céleste.
On assista donc comme à l’accoutumée à un déluge de commentaires des Sages, lesquels, sous l’apparente discordance des opinions (il fallait bien que chacun tentât de se distinguer), se révélaient finalement très ressemblants.

Igor Vassiliévitch Popov, surnommé Pitrigor par ses détracteurs, fut sans doute le premier à livrer son interprétation de la dernière feuille volante d’Ossip Ossipovitch. Elle parut d’abord dans le grand journal du soir, sous forme de ce qu’on avait coutume d’appeler en ce temps-là une recension critique, qui prenait place dans la très menacée colonne dédiée à la littérature et aux « idées ».
Mais exceptionnellement (et cette exception avait toujours été respectée après chaque apparition d’un nouvel opus d’Ossip Ossipovitch), l’article d’Igor Popov avait le privilège de s’étaler sur deux pages pleines du quotidien vespéral. C’était dire l’honneur que le quotidien réservait aux mots de Popov, c’était dire aussi l’honneur que Popov lui-même voulait bien faire à Ossip Ossipovitch, qui pourtant n’avait jamais rien demandé. C’était dire enfin l’importance que tout cela revêtait pour l’Odessite moyen.
Pourtant (et ce pourtant serait lui aussi à pondérer, car la déception dont on parlera ensuite faisait partie de tout ce cérémonial qui consistait à attendre beaucoup trop d’Igor Popov, pour ensuite convenir qu’il n’était pas l’éclair de la pensée qu’il prétendait être. Il n’en était que la promesse, mais cela suffisait à ce que l’on espérât toujours être enfin surpris et enfin contenté dans ses attentes : ce qu’on aurait voulu, c’est qu’il mît des mots simples sur ce que chacun de nous ressentait sans parvenir à mettre en forme ces impressions), pourtant, donc, les Odessites furent – sans surprise – grandement déçus à la lecture de l’article. D’abord parce que le critique s’appesantissait lourdement sur une série d’observations que le lecteur avait déjà faites par lui-même. Mais surtout, la lecture que Pitrigor proposait de la fable d’Ossip Ossipovitch s’avérait très vite aussi ampoulée que platement réductrice.
Si le lecteur courageux veut se faire une idée plus juste du type de critique que l’on publiait alors, et du singulier accueil qu’on lui fit, ainsi que des réactions qu’elle provoqua, il pourra lire – avec l’autorisation du grand quotidien du soir – une sélection des meilleures pages de cet article sobrement intitulé : « La dernière fable d’Ossip Ossipovitch : humain trop humain ». Mais il pourra tout aussi bien sauter allègrement au-dessus de ce chapitre, s’il préfère s’éviter la rencontre avec un de ces esprits faussement supérieurs de notre temps, sans craindre de perdre quoi que ce soit à la teneur générale de notre récit.

Extraits
«La dernière fable d’Ossip Ossipovitch : humain, trop humain»
par Igor Vassiliévitch Popov (édition du soir, extraits)
«Qui n’a pas été surpris, qui n’a frémi, qui n’a craint le pire quand soudain en notre bonne vieille ville d’Odessa courut la rumeur selon laquelle notre grand écrivain national Ossip Ossipovitch venait non seulement de nous livrer une nouvelle œuvre, mais plus encore quand cette œuvre reçut aussitôt de ses premiers auditeurs, lecteurs et récepteurs le qualificatif barbare de “post-apocalyptique” ?
Il nous faut à toute force revenir sur ce qualificatif qui nous semble tout sauf simple.
On pourrait le croire l’invention des marchands de rêves cinématographiques et n’être qu’un sous-genre destiné à un public adolescent partagé entre les romances fantastiques et les vulgarités sans nom d’une musique qu’on n’ose nommer ici. Et pourtant ! Ce qualificatif renvoie, il nous faut modestement mais fermement le rappeler, à une tendance profonde du récit humain, à l’un de ses schèmes fondateurs, oserais-je dire si j’étais sûr que le public comprît encore de tels mots (ah ! époque bénie et aujourd’hui révolue où aucun de ces mots savants n’effrayait le vulgum pecus), celui qui mêle les thèmes de la descente aux enfers, de la destruction du monde, du voyage chez les morts, ce récit où le monde d’hier, le monde des vivants, a disparu, et où le héros erre désormais parmi les ombres et les décombres de son univers aboli.
Oui ! c’est bien à cela que nous sommes livrés chaque fois que nous avons affaire à un récit post-apocalyptique, et que, pour ma part, je préfère nommer le schème du voyage en terre morte, et, j’ose le dire, je le goûte, je le prise, ce récit qui fait vibrer en moi des peurs que je sais ancestrales.
S’il fallait ce premier détour – qui aura peut-être rebuté nos jeunes générations toujours éprises de vitesse et qui croient que la lenteur signifie qu’il ne se passe rien –, il le fallait pour mieux comprendre le scandale du récit d’Ossip Ossipovitch, car oui, j’ose l’affirmer : ce récit est un scandale. […]»
Ici Igor Vassiliévitch revenait inutilement sur toutes les étymologies possibles du mot scandale dans le seul but de nous montrer que le scandale dont il parlait n’était pas le scandale tel qu’on le comprenait communément – mais ses arguties furent perdues pour bien des lectrices et lecteurs inattentifs qui passèrent directement à la suite de ses analyses: « Scandale il y a, oui, je vous le dis : Ossip Ossipovitch prétend nous livrer un monde privé d’humanité, l’ayant aboli une bonne fois pour toutes (même s’il laisse planer un doute, peut-être dans l’optique assez platement commerciale d’une suite à donner, ce que, disons-le tout de suite, nous ne saurions souhaiter). Et que fait-il ? Il nous réintroduit aussitôt après de l’humain par la petite porte, avec cet esprit qui, bien que dénué de corps, ressemble trop à certaines mélancolies des temps anciens, et que l’on finit par voir doté d’un corps bien complet à force de nous nier la possibilité qu’il en ait un ! Et quoi ? Cet esprit si peu spirituel, comble du mauvais goût, se voit affublé d’une bassesse de caractère et d’une veulerie bien trop humaines, malheureusement.
Qu’avait-il besoin alors de l’appeler Esprit, de nous faire croire à je-ne-sais-quelle spiritualité ou hauteur philosophique pour nous livrer in fine un pleutre de la plus vile espèce ? Sommes-nous donc assez stupides pour accorder un semblant de sympathie aux pitreries d’Ossip Ossipovitch, quand, en nous livrant un monde tout à fait imaginable, il nous le nomme “Impensable” ?
Pour qui nous prend-on ?
Autant dire que nous espérons bien qu’il s’agisse ici de la dernière fable de celui qu’on nomma jadis notre grand écrivain national et qui eût mieux fait de rester dans l’occultation dans laquelle il se trouvait. Qu’on n’y voie pas là injure, mais plutôt le bienveillant conseil d’un amateur qui veut se croire éclairé. »
Ainsi finissait la prose d’Igor Vassiliévitch, dont on comprit très vite que son argument gisait tout entier dans son titre. Malgré tout le respect que nous avions encore pour notre grand critique, son article fut assez vite oublié, au point même qu’en le relisant pour l’intégrer à notre récit, nous avons fini par nous demander si toute cette hargne ne venait pas d’un autre critique, d’un autre journal, et si nous n’avions pas un peu mélangé toutes les coupures de presse. »

« On trouve de petites choses plus amusantes dans ce dossier, comme cette entrevue, dont nul ne saurait dire si elle est pure élucubration de scribouillard, dialogue apocryphe revu et corrigé par l’auteur, ou même, sait-on jamais, vérité à l’état pur. Elle avait paru dans La Gazette littéraire, de parution hebdomadaire, peu de temps après la publication de l’article enflammé d’Igor Vassiliévitch.
Là encore, on reconnaîtra le style propre aux journaux de cette époque, jusque dans ce goût pour des titres aussi racoleurs que truffés de références, puisque l’entretien portait ce long titre : « Dialogue avec Ossip Ossipovitch : “Longtemps je me suis rêvé en Balzac, en Dickens, en Dostoïevski.” »
« Dialogue avec Ossip Ossipovitch »
La Gazette littéraire
G. … »

À propos de l’auteur
Marie Baudry est maître de Conférences en littérature générale et comparée de l’Université de Lorraine à Nancy. Ossip Ossipovitch est son premier roman. (Source : Alma Éditeur / Blog des arts)

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