Eloge de la séduction

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En deux mots:
Voilà des décennies que le machisme ordinaire fait des ravages, avec en point d’orgue, la suite des affaires #MeToo. Désormais, les relations hommes-femmes ressemblent à une guerre de tranchées. Alors, le temps est venu de demander conseil à Casanova pour retrouver une générosité complice, à égalité.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Savoir aimer

Un essai revigorant et riche pour bien commencer 2022. Avec David Medioni, qui veut redonner ses lettres de noblesse à la séduction, je vous souhaite la plus belle des années 2022, sous le signe de la générosité, de la fraternité et de l’égalité.

«Et si, au fond, la séduction et l’érotisme tels que nous les entendons n’étaient rien d’autre qu’une générosité complice où l’on donne autant que l’on reçoit, où l’on partage et où l’on ouvre l’ensemble de ses sens? Pour ressentir ensemble.» C’est la thèse défendue par David Medioni qui, après Être en train, nous offre cet essai qui fait le constat d’un dérangement des relations entre hommes et femmes qui soit se joue sur le rôle agressif, chacun des sexes défendant son pré carré et s’arc-boutant sur ses conquêtes, soit sur un nouvel ordre amoureux qui donne aux femmes, après #MeToo, le rôle de juge des règles autorisées en matière de séduction. Ce qui pour l’hétérosexuel commun est plutôt paralysant. Et ne parlons pas de la crise sanitaire venue compliquer encore davantage les choses.
Le constat ne date pourtant pas d’hier. Déjà, il y a des décennies on vilipendait Romain Gary lorsqu’il affirmait que «le drame des hommes et des femmes, en dehors des situations d’amour, en dehors des situations d’attachement profond, est une sorte d’absence de fraternité. Tout cela est dû à des siècles et des siècles de préjugés qui font que l’homme doit conserver son image virile et supérieure, la femme son image féminine, douce et soumise et que finalement, l’égalité dans l’explication franche, ouverte et libre (y compris dans les questions sexuelles) est un tabou.»
En critiquant cette «intoxication, cette infection virile» qui n’a que très peu de rapports authentiques avec la virilité ou ce qu’elle est réellement, le romancier était dans le vrai. On ne l’a pas écouté. Alors David Medioni, qui cherche à «tracer les lignes d’une masculinité pour le XXIe siècle a l’idée de partir pour Venise afin d’y rencontrer un maître en matière de séduction, le grand Casanova. Et le miracle se produit, assis dans une trattoria, il peut deviser avec l’auteur d’Histoire de ma vie, manuel inspirant pour tout séducteur et lui exposer son projet, «réinventer l’homme, pris dans un étau entre la performance patriarcale qui incombe – qu’on le veuille ou non – à chacun des hommes, et le nécessaire accueil des femmes dans l’égalité, C’est maintenant. Ou jamais.»
Après un instant de sidération devant l’état des relations entre hommes et femmes aujourd’hui, le Vénitien ne tarde pas à reprendre la main et à donner raison à son interlocuteur, fervent amateur du badinage et même de l’amour galant. Car il s’agit bien plus d’avancer ensemble, de se découvrir dans un respect mutuel que de conquérir. La séduction n’est pas une bataille, mais un subtil besoin de découvrir l’autre, quitte à se découvrir soi-même. Reste la délicate question de la sexualité. Que David et son interlocuteur cernent, notamment avec les femmes et les réflexions de Belinda Cannone Belinda, Amandine Dhée, Anne Dufourmantelle ou encore Delphine Horvilleur (voir à ce propos la bibliographie éclairante ci-dessous).
«Recentrons nous. Ce que j’avançais était qu’en plus de se transformer en érotisme au moment où elle entre dans le champ charnel, la séduction mute aussi en une curiosité complice et égalitaire des deux êtres humains concernés. Toujours entre deux partenaires de jeux. C’est ainsi que la sexualité érotique, faite de séduction, de complicité et d’égalité, est peut-être le plus grand champ des possibles qui soit et, par la même occasion, un terreau fertile d’élaboration d’un nouvel ordre social où l’homme et la femme, suite aux jeux qu’ils ont explorés et auxquels ils ont gagné ensemble, trônent désormais sur le pied d’égalité le plus parfait.»
Joli programme pour 2022!
Je vous souhaite à tous qui me faites l’honneur de me lire, de pouvoir partager la même émotion que Maria Casarès s’adressant à Albert Camus: «nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes reconnus, nous nous sommes abandonnés l’un à l’autre, nous avons réussi un amour brûlant de cristal pur, te rends-tu compte de notre bonheur et de ce qui nous a été donné?»

Bibliographie proposée par l’auteur
Breton André, L’Amour fou, Paris, Gallimard, 1937. Camus Albert, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2008.
Camus Albert, Casarès Maria, Correspondance (1944-1959), Paris, Gallimard, 2017.
Cannone Belinda, Petit éloge du désir, Paris, Gallimard, 2013.
Cannone Belinda, S’émerveiller, Paris, Stock, 2017.
Cannone Belinda, Le Nouveau Nom de l’amour, Paris, Stock, 2020.
Casanova Jacques, Histoire de ma vie, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2015.
Char René, La Parole en archipel, Paris, Gallimard, 1962.
De Luca Erri, Impossible, Paris, Gallimard, 2020.
Dhée Amandine, À mains nues, Bègles, Le Castor Astral, 2020.
Dufourmantelle Anne, Blind date. Sexe et philosophie, Paris, Calmann-Lévy, 2003.
Dufourmantelle Anne, Éloge du risque, Paris, Payot et Rivages, 2011.
Dufourmantelle Anne, Puissance de la douceur, Paris, Payot et Rivages, 2013.
Emmanuelle Camille, Sexpowerment. Quand le sexe libère la femme et l’homme, Paris, Anne Carrière, 2016.
Flem Lydia, Casanova, l’homme qui aimait vraiment les femmes, Paris, Seuil, 2011.
Horvilleur Delphine, En tenue d’Ève. Féminin, pudeur et judaïsme, Paris, Grasset, 2013.
Kundera Milan, L’Insoutenable Légèreté de l’être, Paris, Gallimard, 1984.
Le Tellier Hervé, Assez parlé d’amour, Paris, JC Lattès, 2009.
Lipovetsky Gilles, Plaire et toucher. Essai sur la société de séduction, Paris, Gallimard, 2017.
Marcuse Herbert, Éros et civilisation, Paris, Minuit, 1955.
Mitterrand François, Lettres à Anne (1962-1995), Paris, Gallimard, 2016.
Nin Anaïs, La Séduction du Minotaure, Paris, Stock, 1958.
Nin Anaïs, Vénus Erotica, Paris, Le Livre de Poche, 1978.
Page Martin, Au-delà de la pénétration, Paris, Le Nouvel Attila, 2019.
Pépin Charles, La Rencontre. Une philosophie, Paris, Allary, 2021.
Sapienza Goliarda, L’Art de la joie, Paris, Viviane Hamy, 2005.
Sollers Philippe, Casanova l’admirable, Paris, Plon, 1998.
Thomas Chantal, Casanova. Un voyage libertin, Paris, Denoël, 1985,
Zeldin Théodore, De la conversation. Comment parler peut changer votre vie, Paris, Fayard, 2013.
Toute l’œuvre de Romain Gary, publiée chez Gallimard.

Éloge de la séduction
David Medioni
Éditions de L’Aube
Essai
160 p., 17 €
EAN 9782815943840
Paru le 3/12/2022

Ce qu’en dit l’éditeur
« Je vous écris de chez ces hommes qui se sont mis à douter, à s’interroger et à se dire qu’un changement était souhaitable. Je vous écris de chez ces hommes qui s’étonnèrent qu’aucun d’entre eux ne vienne prendre la parole et porter une voix aux côtés des femmes qui révélaient alors ce qu’elles avaient subi ou subissaient encore. Je vous écris de chez ces hommes qui exprimèrent alors la volonté et l’envie de se battre ensemble, femmes et hommes. Pour inventer du nouveau. […] Par où commencer ce que l’on pourrait appeler un chemin de désir, une construction intime, voire la création d’un “mâle” ? »
Dans ce vif essai, David Medioni déconstruit la virilité, brosse les contours d’une séduction égalitaire entre les sexes et rêve de générosité.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Goodbook.fr

Les premières pages du livre
« Introduction
Lettre d’un homme un peu perdu
Je suis un homme hétérosexuel de 41 ans. Je vous écris de chez les lourds, les porcs, les connards, les dragueurs, les manspreaders, les harceleurs, les lâches, les qui « ne rappellent pas après une nuit de sexe », les qui ne se « rendent même pas compte que leur conception du monde est profondément machiste et genrée », les mariés qui cachent leurs alliances, les visionneurs de YouPorn, les peine-à-jouir, les deux minutes douche comprise, les qui « s’endorment après l’amour », les « qui se barrent au milieu de la nuit », les qui « ont fait des listes de leurs nanas avec les copains », les qui ne voient pas bien pourquoi c’est choquant de tenir la porte à une femme ou de lui proposer de porter sa valise, les qui ne trouvent pas choquant de dire « Mademoiselle » à une femme qui n’est pas mariée, les qui ont enterré leur vie de garçon avec une strip-teaseuse… Je vous écris de chez les hommes. De chez ces collabos du patriarcat qui oppresse les femmes. De chez ces hommes dont il ne faut plus « lire les livres », « regarder les films », « écouter les chansons », et qu’il conviendrait de « détester », voire « d’éliminer ».

Ça ne fait pas rêver. Et pourtant, convenons-en, si la barque est aussi chargée, c’est bien que quelque chose cloche. Profondément, intensément, structurellement. Un portrait ne peut pas être aussi négatif sans être basé sur des faits tangibles, sur un ras-le-bol, sur une souffrance intense, sur une forme de sentiment d’impuissance face au mur du patriarcat tellement consubstantiel à notre société que l’on ne le voit plus. Ce portrait, celui que certaines font des hommes, est légitime, nécessaire, mérité parfois, indispensable pour réinventer nos rapports. Pour qu’ils soient plus égalitaires, plus universels. Et pourtant, faut-il qu’il soit aussi violent, aussi peu nuancé, aussi à charge ?

Je vous écris aussi de chez les hommes qui ont ressenti un profond sentiment de sidération devant l’ampleur de la libération de la parole qu’a été le mouvement #MeToo. Dans cette sidération, il y avait à la fois le sentiment d’avoir peut-être été un jour le « porc » en étant un peu trop insistant dans la drague ; il y avait aussi le sentiment d’avoir été sourd, aveugle, et d’avoir profité allègrement et inconsciemment d’un privilège uniquement basé sur le sexe. Il y avait également l’interrogation de savoir si nos mères, nos femmes, nos sœurs, nos filles étaient elles aussi victimes de tout ce que #MeToo révélait. Je vous écris de chez ces hommes qui se sont mis à douter, à s’interroger et à se dire qu’un changement était souhaitable. Je vous écris de chez ces hommes qui s’étonnèrent qu’aucun d’entre eux ne vienne prendre la parole et porter une voix aux côtés des femmes qui révélaient alors ce qu’elles avaient subi ou subissaient encore. Je vous écris de chez ces hommes qui exprimèrent alors la volonté et l’envie de se battre ensemble, femmes et hommes. Pour inventer du nouveau. Je vous écris de chez ces hommes qui pensent qu’il faut encourager les colleuses d’affiches qui rappellent le massacre dont sont victimes les femmes, et qu’il convient aussi de ne plus jamais taire cette violence et lutter contre ceux qui voudraient le faire.
Je vous écris de chez ces hommes qui ont sincèrement cru que la déflagration serait telle qu’elle nous amènerait – collectivement – à construire de concert. Mais ce ne fut pas le cas. Les hommes ne furent globalement pas au rendez-vous. Se terrant dans le silence, se demandant comment agir, ou pis, critiquant la façon dont la parole s’exprimait. Puis, les fronts se divisèrent. Pour ou contre le « droit d’importuner ». Tu ne peux pas parler, toi, « actrice bourgeoise » tu es « has-been », tu marques un but contre ton camp. Tu en as bien profité de l’époque, alors ne « viens pas maintenant salir notre combat et ce pourquoi nous nous battons ». Et toi, l’homme, tu restes un ennemi. Tu continues de nous oppresser, de ne pas comprendre, de nous payer 25 % de moins à compétences égales. Tu continues de ne pas vouloir que nous puissions accéder à la même visibilité dans l’espace public. Tu nous infliges des Polanski, des Darmanin, des « Ligue du LOL », etc. Tu nous agaces avec ton male gaze ou tes porte-parole « masculinistes » qui viennent nous expliquer que nous sommes en train de vous « castrer ».

Je vous écris de chez les hommes qui ont vu ce débat passer d’un mouvement de société puissant, joyeux, nécessaire, indispensable, salutaire – pour les hommes comme pour les femmes – à une guerre de tranchées. Celle des féministes pro-sexe contre les autres, celles des intersectionnelles essentialistes contre les universalistes et celle, surtout, des femmes contre les hommes, alors tous mis dans le même sac.

C’est ainsi que nous en sommes arrivés à voir un homme barbu demander à un animateur télé qui lui donnait du « Monsieur » : « qui vous dit que je suis un homme ? ». C’est ainsi que l’on en est venu à lire des chroniques intitulées, dans des médias sérieux, « L’hétérosexualité est dangereuse1 », à voir émerger des « lieux de débats ou des médias qui s’affirment non mixtes », ouverts seulement aux femmes. C’est ainsi que lors d’un débat nauséabond sur la possibilité ou non d’adopter ou d’avoir des enfants pour un couple de lesbiennes on a pu entendre les propos suivants : « j’aimerais que l’on revienne sur la question de la référence paternelle. On peut arrêter deux minutes avec ça ? J’aimerais que l’on m’explique pourquoi il faut avoir une référence paternelle. Vous voulez faire sortir un peu des études sur le rôle des pères dans la société dans le monde entier ? Moi, j’attends hein, parce que personnellement, en tant que femme, ne pas avoir de mari m’expose plutôt à ne pas être violée, à ne pas être tuée, à ne pas être tabassée, et ça évite que mes enfants le soient aussi. » Ces mots sont terribles, caricaturaux certainement. Certes, ils viennent contredire des propos lamentables sur le fait que sans père, un enfant ne pourrait pas grandir normalement – les exemples inverses sont légion et ce n’est pas exactement le débat ici –, mais en les écoutant et en les réécoutant, une chose frappe : pourquoi ce ton guerrier, martial, péremptoire et définitif ?

Des mots et une tonalité qui font désormais partie de tout un discours militant qui n’a qu’un seul objectif : faire émerger un affrontement. Sinon, pourquoi n’est-il pas rare d’entendre des appels à l’élimination des hommes ? Pourquoi n’est-il pas rare de lire que l’imaginaire des hommes aurait conquis l’esprit des femmes ? »

Extraits
« Esprit de séduction et esprit critique, voilà deux outils que Casanova possède et qui nous seront certainement utiles pour interroger tous les dogmatismes d’aujourd’hui. Ils seront aussi un moyen pour tracer les lignes d’une masculinité pour le XXIe siècle, qui peut peut-être s’inspirer de la masculinité «casanovienne». Loin des schémas de la virilité de vestiaire, mais aussi loin des caricatures de l’homme comme ennemi. «Il faut réinventer l’amour», scandait Rimbaud. En le paraphrasant, disons qu’aujourd’hui, il faut réinventer l’homme, pris dans un étau entre la performance patriarcale qui incombe – qu’on le veuille ou non – à chacun des hommes, et le nécessaire accueil des femmes dans l’égalité, C’est maintenant. Ou jamais.
Et en général, pour se réinventer, il faut revenir aux racines. Non pas aux racines romaines, mais aux racines vénitiennes. Aux racines qui viennent du passé mais tendent clairement vers l’avenir.
Entre donc ici Casanova, avec ton cortège de mots, de sens, d’aventures. » p. 29

« le drame des hommes et des femmes, en dehors des situations d’amour, en dehors des situations d’attachement profond, est une sorte d’absence de fraternité. Tout cela est dû à des siècles et des siècles de préjugés qui font que l’homme doit conserver son image virile et supérieure, la femme son image féminine, douce et soumise et que finalement, l’égalité dans l’explication franche, ouverte et libre (y compris dans les questions sexuelles) est un tabou. Au moment de la parution du livre, Romain Gary est vilipendé. On l’accuse même de porter atteinte à la virilité des hommes et de vouloir mettre à mal l’ordre social. Chancel lui en parle. Il précise encore sa pensée. “Je ne critique pas l’homme, je critique deux mille ans de civilisation qui font peser sur l’homme une hypothèse de fausse virilité qui pèse sur la société et qui est catastrophique. Cette intoxication, cette infection virile, n’a que très peu de rapports authentiques avec la virilité ou ce qu’elle est réellement. » p. 44-45

« Recentrons nous. Ce que j’avançais était qu’en plus de se transformer en érotisme au moment où elle entre dans le champ charnel, la séduction mute aussi en une curiosité complice et égalitaire des deux êtres humains concernés. Toujours entre deux partenaires de jeux. C’est ainsi que la sexualité érotique, faite de séduction, de complicité et d’égalité, est peut-être le plus grand champ des possibles qui soit et, par la même occasion, un terreau fertile d’élaboration d’un nouvel ordre social où l’homme et la femme, suite aux jeux qu’ils ont explorés et auxquels ils ont gagné ensemble, trônent désormais sur le pied d’égalité le plus parfait. » p. 90

« Ovidie, si elle fait le procès de nos constructions érotiques et sexuelles, invite également chacune et chacun à l’interrogation et surtout à l’invention. Ainsi, elle rappelle aux hommes qu’il ne convient pas de « baiser tout seul », mais elle demande aussi aux femmes de s’interroger sur la façon dont leurs fantasmes sont construits. Surtout, ce qui est passionnant dans tous ces ouvrages, c’est qu’ils ne sont jamais normatifs et, au contraire, ouvrent un grand éventail de possibilités et de discussions. En liberté et en égalité. Dans une curiosité complice et égalitaire. Dans une forme de réhabilitation de l’idée même de générosité. Et si, au fond, la séduction et l’érotisme tels que nous les entendons n’étaient rien d’autre qu’une générosité complice où l’on donne autant que l’on reçoit, où l’on partage et où l’on ouvre l’ensemble de ses sens? Pour ressentir ensemble. Plus globalement, ce que viennent souligner avec intelligence et humour ces ouvrages, c’est que cette libération salutaire des mots doit entraîner une nouvelle donne. Une nouvelle donne dans les mœurs de nos sociétés encore plombées par des siècles de patriarcat. » p. 100-101

« Je les imagine toujours s’écrire des mots d’amour. Comme ceux d’une irradiante certitude de Maria Casarès à Albert Camus: « nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes reconnus, nous nous sommes abandonnés l’un à l’autre, nous avons réussi un amour brûlant de cristal pur, te rends-tu compte de notre bonheur et de ce qui nous a été donné? ». Camus et Casarès qui, eux aussi, choisissent la vie, la séduction, l’amour en parallèle. En addition. » p. 146

À propos de l’auteur
MEDIONI_David_©Anna_LailletDavid Medioni © Photo Anna Laillet

David Medioni est journaliste, fondateur et rédacteur en chef d’Ernest, qui lui a permis de rassembler ses deux passions, les livres et le journalisme. Celle des livres qu’il a cultivé très tôt en étant vendeur pendant ses études à la librairie la Griffe Noire. Après avoir bourlingué 13 ans durant dans les médias. À CB News, d’abord où il a rencontré Christian Blachas et appris son métier. Blachas lui a transmis deux mantras: «Ton sujet a l’air intéressant, mais c’est quoi ton titre?», et aussi: «Tu as vu qui aujourd’hui? Tu as des infos?». Le dernier mantra est plus festif: «Il y a toujours une bonne raison de faire un pot». David a également été rédacteur en chef d’Arrêt Sur images.net où il a aiguisé son sens de l’enquête, mais aussi l’approche économique du fonctionnement d’un média en ligne sur abonnement. (Source: Éditions de l’Aube / Ernest)

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Kérozène

DIEUDONNE_kerozene

  RL_hiver_2021  Logo_second_roman  coup_de_coeur

En deux mots
Dans une station-service d’autoroute, du côté des Ardennes, quatorze personnes se croisent. Avec leur histoire, avec leurs problèmes, avec leurs rêves que chacun des chapitres suivants va nous permettre de découvrir, avant de les retrouver presque tous rassemblés dans le chapitre final.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Les quatorze de la station-service

Adeline Dieudonné confirme brillamment sa place de tête parmi les romancières francophones. Après La vraie vie, voici quelques portraits au vitriol de personnages qui se croisent dans une station-service. Kérozène est un nouveau bijou!

Comme dans toutes les stations-service d’autoroute, les gens se croisent et ne prêtent guère attention les uns aux autres. Surtout dans la nuit. Chacun vaque à ses occupations. À 23h 12, lors de cette soirée d’été, on compte quatorze personnes. Julianne, Alika, Victoire, Joseph, Gigi, Monica et les autres. Autant de vies à explorer, autant d’histoires à raconter.
Adeline Dieudonné va commencer par celle de Chelly, qui donne bien le ton du livre. Si elle se retrouve là ce soir, c’est qu’elle a fui son domicile avec le cadavre de son mari dans son Hummer. La prof de pole dance qui s’est construite une belle réputation via les réseaux sociaux ne supporte la vie qu’elle mène avec Nicolas dans leur «petite maison grise dans une rue grise d’un quartier gris». Elle ne supporte surtout plus le bruit que fait sa bouche en grignotant des chips aux pickles. Alors pour arrêter ces petits «schaff schaff», elle lui a planté un couteau dans l’omoplate. En fait, elle visait le cou. Mais quelques secondes plus tard, elle parviendra à la carotide, mettant un terme à la vie de son mari dans un bain de sang.
Le sang, il en sera aussi question dans l’histoire de Victoire, mannequin de 25 ans, qui après un shooting à New York veut rejoindre les îles Féroé pour assister à un grindadráp, cette chasse aux cétacés – et plus particulièrement les dauphins qu’elle déteste – qui consiste à pousser les bêtes vers la plage où des hommes les attendent pour les égorger. Mais il n’y a plus de place sur les vols pour Sandavágur, alors Victoire décide de prendre la route.
Le troisième personnage à entrer en scène est Loïc, le dépanneur. Son truc à lui, ce sont les techniques de drague qu’il partage avec la communauté des pirates. Mais cette nuit, coup de chance, la superbe femme en panne sèche ne veut pas entendre son baratin et accepte de baiser sur l’aire d’arrêt une fois son réservoir rempli.
On est bien sûr tenté de raconter ici toutes ces histoires, tant elles sont prenantes, tant elles sont grinçantes, sanglantes. Mais ce serait refuser au lecteur le plaisir de les découvrir. Disons simplement qu’ils recroiseront Victoire et un cheval, qui lui aussi a beaucoup à dire, sans oublier Monica qui s’est échappée de La vraie vie.
Après le formidable succès de La vraie Vie, Adeline a commencé un second roman, mais avec l’arrivée de la pandémie, elle a voulu passer à des textes plus courts, à des nouvelles. Ce sont ces nouvelles, retravaillées pour créer des ponts entre elles, qui ont permis de construire ce livre, entourées d’un chapitre introductif et conclusif. Un habile montage, mais surtout une plume toujours aussi incisive, plongeant souvent de l’encre la plus noire pour raconter ces vies qui ne laissent guère de place au romantisme. C’est dur, violent, sans concessions. Mais c’est aussi drôle, avec une touche d’absurdité dont la Belgique s’est fait une spécialité. En bref, c’est formidable!

Kérozène
Adeline Dieudonné
Éditions L’Iconoclaste
Roman
312 p., 20 €
EAN 9782378802011
Paru le 1/04/2021

Où?
Le roman est situé en Belgique, principalement dans une station-service des Ardennes. On y évoque aussi New York, Paris ou encore Sandavágur dans les îles Féroé.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Drôle comme une comédie, tendu comme un thriller, mordant comme un pamphlet: le retour de la patte Dieudonné!
Une station-service, une nuit d’été, dans les Ardennes. Sous la lumière crue des néons, ils sont douze à se trouver là, en compagnie d’un cheval et d’un macchabée. Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens… Il est 23h12. Dans une minute tout va basculer. Chacun d’eux va devenir le héros d’une histoire, entre lesquelles vont se tisser parfois des liens. Un livre composite pour rire et pleurer ou pleurer de rire sur nos vies contemporaines.
Comme dans son premier roman, La Vraie Vie, l’autrice campe des destins délirants, avec humour et férocité. Elle ne nous épargne rien, Adeline Dieudonné: meurtres, scènes de baise, larmes et rires. Cependant, derrière le rire et l’inventivité débordante, Kérozène interroge le sens de l’existence et fustige ce que notre époque a d’absurde.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
France Inter (Charline Vanhoenacker et Juliette Arnaud reçoivent la romancière)
Europe 1 (Ça fait du bien)
RTL (Laissez-vous tenter)
L’Echo.be (Charline Cauchie)
France Bleu Drôme (Le livre coup de cœur de Valérie Rollmann)
Page des Libraires (Stanislas Rigot – entretien avec l’auteur)
EmOtionS – Blog littéraire


Adeline Dieudonné présente Kérozène à La Grande Librairie © Production France Télévisions

Les premières pages du livre
« 23h12. Une station-service le long de l’autoroute. Une nuit d’été. Si on compte le cheval mais qu’on exclut le cadavre, quatorze personnes sont présentes à cette heure précise.

Quelqu’un crie: «Madame!» La vieille enjambe le garde-fou et murmure pour elle-même: «Désolée, chaton.» La femme qui a crié s’appelle Julianne. Alertés, les autres lèvent la tête. Alika, assise sur un banc juste à côté d’elle. Victoire, une jeune femme au crâne rasé en train de faire le plein d’un petit SUV. Short court, jambes longues, combat shoes. Plus loin, sur le parking, Joseph, l’air d’un bon gars, grand, les épaules voûtées dans une chemise trempée de sueur. La seule qui n’a pas l’attention attirée vers la vieille c’est Gigi, trop occupée à vomir sur les pneus de sa 911. À quelques mètres d’elle, Juliette s’allume une clope, sous un panneau de sécurité routière. Elle tient la caisse de la station-service, avec Sébastien.
Juliette a remarqué la vieille quand elle est arrivée, une vingtaine de minutes plus tôt. Elle était seule. Après avoir fureté quelques minutes entre les rayonnages, elle s’est approchée du comptoir.
« Vous avez du gin?
— Ah non, on ne vend pas d’alcool.
— Mais vous avez de la bière? »
Juliette a eu un léger haussement d’épaules. Avec un sourire résigné, la vieille s’est dirigée vers le frigo et en a sorti une canette de 33 cl, ce qui a soulagé Juliette. 33 cl, ce n’est pas 50 cl. 33 cl, la personne a juste envie de se désaltérer. 50 cl, elle cherche autre chose. Juliette sait bien qu’avec 50 cl de bière elle n’est plus en état de conduire. À tous les coups elle repense aux paroles de Renaud, « Morts les enfants de la route, dernier week-end du mois d’août, papa picolait sans doute, deux ou trois verres, quelques gouttes ». Puis la chanson s’embourbe dans sa tête pour le reste de la nuit, comme un cerf pris dans un marécage. Et ça lui charcute le moral. Mais la vieille a choisi la canette de 33 cl. Ça va. Elle a payé puis est sortie. Tout ce qu’elle voulait, c’était du silence et de l’alcool.
Elle a longé le restaurant fermé, aux fenêtres hexagonales sur lesquelles étaient placardées des photos de boulettes sauce tomate et de frites. Délavées les photos, grises les boulettes, blanches les frites. À l’extrémité du bâtiment, quelques tables en plastique jaune, délavées elles aussi. Et des parasols repliés dans leurs housses bleues, comme des bougies éteintes sur un gâteau rassis. La vieille a salué Julianne et Alika, a choisi la table la moins sale et s’est assise.
Elle a été surprise par le calme de l’endroit. Si on lui avait demandé de décrire une station-service de nuit, elle aurait évoqué le vacarme, instinctivement. Vacarme des camions sur l’autoroute, vacarme d’une grosse Harley, vacarme de types qui crient d’un bout à l’autre du parking: « Des Winston ou des Marlboro? » – « Quoi??? » – « Des Winston ou des Marlboro ? » – « Non, des camel. » – « Ah OK! » « Light! » – « Quoi ? » – « Light! » Addition de tout un tas d’éléments qui, sans qu’elle ne les identifie individuellement, devaient créer un brouhaha à vous perforer le lobe préfrontal. Or non. Le bruit de l’autoroute ressemblait à une forme de ressac régulier et plutôt doux. Et les gens qui y passaient murmuraient plus qu’ils ne parlaient, comme s’ils avaient peur de réveiller un voisinage imaginaire. Il y avait presque du recueillement dans leurs gestes et dans leurs pas. Peut-être que la route, la chaleur invitaient à un état méditatif qu’ils essayaient de préserver pendant le ravitaillement.
La vieille observait la procession de ces voyageurs nocturnes, en pensant à leurs combats, à leurs peurs, à cet enchevêtrement d’événements aléatoires qui dessinent une vie, unique et irremplaçable. Elle aurait aimé leur demander à chacun de raconter. Cette jeune femme en survêt qui se dirige vers la cafétéria? Et ce type qui sort des jerricans de sa dépanneuse ? Lui, elle pouvait le deviner sans peine. C’était facile.
Un homme est descendu d’une Citroën immatriculée en Suisse, qui tirait un van dans lequel un cheval piaffait. Un type efflanqué, avec un visage qui fascina la vieille. Des yeux bleus très clairs, des cils longs qui donnaient l’impression d’un léger trait d’eye-liner sous la paupière, une bouche pleine, des cheveux noirs un peu ondulés. Il y avait quelque chose de délabré chez cet homme. Et de dangereux. Quand il s’est agenouillé pour vérifier la pression de ses pneus, la vieille a noté qu’il ne se servait que de son bras gauche, le droit se balançant inerte, comme un pendu au bout de sa corde.
Ça sentait l’essence, l’asphalte amolli par la canicule, mais aussi, porté par une brise glissant des hauts plateaux ardennais, le parfum des bruyères, de la roche humide et des tourbières.

À 23h13, la vieille a franchi le garde-fou. Elle s’appelle Monica.

Chelly
Chelly avait besoin de se calmer. Elle inspira un grand coup et décida de faire une pause. Elle aimait les stations-service de nuit, sans trop savoir pourquoi.
Ça lui évoquait Dire Straits.
Elle s’imaginait sur une route poussiéreuse du Montana, au volant d’un pick-up sans âge, la voix rocailleuse et la guitare électrique de Mark Knopfler dans les oreilles, roulant libre et sans attache, vers une destination où il serait question de chevaux, d’un ranch et d’une fête au milieu d’une prairie, avec un grand feu sur lequel grilleraient des spare ribs et des marshmallows.
Dans le feu de l’action, elle remplaçait l’arc à flèche par un fusil à canon scié et elle jouissait.
Et il y aurait ce gars qui jouerait de la guitare, un peu Mark Knopfler, un peu Robert Redford dans L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, un peu Clint Eastwood sur la route de Madison.
Un homme solide, fort, solitaire.
Un type à qui on ne la fait pas, qui aurait vécu une histoire douloureuse, une femme et un gamin morts dans un accident de la route ou quelque chose comme ça…
Un cœur un peu triste qui arpenterait la plaine sur son cheval Appaloosa, menant son troupeau de vaches vers l’abattoir. Elle l’imaginait endormi sous un ciel étoilé, la tête posée sur sa selle western, ses cheveux blonds caressés par le vent qui se lèverait sur le lac Missoula.
La peau de son cou sentirait le cuir souple, l’herbe sèche et la résine de cèdre.
Il la remarquerait, elle, Chelly.
Sans cesser de jouer de la guitare, il poserait les yeux sur ses fesses moulées dans un Levi’s low waist taille 26. Son ventre tendu sous une chemise à carreaux nouée juste au-dessus du nombril, ses bras sculptés par des années de pole dance.
Et son cœur sauvage de cow-boy solitaire recommencerait à battre un peu.
Pour elle, Chelly.
Chelly rêvassait à tout ça en se garant sous le néon du panneau de sécurité routière « Toutes les 2 heures, une pause s’impose ! » sur lequel un type souriait, une petite fille dans les bras. Un type qui avait l’air bêtement heureux avec sa gamine et sa calvitie naissante.
En descendant de sa voiture, Chelly sentit une pointe d’agacement lui chatouiller la gorge. Ce type sur le panneau lui faisait penser à Nicolas, son mari. Et ces derniers temps, penser à Nicolas éveillait systématiquement une forme d’animosité chez Chelly.
En traversant le parking, elle nota le reflet orangé des lampadaires sur son bras. Ça mettait en valeur le galbe de son deltoïde et de son biceps. Elle prit une photo et la posta sur Instagram. « Come on girls ! That’s the way you should look like ! #motivation #hardwork #power #muscles #polefitness ».
Chelly était prof de pole dance. Mais avant tout, Chelly était bloggeuse. ChellyPoleFitness, son compte Instagram, comptait pas moins de 43,7 K abonnés.
Quelques heures plus tôt, en rentrant chez elle, Chelly s’était sentie fatiguée, démotivée, comme si toute sa vitalité était aspirée par un vortex dont elle ne connaissait que trop le point d’origine.
Elle avait poussé la porte de son pavillon de banlieue avec la sensation d’entrer dans la gueule d’un monstre à l’haleine de soufre. Elle s’était souvenue des détraqueurs dans Harry Potter, ces créatures fantomatiques qui se nourrissent du bonheur des gens, les vidant de toute pensée positive, de toute énergie vitale.
Et elle avait retrouvé Nicolas. Ils étaient mariés depuis onze ans. Nicolas était régisseur adjoint sur les plateaux de cinéma. Un métier difficile, rigoureux, aux horaires aléatoires, qui exige d’être débrouillard, résistant au stress et à la fatigue.
Onze ans plus tôt, ce qui avait séduit Chelly chez Nicolas c’était un peu tout ça.
Avec son Leatherman et un peu de scotch, Nicolas pouvait transformer n’importe quelle maison délabrée en un endroit vivable.
La première fois qu’elle l’avait vu, c’était à un barbecue chez des amis qui vivaient dans une casse automobile. Nicolas était en train de fabriquer des canapés avec quelques vieux pneus et des ceintures de sécurité récupérées dans les carcasses de voiture. En moins d’une heure, il avait transformé ce trou sordide en un joli petit salon d’extérieur, avec quelques phares usagés en guise de lampions.
Chelly s’était dit qu’en cas de guerre nucléaire c’était exactement avec un homme comme Nicolas qu’elle choisirait de se lancer dans la grande aventure de la survie. Elle l’imaginait bien dans leur campement de fortune, torse nu, avec un pantalon à poches kaki et un arc à flèche artisanal sur le dos, disparaître dans la forêt en lui disant: « Reste avec les enfants, je vais chercher à manger. »
Et elle le verrait revenir quelques heures plus tard portant la dépouille fumante d’un cerf sur ses épaules musclées, des filets de sang de l’animal égorgé s’écoulant sur son torse glabre, à la peau tannée par un soleil impitoyable.
Et quand elle l’imaginait comme ça au début de leur relation, elle lui sautait dessus pour lui faire l’amour. Ce qui pouvait arriver plusieurs fois par jour. Et pendant qu’il était en elle, dans le feu de l’action, elle remplaçait l’arc à flèche par un fusil à canon scié et elle jouissait.
Leur mariage avait été prononcé à la maison communale, suivi d’une fête dans la buvette d’un club de sport qui sentait le potage froid.
Ils avaient acheté une petite maison grise dans une rue grise d’un quartier gris du nord de la ville, parce que les prix y étaient abordables.
La petite maison était propre, fonctionnelle, avec du carrelage et des matériaux bas de gamme. Dénuée de charme, mais ils s’en foutaient tous les deux du charme…
Ils avaient été heureux au début. Ils se disputaient parfois mais ils s’aimaient et plus que tout, ils étaient fiers l’un de l’autre.
Chelly ne demandait pas grand-chose à Nicolas. Juste de la force, de la discipline et de la rigueur. Elle croyait en ça, Chelly. Comme d’autres croient en Dieu ou au syndicalisme. Elle se voyait comme un animal évoluant dans un écosystème soumis à la loi du plus fort. Les gagnants, les perdants. C’était simple à comprendre. Même un gosse de quatre ans était capable de palper cette réalité: tu bosses, tu survis, tu bosses pas, tu crèves. La sélection naturelle, les plus forts s’en sortent, tant pis pour les autres. C’est la loi de la nature. Limpide, nette et implacable. C’est si simple à comprendre.
Elle se voyait comme un animal évoluant dans un écosystème soumis à la loi du plus fort.
En une décennie de travail acharné, Chelly avait creusé son trou, s’était forgé une réputation, surpassant ses concurrentes les plus tenaces.
43,7 K abonnés sur Instagram.
Merde, 43,7 K abonnés sur Instagram c’était une performance de guerrière. Se constituer une telle audience était une chose, encore fallait-il la maintenir. Poster quinze, vingt photos par jour, motiver ses troupes, être au top de sa forme. Elle était un modèle, une icône, une référence. Elle régnait sur sa communauté comme une louve sur sa meute. Elle était une meneuse née, elle avait ça dans le sang, c’était inné, elle le savait.
Nicolas, lui, voyait son travail comme un truc qu’il devait faire pour ne pas avoir d’ennuis. Des parents satisfaits, des factures payées, un emprunt remboursé… Ça n’avait rien d’amusant mais il fallait le faire.
Au début il avait aimé son métier. C’était nouveau, valorisant. Il avait l’impression de ressembler un peu à son idole d’enfance, MacGyver. Puis la lassitude s’était installée.
Aujourd’hui, tout ce qu’il restait de MacGyver, c’était un gars un peu bedonnant qui gaspillait sa petite flaque d’énergie vitale à se plaindre de son travail. Le boulot de Nicolas se résumait à une source intarissable de frustrations, de vexations, de complots, de mesquineries et de coups bas.
Quand il avait commencé à se plaindre, Chelly s’était demandé pourquoi il ne changeait pas de métier, puis elle avait compris que Nicolas aimait ça, se plaindre. Elle l’avait décelé dans sa façon de raconter ses journées : il ménageait ses effets, se soulageait de ses ressentiments avec le plaisir béat d’un nourrisson qui remplit sa couche.
Il servait à Chelly sa ration quotidienne de lamentations complaisantes avec un petit sourire de fouine. Ça commençait toujours par un « Ah, je ne t’ai pas encore raconté? » (sachant pertinemment que non), suivi d’un « Attends, ça vaut de l’or ».
Et il prenait son temps. Il baissait un peu la voix, plantait ses yeux dans ceux de Chelly tout en penchant son visage vers le sol dans une attitude de soumission, la tête rentrée dans ses épaules. Chelly l’observait en se disant que si le mot « sournois » devait avoir un visage, ça serait celui de Nicolas. Elle avait l’impression que son vocabulaire s’était déformé, privilégiant les mots contenant un maximum de S pour rendre son discours plus persiflant. Même son visage semblait avoir changé. Son nez s’était allongé, son menton avait reculé, ses yeux s’étaient tapis au fond de leurs orbites comme deux petits roquets prêts à aboyer.
Et ce sourire… Cette jubilation dans l’auto-apitoiement, c’était sans aucun doute l’origine du vortex qui aspirait la vitalité de Chelly.
Ce soir-là en tout cas, elle s’était sentie lasse. Et la lassitude n’avait pas sa place dans le répertoire émotionnel de Chelly.
Quand elle était rentrée, Nicolas était déjà à la maison. Il avait fini tôt aujourd’hui. Il l’attendait en grignotant des chips aux pickles assis sur son tabouret haut, accoudé au bar de la cuisine.
Elle l’avait embrassé sans affection. Un réflexe automatique, dénué de sens. Leurs baisers, c’était ça désormais. Et quand ils faisaient l’amour, c’était ça aussi. Un truc clinique, qu’ils accomplissaient moins par envie que parce que ça faisait partie de la panoplie du couple.
T’es en couple, tu fais l’amour. C’est comme ça. Si tu le fais pas, ça devient un truc bizarre, un problème qu’il faudra gérer à terme.
Et puis, côté physiologique, faire l’amour c’était excellent à de multiples points de vue. Elle s’était renseignée sur Internet. Un très bon exercice cardiovasculaire, une manière efficace de brûler les graisses et d’augmenter la production de dopamine, une hormone qui améliore les performances physiques.
Elle avait posé ses affaires et était montée prendre une douche. Elle s’était déjà lavée au club de sport, mais c’était une façon de gagner du temps.
L’idée de rejoindre Nicolas dans la cuisine la séduisait autant que la perspective d’un tête-à-tête avec un cadavre de phoque en décomposition. »

À propos de l’auteur
DIEUDONNE_Adeline_©Andreu-DalmauAdeline Dieudonné © Photo Andreu Dalmau

Adeline Dieudonné est née en 1982, elle habite Bruxelles. Elle a remporté avec son premier roman, La Vraie Vie, un immense succès. Multi-primé, traduit dans plus de 20 langues, ce livre a notamment reçu en 2018 le prix FNAC, le prix Renaudot des lycéens, le prix Russell et le prix Filigranes en Belgique ainsi que le Grand Prix des lectrices de ELLE en 2019. Il s’est vendu à 250 000 exemplaires. (Source: Éditions de l’Iconoclaste)

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Chroniques d’une station-service

LABRUFFE_chroniques_dune-station_service

  RL_automne-2019

Prix de la Maison Rouge 2019

En deux mots:
Derrière le comptoir et devant les pompes à essence d’une station-service de la banlieue parisienne, c’est le spectacle du monde qui attend l’employé-narrateur. Il va nous le raconter en courtes séquences. Une galerie de personnages qui reflètent l’état de la société.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Si vous voulez faire le plein…

…d’histoires cocasses, philosophiques, économiques, sentimentales, alors rendez-vous dans la station-service de la banlieue parisienne où travaille le narrateur du premier roman de Alexandre Labruffe.

Quoi de plus banal et de plus ennuyeux que le travail dans une station-service? Comme le dit le narrateur de ce roman très original, la plupart des automobilistes ignorent jusqu’à l’existence de l’employé qui n’est plus pompiste. Mais à bien y regarder, cet endroit offre un point d’observation privilégié sur le monde, à condition d’élaborer une stratégie pour tromper la routine et l’ennui. Car, que l’on soit riche ou pauvre, en déplacement professionnel ou pour touriste, que l’on soit seul au volant ou en famille, tous se retrouvent un jour à devoir faire le plein ou effectuer un achat de dernière minute et laissent transparaître un bout de leur vie derrière les pompes à essence.
Le jeune homme que met en scène Alexandre Labruffe aime autant l’odeur de l’essence que son poste situé en banlieue parisienne, près de Pantin. Il se voit comme une «vigie sociétale» qui voit passer le monde devant lui «partir ou arriver, excité ou épuisé». La galerie de personnages qui défile là nous donne en effet de quoi nous divertir ou nous faire réfléchir sur des sujets aussi variés que la famille, la politique, l’environnement, les médias ou encore les relations hommes-femmes.
Plus pu moins sérieuses, les notations sur le Coca zéro, le plus produit qu’il vend le plus, sur les films de série B ou de science-fiction qu’il passe en boucle sur son écran ou encore sur les manies des habitués vont le rapprocher de son mentor, lui qui aurait aimé être Baudrillard.
Les mini-chroniques, qui sont autant de choses vues, vont prendre un tour plus intime quand apparaît la jeune femme asiatique: «Cette femme est un mirage. Elle vient probablement d’une autre galaxie. Tous les mardis à la même heure, vers 18 heures, habillée invariablement de talons hauts, de collants (noir ou chair) et d’une jupe à pois (ce qui renforce son innocence et son éclat), elle achète un paquet de chips à l’oignon et repart. Tétanisé, je la regarde pénétrer dans le magasin. Je retiens mon souffle. Tout se contracte, se fige. Le temps. La station. L’espace. Mon cœur.» Que les lecteurs à la recherche d’un plan de drague infaillible passent leur chemin… À moins qu’ils cherchent la confirmation que pour peu que la volonté soit là, il est possible que des miracles se réalisent. Mais je vous laisse découvrir les charmes de la relation qui va se nouer avec Seiza pour en venir aux autres relations de notre employé-sociologue, Ray, Jean Pol, Nietzland et les autres. Cet ami qui divorce sans vouloir quitter sa femme, ce patron qui voit d’un mauvais œil ses initiatives artistiques – transformer la station en galerie d’art – ou encore cette Cassandre qu’il retrouve dans son lit. Un vrai régal de «choses vues», avec un œil pétillant de malice.

Chroniques d’une station-service
Alexandre Labruffe
Éditions Verticales / Gallimard
Premier roman
144 p., 15 €
EAN 9782072828379
Paru le 22/08/2019

Où?
Le roman se déroule en France, en banlieue parisienne, du côté de Pantin. On y évoque aussi Joinville-le-Pont et des vacances à Malte ainsi qu’une virée vers la forêt des Landes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Je me dis que si la station-service explosait par accident, si je mourais sur mon lieu de travail et qu’un archéologue découvrait, dans cent ans, sur les ruines de son chantier, les morceaux de mon squelette d’athlète, mon crâne atypique, ma gourmette en or, à moitié calcinée, agrégée de pétrole et d’acier, il me déclarerait trésor national et je serais exposé au musée des Arts premiers.»
Pour tromper l’ennui de son héros pompiste, Alexandre Labruffe multiplie les intrigues minimalistes, les fausses pistes accidentelles et les quiproquos
érotiques. Comme s’il lui fallait sonder l’épicentre de la banalité contemporaine – un commerce en panne de sens, sinon d’essence – avant d’en extraire les matières premières d’une imagination déjantée.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
lelittéraire.com (Jean-Paul Gavard-Perret)
Livres Hebdo (Alexiane Guchereau)
Voir.ca 
Kroniques.com 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« 1
Dans le brouillard, comme un phare, à peine visible : le néon HORIZON bleu déglingué du hangar qui clignote devant moi.
2
C’est la nuit. Un client ivre, au comptoir, titube, éructe :
— Où on va, merde? Où sont les poètes, putain?
Que répondre? Que dire? Il a raison. Où sont passés les poètes? Deux clients qui cherchent leur bonheur au rayon FRAÎCHEUR lui jettent un coup d’œil suspicieux. L’homme hurle :
— Barbara! Reviens! Au secours!
Alors qu’ils étaient en train de saisir un sandwich au poulet, les deux autres clients se figent. L’homme ivre me paie son plein et sa bière, en marmonnant je ne sais quoi. Je l’observe partir. Via les écrans de vidéosurveillance : sa démarche de flamant rose claudicant. Chuintement des portes automatiques. Il zigzague jusqu’à sa voiture, qui se trouve à la pompe nº 5.
Le chiffre 5, en Chine, c’est le chiffre du Wu, du rien, du vide. À l’origine et à la fin de toute chose. C’est le chiffre du non-agir, du non-être, du pompiste.
3
Il démarre et part en trombe. Sa Land Rover disparaît dans la nuit américaine qui enveloppe la banlieue de Paris.
4
Je fume une cigarette dehors. Sans client. Libéré. Léger. Enfin désœuvré. Il est minuit. J’aperçois, malgré tout, dans la brume, la forme d’un 35 tonnes. Un camion garé sur le parking poids lourd, au fond de la station-service.
Brusquement : un meuglement. C’est une vache. Une vache meugle dans la nuit. Puissance étrange et poétique de ce meuglement dans la ouate. Je m’immobilise. À l’affût. Des volutes de nuages bas se déplacent lentement, se posent sur le toit de la station. Un autre troupeau de moutons de brume caresse la pompe nº3, recouvre les halos des lumières, des néons, des réverbères, engloutit le tout.
La station n’est plus qu’un souvenir, enfoui dans le brouillard.
Passé quelques minutes, deux vaches meuglent à nouveau. Cela provient du 35 tonnes qui les convoie. Le bruit des voitures filant à toute allure sur le périphérique : étouffé. Un souffle. La fumée de ma cigarette, à mes lèvres, suspendue. Nouveau meuglement. Je me dis que c’est déchirant une vache qui meugle dans la nuit, que c’est comme une bouteille à la mer. J’ai presque envie de pleurer. Je souris. J’exhale un nuage de fumée. Je suis trop sentimental.
5
Aujourd’hui, c’est un jour comme un autre. Il est 17 heures. Je ne fais rien de particulier. Sur le téléviseur installé derrière le comptoir, j’ai mis Mad Max, la version de 1979, que je regarde en boucle depuis ma prise de fonction, essayant d’en extraire sa quintessence, ses enseignements métaphysiques, philosophiques, religieux.
Un client boit un café, absorbé lui aussi par le film. Le soleil se couche. Un rayon lèche l’écran. Une Renault Espace se gare devant la pompe no 2. Je suis disposé de telle façon que je peux regarder et la télé et l’entrée, les gens qui débarquent.
Musique Max Decides On Vengeance.
Une famille sort de l’Espace. Deux enfants, un couple. Ils semblent heureux, rentrent dans la station. La femme achète une bouteille de Coca Zéro tandis que le père accompagne les enfants aux toilettes. Elle dicte, en chuchotant, quelque chose à son téléphone. Envoie ce qu’elle vient de chuchoter. Range son portable à la hâte. Le père et un des enfants reviennent. Elle paie. L’autre enfant surgit en courant. Ils s’en vont.
À la télé, Mad Max : «I’m gonna blow him away!»
Je me dis que la Renault Espace, c’est une certaine idée érodée de la famille.
Une voiture utilitaire se range devant la pompe no 1. Un homme obèse en sort, au téléphone, il entre, prend une canette de Coca Zéro, vient me payer et repart, toujours sur son portable. M’a-t-il seulement vu ?
Rares sont les clients qui me voient ou me parlent. Je suis transparent pour la plupart des gens. Certains se demandent sans doute pourquoi j’existe encore, pourquoi je n’ai pas été remplacé par un automate. Des fois, je me le demande aussi.
Max : «They say people don’t believe in heroes anymore.»
6
Lieu de consommation anonyme, la station-service est le tremplin de tous les instincts.
Ce que je vends le plus: le Coca Zéro.

Le Coca Zéro. Les chewing-gums. Les chips. Les magazines érotiques ou d’automobiles. Les cartes de France. Les sandwichs. L’alcool. Les barres chocolatées (Mars en tête). Et évidemment l’essence.
Une certaine idée du monde en fait : un monde totalement junkie, dont je serais le principal dealer.
6 bis
Je pense à la cocazéroïsation de l’humanité.
7
Combien de barils ai-je vendus depuis mon embauche?
7 bis
Combien de litres y a-t-il dans un baril? Combien je vends de litres par jour? Depuis combien de temps je travaille ici? Disons qu’à raison de 25 litres par client, de 100 clients par jour, en moyenne, depuis 182 jours – vu qu’un baril, c’est 159 litres –, j’ai écoulé au total 455 000 litres, soit exactement 2 861 barils.
8
Je représente le socle de la société moderne. Je suis au sommet de la pyramide de la mobilité en quelque sorte: le rouage essentiel de la mondialisation. (Sans moi, la mondialisation n’est rien.)
Mais mon sommet est fragile. À l’heure du déclin de la production, j’ai parfois l’impression d’appartenir déjà à la préhistoire.
Je me dis que si la station-service explosait par accident, si je mourais sur mon lieu de travail et qu’un archéologue découvrait, dans cent ans, sur les ruines de son chantier, les morceaux de mon squelette d’athlète, mon crâne atypique, ma gourmette en or, à moitié calcinée, agrégée de pétrole et d’acier, il me déclarerait trésor national et je serais exposé au musée des Arts premiers.
Je cherche mon paquet de cigarettes Red Apple.
Cette sensation d’appartenir au passé se renforce. Comme si j’étais un vestige, le dernier dinosaure du monde carbone, la dernière sentinelle d’une époque (pétrochimique) bientôt révolue. Le dernier gardien du phare d’un siècle (le XXe) qui roulait sur l’or: noir.
La fin programmée de l’énergie fossile me mettra au chômage, dans cent cinquante ans exactement.
9
Bien que située en périphérie urbaine, entre un hôtel et un HLM à l’abandon, ma station-service est au centre du monde. Lieu de ravitaillement, de passage, de transit. Début ou fin de route : je suis à la croisée des chemins (à l’orée des possibles ?) que j’observe, la plupart du temps, avec la nonchalance d’un zombie mélancolique. Parfois, avec le sérieux d’un anthropologue hypocondriaque.
Depuis mon poste d’observation, vigie sociétale, je le vois (le monde) passer devant moi, partir ou arriver, excité ou épuisé.
Vortex de trajectoires qu’elle aspire et expulse, trou noir de chemins différents et variés, multiples et indéchiffrables, la station-service est la clef de voûte de la routo-sphère. Sa cheville ouvrière. »

Extrait
« Alors que je suis en train de décrocher les cadres, en équilibre précaire sur un escabeau, une jeune femme asiatique arrive à vélo et se parque devant la vitrine de la capsule. C’est mon moment de grâce. Mon épiphanie hebdomadaire, extrême-orientale. Cette femme est un mirage. Elle vient probablement d’une autre galaxie. Tous les mardis à la même heure, vers 18 heures, habillée invariablement de talons hauts, de collants (noir ou chair) et d’une jupe à pois (ce qui renforce son innocence et son éclat), elle achète un paquet de chips à l’oignon et repart. Tétanisé, je la regarde pénétrer dans le magasin. Je retiens mon souffle. Tout se contracte, se fige. Le temps. La station. L’espace. Mon cœur. » p. 26

À propos de l’auteur
Né à Bordeaux en 1974, Alexandre Labruffe s’est vite réfugié dans les Landes. Après avoir fui la forêt, travaillé dans des usines et des Alliances françaises en Chine puis en Corée du Sud, il collabore désormais à divers projets artistiques et cinématographiques. Chroniques d’une station-service est son premier roman. (Source : Éditions Verticales)

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Les petits garçons

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En deux mots:
Le narrateur de ce premier roman va nous raconter son enfance, son adolescence et ses premières années d’adulte aux côtés de son ami Grégoire. Le roman d’initiation émouvant et drôle d’un apprenti journaliste qui va finir par trouver sa place dans un monde peu accueillant.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Comment je suis devenu un homme

Un délicieux premier roman vient inaugurer la collection «Arpège» chez Stock. Avec «Les petits garçons» Théodore Bourdeau réussit le plus beau des romans d’initiation, puisque c’est… le mien!

Tout compte fait, il n’y a pas trente-six raisons qui font que l’on aime un roman. Je crois que pour chacun d’entre nous, elles se limitent à deux ou trois, auxquelles on peut encore ajouter quelques considérations esthétiques. Soit l’histoire vous emporte, soit vous avez l’impression d’enrichir votre culture générale, soit vous vous sentez proches du narrateur ou de l’un des personnages. Avec le premier roman de Théodore Bourdeau, il ne m’a pas fallu chercher bien loin, car dès la première phrase, je me suis identifié à ce garçon. Ce «processus psychologique par lequel un individu A transporte sur un autre B, d’une manière continue plus ou moins durable, les sentiments qu’on éprouve ordinairement pour soi, au point de confondre ce qui arrive à B avec ce qui lui arrive à lui-même» atteint même ici un degré pour le moins troublant.
En fait, si je résume ce livre, je vous raconte ma vie! Cela pourrait commencer ainsi:
« Je suis né heureux. Un tout petit enfant, avec deux parents pour me chérir. Un tout petit enfant qui rit et qui se roule en toupie dans le lit de papa et maman le dimanche matin. Une bouche de quenottes, tout petit enfant, qui hurle d’excitation, qui pleure et qui rit. Qui pleure puis qui rit. Une boule de chair douce et encore innocente au malheur.»
Cela pourrait se poursuivre à l’école, quand ma route a croisé celle de Bernard. Bon, dans le roman de Théodore Bourdeau, il s’appelle Grégoire, mais c’était le même copain: « Aussi loin que je puisse me rappeler, dès l’école maternelle, Grégoire était là. Petit garçon rouquin, avec qui tout semblait facile. Jouer, faire des bêtises ou échanger des billes. Quand je voulais courir jusqu’à n’en plus pouvoir respirer, voler un bonbon, faire peur à un camarade de classe, Grégoire se portait toujours volontaire. »
Bernard était toujours le premier de la classe. Il avait toute mon admiration et quelquefois une pointe de jalousie perçait. Mais comme j’étais plus sportif que lui, les choses se sont bien vite arrangées. Et si je vous parle d’une autre époque que celle évoquée dans le roman, peu importe. Car Théodore Bourdeau a la plume elliptique. S’il ne dit pas tout, il laisse deviner sa pensée. Les événements historiques sont suggérés, sont même reconnaissables, sans être exactement situés géographiquement ou dans le temps. Des attentats, la montée de l’intégrisme religieux, la crise économique, la peur d’un avenir de plus en plus incertain… Il me semble que la jeunesse des années quatre-vingt n’avait rien à envier à celle des années deux-mille, sinon peut-être dans son acuité.
En revanche, ce qui n’a pas vraiment changé – surtout pour les timides – c’est l’attirance mêlée de crainte autant que d’excitation pour «les filles». Là encore, je pourrai souscrire mot pour mot au scénario imaginé par le narrateur pour conquérir Louise. Demander à une proche amie de servir de messagère et attendre impatiemment la réciprocité de l’amour que l’on offre. «Enfin, mes mots et mon amour parvenaient jusqu’aux oreilles et, je l’espérais, jusqu’au cœur de Louise. Mais alors qu’elle aurait dû esquisser un sourire puis rougir, son visage devint rictus, traduisant un dégoût amusé. Je perdis tout espoir quand le rictus se transforma en un éclat de rire. Tout était consommé. Louise ne voudrait pas de moi. Ma première boum ne serait pas le théâtre de mon premier amour.»
Il devient inutile de vous raconter la suite. Vous la trouverez dans le roman avec à peine quelques nuances. Sachez simplement qu’après avoir tâtonné un peu quant à mon avenir, j’ai fait une école de journalisme. La mienne était à Strasbourg et celle du roman plus vraisemblablement à Lille. Les mêmes angoisses quant à l’avenir de notre profession, les mêmes débats sur l’éthique et sur la concentration des groupes de presse…
Me voilà tout d’un coup pris de vertige au moment de conclure. Vous aurez compris pourquoi ce roman n’a si profondément touché, mais réussira-t-il à vous séduire aussi? C’est le pari que je prends et le vœu que je formule.
Et puisque nous en sommes aux vœux, souhaitons à Caroline Laurent plein succès à la nouvelle collection «Arpèges» inaugurée avec ce roman.

Les petits garçons
Théodore Bourdeau
Éditions Stock
Roman
256 p., 17,90 €
EAN 9782234086371
Paru le 03/01/2019

Où?
Le roman se déroule en France, dans différents endroits qui ne sont pas vraiment précisés, mais on y devinera notamment Paris et Lille.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est l’histoire de deux amis qui traversent ensemble l’enfance, puis l’adolescence, et qui atterrissent à l’âge adulte le cœur entaillé.
C’est l’histoire d’un jeune homme maladroit, le narrateur, un peu trop tendre pour la brutalité du monde, mais prêt pour ses plaisirs.
C’est l’histoire d’un parcours fulgurant, celui de son ami Grégoire, et des obstacles qui l’attendent.
C’est aussi l’histoire d’une société affolée par les nouveaux visages de la violence.
C’est enfin une histoire de pouvoir, de déboires et d’amour.
Mais avant tout, c’est l’histoire de deux petits garçons.
Théodore Bourdeau signe un premier roman enlevé, à l’humour réjouissant, qui entremêle la douceur de l’enfance, les erreurs de jeunesse et le nécessaire apprentissage de la vie.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Nicolas Turcev)
La règle du jeu (Laurent David Samama)
Blog Le domaine de Squirelito
Blog Loupbouquin
Blog Les livres de Joëlle
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Le blog de Delphine-Olympe
Blog The unamed Bookshelf 
Blog Bla Bla Bla Mia 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Je suis né heureux.
Un tout petit enfant, avec deux parents pour me chérir. Un tout petit enfant qui rit et qui se roule en toupie dans le lit de papa et maman le dimanche matin. Une bouche de quenottes, tout petit enfant, qui hurle d’excitation, qui pleure et qui rit. Qui pleure puis qui rit. Une boule de chair douce et encore innocente au malheur.
Dans ma chambre, une grande corbeille en osier contenait toutes mes richesses. Voitures miniatures, robots déglingués, une vieille balle en mousse rongée par l’usure… Une raquette au cordage crevé, pour gagner Roland-Garros deux fois par semaine. Un pistolet en plastique pour simuler le cambriolage d’une riche demeure dans laquelle j’allais dérober vases antiques et montres précieuses. Et cette petite trompette en plastique pour imiter les jazzmen qu’écoutait papa le dimanche après-midi. Debout sur la table basse du salon, j’imaginais une foule d’adultes concentrés à mes pieds et j’engageais un solo furieux. Les membranes des enceintes grondaient et moi, avec ma petite trompette en plastique et mon pyjama, je faisais comme si je commandais les notes parfaites d’un de ces musiciens. Je vibrais de tout mon cœur à mesure que la musique, puissante, liquide, s’écoulait dans la pièce. Je me démenais pour obtenir le sourire de papa.
Dans le long couloir qui traversait l’appartement familial, il y avait le portrait d’un vieux monsieur, très digne, sanglé dans une gabardine sombre. Une grande toile sans cadre, un peu jaunie, craquelée. Moustaches lisses et regard dur de l’ancêtre qui toise sa lointaine descendance. Maman avait acheté le tableau dans une brocante un peu au hasard. L’homme aux moustaches était l’ancêtre d’un autre petit enfant, un inconnu pour nous. Qu’importe, c’était mon aïeul pour toujours : un capitaine d’industrie effrayant, un vieux cheminot dur au labeur, mon arrière-grand-père vice-ministre de quelque chose. La nuit, quand je marchais à tâtons dans le couloir pour rejoindre la cuisine et boire un verre d’eau, le vieux monsieur se transformait souvent en ogre prêt à me dévorer. Libéré, extrait de sa toile, ses pas résonnaient sur le sol et il fondait sur moi dans la stupeur d’un cauchemar.
Ma vie était légère, facile. Une aventure perpétuelle et joyeuse. Elle ne supportait aucune contrariété, à l’exception des frayeurs nocturnes de l’ancêtre. Un jour, à l’âge de huit ans, je demandai à maman s’il était possible de ne penser à rien. Si je pouvais déconnecter mon cerveau, même l’espace d’une seconde, et n’être plus qu’un corps inerte, qui ne produirait plus aucune matière imaginative. Maman me répondit que c’était sûrement possible. Qu’il fallait s’isoler dans un endroit le plus calme possible, faire le vide en soi, se concentrer sur sa respiration et peut-être alors, l’espace d’une seconde, je pourrais ne penser à rien. Je m’enfermais donc dans les toilettes, la pièce la plus calme de l’appartement. Assis sur le sol, le nez face à la cuvette, j’essayais de respirer le plus lentement possible, de ne prêter aucune attention aux bruits extérieurs. Je plongeais dans un gouffre de néant, je tentais d’imposer le sommeil à mon âme, de chasser la moindre de mes idées. J’étais comme mort, malgré les battements de mon petit cœur.
Grégoire était mon ami. Aussi loin que je puisse me rappeler, dès l’école maternelle, Grégoire était là. Petit garçon rouquin, avec qui tout semblait facile. Jouer, faire des bêtises ou échanger des billes. Quand je voulais courir jusqu’à n’en plus pouvoir respirer, voler un bonbon, faire peur à un camarade de classe, Grégoire se portait toujours volontaire. Nous n’étions qu’énergie.
Une malédiction commune accéléra cette amitié : nos deux anniversaires tombaient pendant les vacances. J’étais né à la fin de l’été, Grégoire juste avant Noël. Nous n’avions pas droit au rituel mis en place par notre maîtresse pour fêter les anniversaires : une guimauve distribuée en grande pompe à l’enfant qui grandissait, devant ses camarades jaloux. J’avais identifié deux choses : l’injustice de nos dates de naissance, mais aussi la cachette de la maîtresse, une boîte en aluminium pleine de guimauves, rangée sur une étagère facile d’accès. Je convoitais cette boîte depuis un certain temps quand l’occasion se présenta enfin grâce à un petit camarade prénommé Cyril, qui peinait à se contenir et faisait souvent pipi aux quatre coins de la classe. La maîtresse exténuée devait l’exfiltrer régulièrement pour le changer, nous fournissant ainsi l’interlude nécessaire pour aller voler les guimauves que nous méritions nous aussi. Le premier acte de notre amitié se joua ainsi. Comme des petits soldats, nous avions rampé sur le sol sous les regards des autres enfants stupéfaits. J’avais ouvert la boîte, attrapé deux guimauves roses, en avais donné une à Grégoire, puis nous avions battu en retraite vers nos places. J’avais rangé ma guimauve, comme un joyau, dans l’une des poches de mon manteau, alors que la maîtresse rejoignait finalement la classe, gardant sous son aile Cyril l’incontinent. À la récréation, nous avions brandi nos reliques sucrées, comme deux trophées, devant nos copains. Mais cette première épopée avait viré au drame. Un surveillant nous avait repérés, puis dénoncés à l’issue de la récréation. L’aventure s’était terminée sur une convocation de nos deux mères par la maîtresse et la restitution des guimauves devant tous nos camarades, terrible condamnation publique.
C’est ainsi que nos deux mamans prirent l’habitude de discuter après la classe, d’abord réunies par la honte, puis donnant leur avis sur nos maîtresses, débattant de l’opportunité de telle ou telle leçon. Elles s’appréciaient et dans un échange classique de bons procédés entre parents d’élèves, j’allais déjeuner chez Grégoire chaque mardi, et maman nous accueillait en retour le jeudi. Quand on arrivait chez mon ami, il y avait une porte cochère dont il fallait franchir l’encadrement de nos jambes maigrelettes. Puis nos voix résonnaient sous le porche, nous grimpions l’immense escalier et ses lourds tapis qui ouataient chacun des pas. Derrière la porte de l’appartement, la mère de Grégoire nous attendait, splendide grosse femme aux commandes de son logis. Nous enlevions nos chaussures dans l’entrée, pendant qu’elle allait de pièce en pièce, sans jamais s’arrêter de nous parler, de nous détailler le menu préparé par l’employée de maison, de nous entretenir de ses activités de la matinée. Le volume de sa voix faiblissait à mesure qu’elle s’éloignait, au détour d’un boudoir, d’une antichambre, d’un vestibule ou d’une bibliothèque. Puis elle reprenait corps quand, tout à coup, par un couloir dérobé elle accélérait le pas dans un fracas de parquet, et surgissait de son labyrinthe en ponctuant son monologue d’un point final: «À table les enfants!»
Grégoire était enfant unique. Son père, directeur d’une immense entreprise qui fabriquait du sucre, n’était jamais présent à l’heure du déjeuner. Dans l’appartement, il n’existait qu’à travers ses costumes, que j’avais aperçus dans un dressing qui marquait l’entrée de la suite parentale. Chez moi, il n’y avait pas de pièce réservée aux vêtements, papa et maman partageaient une commode en bois qui craquait tous les matins à l’heure du réveil. Alors, dès que je le pouvais, je jetais un œil à l’intérieur du dressing, j’admirais le mur d’étoffes grises, et je me recueillais un instant dans la forte odeur de cuir qui se dégageait des souliers du père de Grégoire. Chaque année au printemps, il offrait à la classe de son fils une visite de ses champs de betteraves, matière première du sucre qu’il vendait et qui finançait le somptueux appartement dans lequel il logeait sa famille. Un matin du mois de mai, notre groupe d’enfants s’avança donc dans la boue, en lisière d’un sous-bois. Trop occupé, le père de Grégoire n’apparut jamais, et c’est un responsable avec une casquette qui nous expliqua les différents stades de la culture de la betterave sucrière. Puis le groupe chemina à l’intérieur de l’usine pour déboucher en apothéose au milieu de montagnes blanches et granuleuses. Pendant toute la visite, Grégoire se tint quelques pas en retrait, satisfait, comme un roi. Il était le représentant sur terre de son illustre père, qui lui-même régnait, telle une divinité, sur le monde merveilleux du sucre.
On aurait pu imaginer que le mardi midi chez Grégoire, on mangeait des roudoudous au dessert, des berlingots, des barbes à papa. Mais non. Le mardi à déjeuner, il y avait des betteraves en entrée. Tous les mardis. Il fallait aussi réciter nos leçons. Être à la hauteur. Égrener nos notes de la semaine. Se tenir droit autour de l’immense table ronde. Ne pas cogner l’argenterie contre la porcelaine. Et terminer ses betteraves.
Je détestais les betteraves. J’étais pris de haut-le-cœur, tous les mardis à midi, quand j’avalais les derniers morceaux sanguinolents dans mon assiette. Mais j’adorais Grégoire. J’adorais courir partout dans l’appartement, me cacher derrière un fauteuil Renaissance, entendre les bibelots tinter sur les meubles quand nous cavalions d’un salon à l’autre. Et, dans une révérence haletante, ralentir le pas devant les costumes du père de Grégoire. »

Extrait
« Alors que notre interlocuteur tentait de nous expliquer une figure qui s’appelait le «ollie flip» en faisant de petits bonds sur place, Colombe s’entretenait maintenant avec Louise. Les dés étaient jetés. Fébrile, je plaquai les pans de ma raie au milieu puis me décalai d’un pas pour écarter Luc de mon champ de vision et focaliser mon attention sur l’acte crucial qui se jouait à quelques mètres de moi. Colombe parlait à l’oreille de son amie. Une musique pop quelconque sautillait sur la pièce. Enfin, mes mots et mon amour parvenaient jusqu’aux oreilles et, je l’espérais, jusqu’au cœur de Louise. Mais alors qu’elle aurait dû esquisser un sourire puis rougir, son visage devint rictus, traduisant un dégoût amusé. Je perdis tout espoir quand le rictus se transforma en un éclat de rire. Tout était consommé. Louise ne voudrait pas de moi. Ma première boum ne serait pas le théâtre de mon premier amour. »

À propos de l’auteur
Théodore Bourdeau est journaliste. Après avoir travaillé au «Petit Journal», il est aujourd’hui producteur éditorial de l’émission «Quotidien» diffusée sur TMC. Il a trente-huit ans et vit à Paris. (Source: Éditions Stock)

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