La Dynastie des Weber

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La Dynastie des Weber
Geneviève Senger
Calmann Lévy
Roman
816 p., 23,90 €
ISBN: 9782702154670
Paru en mai 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en Alsace et plus particulièrement à Mulhouse, berceau de la dynastie Weber. La vallée du textile avec Thann et Wesserling et de façon plus anecdotique Colmar et Strasbourg sont également mentionnées. Le second pôle est situé aux Etats-Unis avec La Nouvelle-Orléans et l’évocation de New York et Boston. Une autre branche de la dynastie est allemande et s’installe à Berlin. On va aussi prendre les eaux à Baden-Baden ou sur l’île de Rügen. Enfin la Suisse joue un rôle de refuge, de villégiature ou de lieu de cure avec Zurich, Küsnacht et Davos. Enfin des membres de la famille passent par Genève, Londres et Queenstown en Irlande, Dinard, Calais et Paris, ou encore dans un dispensaire en Afrique.

Quand?
L’action se situe de 1870 à 1965, soit sur près d’un siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Juillet 1870 en Alsace. Louise Heim, fille d’un industriel du textile, a épousé Lazare Weber, fils de pasteur et brillant polytechnicien, resté follement épris de sa sœur Lucile qui l’a éconduit pour s’enfuir avec un négociant en coton américain.
Animé par la volonté de surpasser les grandes familles alsaciennes ayant fait fortune dans le fil et le tissage, Lazare fonde une filature moderne. Il fait appel à Arthur Ziegler, un ouvrier catholique étrangement lié à sa famille…
Louise, comprenant qu’elle a été sacrifiée à l’ambition de son père, négligée par son mari, décide de prendre sa revanche. Et arrivent de Louisiane les lettres de Lucile…
Ainsi commence la saga des Weber, vieille famille protestante taraudée par les secrets et les non-dits, emportée dans un tourbillon de rivalités, d’amours contrariées et d’ambitions démesurées. De Mulhouse à Berlin, avec un saut dans cette mystérieuse Louisiane où tant d’Alsaciens ont émigré, voici un siècle de péripéties amoureuses, de conquêtes industrielles et de combats syndicaux, de gloire et de défaites, d’illusions perdues et de rêves réalisés…
Journaliste et écrivain, Geneviève Senger est née à Mulhouse. Elle se lance aujourd’hui dans une saga puissante où souffle le vent de l’histoire.

Ce que j’en pense
****
Dans son nouveau roman, un pavé de plus de 800 pages, Geneviève Senger a choisi de retracer sur près d’un siècle la vie d’une famille d’industriels du textile en Alsace. Disons d’emblée que c’est une belle réussite et que l’on prend beaucoup de plaisir à suivre la dynastie Weber sur près d’un siècle dans l’une des régions de France qui aura sans doute connu le plus de bouleversements depuis 1870. C’est du reste à ce moment que commence le récit, à la veille du mariage de Louise Heim avec Lazare Weber. L’union de la fille d’un industriel du textile avec un ambitieux polytechnicien, n’est pas uniquement un mariage d’intérêt mais une sorte de mariage de substitution. Lazare était en effet amoureux de la sœur de Louise, Lucile. Cette dernière a choisi de fuir à la Nouvelle Orléans avec un Américain, négociant en coton, rompant par la même occasion ses fiançailles et ses liens avec sa famille. Pour ne pas perdre la face, les parents respectifs choisissent d’ « offrir » la sœur de Lucile à l’amoureux transi.
À prendre au pied de la lettre la définition du mot dynastie, « suite de personnes célèbres de la même famille exerçant les mêmes activités » on sent dès ce premier accroc à ce qui pourrait être l‘histoire officielle d’une réussite industrielle que les non-dits et les secrets de famille vont donner matière à de nombreux rebondissements et que dans ce récit les femmes vont jouer un rôle au moins aussi important que les capitaines d’industrie. Quand elles ne sont pas le trait d’union entre les deux mondes, à l’image de la quête du fil d’or qui va pousser Lazare à investir et à engager un ingénieur chimiste pour retrouver la chevelure flamboyante de la belle Lucile. Un fil d’or qui va servir en quelque sorte de fil rouge, si je puis dire. Et comme si les ambitions des uns et les amours des autres ne suffisaient pas à nous offrir un riche terreau romanesque, l’Histoire – celle avec un grand H – va s’en mêler.
En 1871 l’Allemagne annexe la région, amputée du Territoire de Belfort. Entre les partisans du nouveau régime et ceux qui entendent reconquérir la « province perdue », on ne va tarder à trouver de nouveaux motifs de conflit. Pour faire fructifier ses affaires sur la Terre de l’Empire allemand (Reichsland), il faut bien trouver une entente avec le régime. Toutefois, la différence entre compromis et compromission n’est pas toujours très évidente. Et que dire des déchirements qui résulteront du déclenchement de la Grande Guerre. Sur les hauteurs du Hartmannswillerkopf – l’une des crêtes ayant donné lieu à de très durs combats, Geneviève Senger imagine une scène extraordinaire, quand deux soldats de la famille se retrouvent nez à nez au sortir d’une tranchée. Jamais l’expression frères ennemis n’aura aussi bien porté son nom.
Quand l’Alsace réintègre la République française en 1919, il faut écrire une nouvelle page et littéralement tout reconstruire. Sans oublier les nouvelles aspirations du monde ouvrier avec lesquelles il va bien falloir se confronter et qui, là encore, opposeront au sein de la famille les tenants du progrès social et ceux qui préfèrent la ligne dure.
Parfaitement documenté, le récit peut là encore s’appuyer sur les mouvements politiques et sociaux qui ont marqué l’Alsace jusqu’à l’annexion par l’Allemagne nazie. Et nous voilà reparti pour une période troublée, durant laquelle il faudra à nouveau choisir son camp. Pour la dynastie Weber, dont les différentes branches familiales sont installées aux Etats-Unis, en Alsace et en Suisse ainsi qu’Allemagne, on imagine les déchirements et les cas de conscience que l’auteur nous fait partager avec beaucoup de finesse. Entre les lignes on comprend aussi comment se forge le caractère des Alsaciens : leur histoire houleuse leur permet aujourd’hui encore de jouir de certains particularismes locaux.
La dernière partie du livre, toujours à l’image de la période décrite, marque un nouvel élan. On va vers les trente glorieuses et vers l’émancipation de la femme…
J’ajouterai un plaisir égoïste à cette lecture. Mon histoire familiale est également partagée entre la France et l’Allemagne et je suis aujourd’hui installée sur cette colline du Rebberg à Mulhouse où l’auteur a imaginé le berceau de sa dynastie. De ma fenêtre quand reviennent les beaux jours, je peux quasiment humer l’odeur des cosmos qui ont donné leur nom à la propriété des Weber. Aussi, je ne saurai que vous inviter à vous promener dans mon quartier !

Autres critiques
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Extrait
« Dans le rêve qu’elle venait de faire, Louise ne se mariait pas ; Lucile était revenue et elles s’enfuyaient toutes les deux, main dans la main.
Mais la réalité était tout autre. Aujourd’hui, elle épouserait un homme pour qui elle n’éprouvait aucun sentiment. « C’est la vie, lui avait dit sa mère. Moi aussi je me suis mariée avec celui que mon père avait choisi pour moi. Toutes les jeunes filles passent par là. Quelquefois, elles finissent par aimer leur époux. »
Lucile avait trouvé elle-même l’homme de sa vie. Elle s’était enfuie avec lui, sans demander la permission à personne. Mais Lucile avait toujours été différente. Elle prenait toute la place près de leur père sur le canapé de velours, sans chercher à savoir s’il en restait pour sa sœur qu’elle laissait seule avec la tante Adèle et ses sermons de vieille fille. La belle Lucile que tout le monde admirait… C’était elle qui aurait dû être à sa place. Mais Lucile avait écouté son cœur et avait jeté la honte sur toute la famille. Maintenant c’était à la cadette de réparer sa faute et d’épouser l’homme que leur père, M. Heim, avait choisi. Pour lui, peu importait que ce soit son aînée ou sa cadette qui épouse Lazare Weber pourvu qu’il ait un gendre pour faire prospérer sa chère manufacture. Pour la convaincre, il lui avait promis qu’elle deviendrait une grande dame, riche et respectée de tous. Mais d’amour, il n’avait pas parlé. » (p. 17-18)

A propos de l’auteur
Née à Mulhouse, au cours d’un été brûlant, j’ai découvert à mon entrée à l’école primaire Nessel ( une antique bâtisse aux odeurs de bois et d’encre qui fut démolie quelques années plus tard ) que les mots écrits pouvaient se déchiffrer : l’univers enfin prenait sens. Ce n’était plus un chaos incompréhensible. Quelque part, dans le silence des livres, existaient des éléments capables de l’ordonner. L’enfant que j’étais en fut éblouie. Cet émerveillement est toujours en moi. Je n’ai jamais cessé de lire, de chercher, de comprendre. D’écrire. Des romans. Pour raconter des histoires, simplement. Pour donner à voir, à sentir, à vibrer. Pour consoler, aussi. Pour essayer de comprendre, toujours.
Je vis à Strasbourg, ville d’art et d’histoire, cœur de l’Alsace et aussi cœur de l’Europe. Je travaille également pour un journal local. Mais tout cela n’est qu’apparence : en réalité, j’habite les mots. (Source : Site internet de l’auteur)

Site Wikipédia de l’auteur

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Une réflexion sur “La Dynastie des Weber

  1. bonjour, et merci beaucoup pour cette analyse très sensible et complète, j’ai été ravie de la découvrir. Je l’ai lue en buvant mon café du matin, c’était très agréable !
    Je dédicacerai la dynastie des Weber et mes autres romans le mercredi 23 décembre, à partir de 11H, à la librairie Littéra de Mulhouse, sur cette place de la réunion où se marièrent Louise et Lazare…
    une occasion pour rencontrer mes lecteurs et lectrices de Mulhouse et d’ailleurs, je m’en fais d’avance une grande joie,
    Très amicalement,
    Genevieve Senger
    http://www.genevievesenger.fr

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