L’été en poche (25): Ce qui nous sépare

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En 2 mots:
Dans un RER du nord-ouest de la banlieue parisienne sept passagers vont se croiser. Sept existences que le lecteur va suivre tout au long de ce trajet, sept destins qui vont coexister avant de former un tableau d’une société bien malade. Dans ce chant à plusieurs voix, on croise des vies brisées et des drames douloureux, mais on sent en filigrane des hommes de bonne volonté.

Ma note:
★★★
(beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes
« Marie choisit au hasard une ville sur l’écran, peu importe la destination, seul compte le départ, s’éloigner de l’appartement, de tout ce qui l’étouffe. Un bruit lointain lui fait lever la tête, le RER est annoncé à l’approche et le suivant ne passe pas avant vingt minutes. Vingt minutes c’est long quand il faut attendre dans le froid avec le ventre noué, elle hésite encore à faire demi-tour, glisse trois pièces dans la fente de la machine, indécise, se mord les lèvres, renoncer, rentrer chez elle? Non elle doit absolument partir, monter dans ce RER qui vient d’arriver et d’ouvrir ses portes, c’est vital, tant pis pour la monnaie, elle attrape son ticket et se met à courir, dévale les escaliers, fonce dans le couloir et surgit sur le quai à l’instant même où le conducteur dans sa cabine déclenche, d’une pression de l’index, la fermeture automatique des rames. Elle a réussi à entrer, mais de justesse, il laisse échapper un soupir d’exaspération, les gens sont vraiment inconscients. Ses yeux quittent l’écran de contrôle et viennent se poser sur la perspective devant lui où se rejoignent les rails, ce point d’intersection qui ne cesse de reculer à mesure qu’on avance, quelle que soit la vitesse. Plus qu’une heure avant de terminer son service, une vingtaine de gares à desservir avant de pouvoir enfin fumer une cigarette. Son regard remonte vers l’horizon où une traînée rose traverse le ciel; fin de journée ordinaire.
*
Dos rond, mains appuyées sur les cuisses, Marie reprend son souffle. Tout son corps accuse le sprint soudain, la trachée brûle et les tempes palpitent; Des
années qu’elle n’a pas couru comme ça. Progressivement ses pulsations ralentissent et retrouvent leur tempo tandis que le RER atteint sa pleine vitesse. Marie se redresse. Elle déboutonne son caban, libère son cou de l’écharpe en laine, dénoue d’une main son chignon que la course a défait et sa blondeur s’étale sur le rouge de son manteau. Le wagon dans lequel elle s’avance est vide. Dans un carré de sièges elle dépose sac et écharpe, s’installe près d’une fenêtre vers laquelle sa tête se tourne, voilà, elle est partie. Le train roule vite et la gare juste quittée semble déjà loin, Marie est soulagée, ce n’était pas si difficile en fait. De minuscules gouttes d’eau perlent ses cheveux qu’elle dégage de son visage. Cela paraît même simple maintenant qu’elle est là. Elle avait oublié à quel point il est agréable de s’asseoir dans un train, de se confier au mouvement, l’apaisement instantané que procure ce détachement; Le fauteuil rend spectateur et la vitesse léger. Ses yeux laissent fuir tout ce qui passe, habitations, rues, ronds-points, commerces sans rien chercher à saisir, recommencement de villes dont il n’y a que le nom qui change, qu’un seul mot communément désigne et annule: banlieue. Dehors tout est mouillé, toits, goudron, talus, le gris domine; On est en février et il a plu aujourd’hui. Par endroits, un éclat de lumière rehausse le brun d’un toit de tuiles, le vert profond d’une haie, et puis la clarté disparaît, le paysage redevient mat, un peu trouble et triste, flaque d’eau où
goutte le ciel qui sèche doucement. Le RERs’est arrêté, est reparti, ses paupières se baissent à demi, murs, arbres, maisons, elle ne les voit plus, sa tête s’appuie contre la vitre et, bercée par l’écoulement régulier des rails sous l’engin, Marie cède à la fatigue, bientôt s’assoupit. »

L’avis de… France Info (CultureBox)
« Dans le RER qui traverse Paris et file vers le Nord-Ouest, sept personnages sont saisis à un point de basculement de leur existence, tandis que leurs pensées se bousculent dans ces minutes suspendues. Un roman habile, choral, dont le rythme s’accélère sur cent soixante-dix pages, à la poursuite du destin de chacun. »

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