Femme qui court

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En deux mots:
Dans son pensionnat de jeunes filles, Violette Morris passe son temps à faire du sport. Au début du XXe siècle, sa passion suscite plus l’opprobre que l’approbation, mais elle va se battre dans de nombreuses disciplines pour gagner une reconnaissance qui va tarder. Championne et homosexuelle, elle va s’engager dans tous les combats.

Ma note:
★★★ (beaucoup aimé)

Ma chronique:

Battling Violette

Gérard de Cortanze a choisi de nous faire découvrir une femme d’exception. Violette Morris va devenir au début du XXe siècle une grande championne, une artiste de music-hall, une homosexuelle engagée et une féministe qui ne s’en laissait pas conter.

Après Laisse tomber les filles qui explorait les années Yé-Yé, Gérard de Cortanze a choisi de remonter un peu plus le temps avec ce roman qui est une biographie romancée de Violette Morris, femme hors du commun.
On la découvre au début du XXe siècle, vers la fin de l’adolescence. Elle est alors pensionnaire dans un institut religieux en Belgique et va devoir subir les assauts d’Octave, l’un des seuls hommes de l’établissement. Pour tourner la page, elle va s’adonner à la pratique sportive et trouver dans ce loisir une raison de vivre. Très vite, elle devient championne et accumule les bons résultats. Son corps se transforme et dans les douches elle va pouvoir évaluer son physique à ceux de ses amies et trouver du charme à certaines, à commencer par son amie Claire, qui n’a pas froid aux yeux non plus. Leur relation va devenir de plus en plus torride jusqu’à les pousser à faire l’amour dans le bureau de Clotilde Honoré. La responsable du pensionnat va les surprendre et décider de chasser sa championne.
Si cet épisode traumatise la jeune fille, elle va aussi l’aguerrir.
Car il n’est pas question pour elle d’abandonner ses disciplines de prédilection, bien au contraire. À l’athlétisme (dans des disciplines aussi curieuses que le saut en hauteur sans élan, le 600 mètres par équipes de trois ou encore le lancer du poids bras droit et gauche), elle va ajouter la boxe, et à la boxe le football, sans oublier le cyclisme.
Gérard de Cortanze, en allant dénicher les archives de la presse, nous dépeint alors avec force détails ce que la France d’avant la Première Guerre mondiale pensait de ces femmes. Au fur et à mesure de ses exploits, Violette Morris dérange de plus en plus une société patriarcale et machiste.
Quand elle vient affronter les hommes sur leur terrain, les adeptes de la discrimination s’en donnent à cœur-joie sur le thème des femmes trop fragiles, sur leur corps qui n’est pas fait pour la pratique sportive, sur leur place à la maison plutôt que sur les terrains de sport. Des débats enflammés qui baisseront à peine d’intensité après la Guerre de 14-18 au cours de laquelle violette, ambulancière et motocycliste, démontrera tout son courage avant d’être démobilisée pour une pleurésie.
La paix revenue, elle caresse un nouveau rêve, les sports mécaniques. De la moto à l’auto, elle voudra mener de front cette nouvelle carrière, n’hésitant pas à chercher du soutien auprès d’un homme, alors qu’elle entend aussi se battre pour la reconnaissance de l’homosexualité. Un combat, ô combien difficile quand on sait les nuages qui commencent à s’accumuler, venus d’Allemagne.
C’est pourtant dans le pays qui va conduire les nazis au pouvoir et organiser les Jeux Olympiques de Berlin qu’elle va trouver une alliée, Greta Fassbinder.
Sa rivale lors d’une compétition épique à Magdebourg va devenir son amante. Mais le poids de l’Histoire aura raison de leur passion. À moins que Violette, par ses excès et ses provocations, ne soit elle-même responsable de son éviction des terrains de sport.
Mais déjà elle s’imagine rebondir sur une scène de music-hall. Et de fait, son tour de chant est un succès. Elle croise alors Cocteau, Jean Marais, Yvonne de Bray et s’éprend de Joséphine Baker et devient l’une des reines des nuits parisiennes. Mais déjà la Seconde Guerre mondiale s’annonce. Elle lui sera fatale…
S’il faut concéder quelques longueurs à ce roman, il n’en reste pas moins un témoignage puissant et un portrait étonnant d’une femme inclassable, dont les extravagances auront sans doute servi les causes qu’elle défendait, même si il lui aura fallu pour cela encaisser bien des coups. Sans doute parce que cette Femme qui court allait bien plus vite que son temps.

Femme qui court
Gérard de Cortanze
Éditions Albin Michel
Roman
416 p., 22,90 €
EAN : 9782226400215
Paru le 2 janvier 2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris, Levallois-Perret, Montmorency, Montreuil, sur les champs de bataille de l’est de la France, puis à Châlons-sur-Marne et sur de nombreux stades et circuits automobiles. On y évoque aussi la Belgique, notamment Huy, Liège, Bruxelles, Uccle et l’Allemagne avec Magdebourg et Berlin.

Quand?
L’action se déroule du début du XXe siècle à 1944.

Ce qu’en dit l’éditeur
En 1910, Violette, âgée de 17 ans, est élève au couvent de l’Assomption. Encadrées par des professeures d’éducation physique anglaises, les jeunes pensionnaires y découvrent le sport. Les années passant, devenue une sportive exceptionnelle, elle enchaîne les championnats d’athlétisme, se passionne pour le cyclisme, le football, le water-polo, la boxe, la compétition automobile… Quand la guerre de 1914 survient, elle est ambulancière puis motocycliste de liaison.
Violette, boulimique de vie, court derrière un bonheur qui lui semble inaccessible. Elle s’essaie au music-hall, au théâtre, devient l’amante de Joséphine Baker puis d’Yvonne de Bray, l’ami de Cocteau et de Marais. Mal aimée, rejetée, elle va là où on l’accepte. Quand la guerre éclate, elle prend la direction du garage Pershing réquisitionné par la Luftwaffe et pratique le marché noir. Violette est une combattante du féminisme qui épouse les revendications des femmes inexorablement retardées par la Grande Guerre puis, dans les années trente, par la crise économique et la montée des périls.
Garçonne aux cheveux courts, en monocle et pantalon, qui n’hésite pas par provocation à pratiquer une radicale mastectomie. Fascinante, scandaleuse, Violette Morris cristallise les fantasmes et les conflits culturels dans lesquels notre époque peut se reconnaître.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« La chambre de Violette donnait sur un parc divisé en autant de terrains de jeu, clos par un haut portail qui ouvrait sur une rue pavée. Dans le ciel, des nuages d’un gris anthracite coulissaient les uns sur les autres, poussés par le vent. En contrebas, derrière une haie de cormiers, tachetés de baies brunes, une courbe de la Meuse paressait, couleur de carême. Si elle avait dû compter toutes les fois où, depuis son arrivée dans ce couvent de l’Assomption à Huy, Violette s’était postée derrière les vitres de cette fenêtre, sa mémoire aurait atteint un chiffre qu’elle n’aurait pu retenir.
Sa chambre révélait ses goûts. Des coupes, gagnées en Angleterre et en France, et plusieurs médailles qui tenaient lieu de garniture de cheminée. Aux murs s’étalaient des trophées glanés dans les championnats. Un ordre parfait régnait dans la pièce meublée avec une note de modernisme et une certaine austérité. Seule marque de désordre : le costume des Amazones, bleu ciel comme le manteau de la Vierge, qui traînait sur une chaise – uniforme revêtu par les pensionnaires du couvent lors de leurs compétitions sportives. Violette avait dix-sept ans.
Parmi les éclats de mémoire qui dérivaient comme des icebergs, depuis son installation dans ce pensionnat pour jeunes filles de la haute bourgeoisie européenne, il en était qui revenaient sans cesse, tel ce matin du 20 avril 1903, jour anniversaire de ses dix ans où son père, le baron Pierre Jacques Morris, capitaine de cavalerie en retraite et fils du fameux général Morris, acteur de la conquête de l’Algérie dans les années 1830, l’avait laissée derrière les murs du pensionnat. Si petite, si fragile, sa minuscule valise à la main, sous les hautes colonnes de la puissante façade palladienne de l’édifice. Elle avait alors longuement observé les élèves, ses futures congénères, se promenant en petits groupes, ou deux par deux, tête contre tête, en une procession sans fin, ou bien buvant leur lait avec une paille, adossées aux murs de la pension. Puis, lorsqu’elle était montée dans sa chambre, elle s’était précipitée à la fenêtre. Elle avait vu son père s’éloigner, raide, d’un pas décidé, dans son habit militaire. Elle aurait tant aimé qu’il se retournât : il ne l’avait pas fait, préférant remonter dans sa voiture, une Ader 8 CV jaune bouton d’or qu’il conduisait lui-même, rappelant à qui voulait l’entendre que son concepteur, prénommé Clément, avait construit des téléphones et fait voler un avion à vapeur avant de se lancer dans l’automobile ! Anecdotes inutiles dont il était friand et dont Violette se disait qu’elle eût préféré les lui voir abandonner au profit sinon d’un intérêt accru, du moins d’un semblant d’attention qu’il lui aurait parfois accordé. Mais elle savait que c’était peine perdue. Et cela d’autant plus qu’à l’indifférence polie de ce père venait s’ajouter la franche hostilité de sa mère. De vingt ans plus jeune que son mari, Élisabeth Sakakini, dite « Betsy », ne s’était jamais remise de la mort de son petit Paul, survenue deux ans avant la naissance de Violette, à l’âge de huit mois. Ce décès prématuré, elle le faisait payer chaque jour à sa fille.
Oui, c’est à cette même place que, vigie inquiète, Violette avait vu pour la première fois le parc, le mur, la rue pavée, les cormiers, la Meuse et, comme jaillissant de la brume, tel un dieu païen, un cerf si vieux que ses bois semblaient des candélabres. Et c’est cette même veduta, telle qu’auraient pu la peindre Vermeer ou Canaletto, changeante au fil des saisons et de ses états d’âme et pourtant identique, presque rassurante, seule pérennité à laquelle se raccrocher, qu’elle regardait pour la dernière fois aujourd’hui, postée à la fenêtre de sa chambre ; car, bien qu’il lui restât encore une journée à passer au couvent de l’Assomption, elle s’était promis que cette station devant la fenêtre serait sa dernière.
Comment avait-elle fait pour survivre toutes ces années ? Voilà une terrible question à laquelle, après avoir mûrement réfléchi, elle ne trouva que deux réponses – contradictoires et complémentaires.
La première touchait au sport, mot étrange aux senteurs de soufre qu’il ne faut utiliser qu’avec parcimonie lorsqu’il est appliqué à la femme. Mauvaise élève, excepté en allemand, langue rugueuse dont elle aimait traquer les douceurs, que de fois ses professeurs l’avaient raillée pour son incapacité à faire ses devoirs avec application, la contraignant, pour la punir, à réciter ses leçons debout sur une chaise, devant ses camarades. Quant aux surveillantes, toutes nonnes britanniques, n’intimant leurs ordres qu’en anglais, elles avaient fustigé son goût de l’indépendance et son refus obstiné de suivre des règles auxquelles ses coreligionnaires se soumettaient avec, il faut le reconnaître, plus ou moins d’entrain.
Ce qui aurait pu se transformer en catastrophe prit un tout autre chemin grâce à une certaine Miss Eliss, adepte de l’éducation physique féminine. La jeune professeur dont le livre de chevet aurait dû être la Sainte Bible lui préférait Muscle et beauté plastique féminine de Georges Hébert, officier de marine et éducateur. Alors que les patronages catholiques et l’école publique proposaient aux jeunes filles des activités physiques se résumant à la marche, à la danse ou à la callisthénie, Miss Eliss avait, avec l’aide de sa hiérarchie, doté le couvent de l’Assomption d’une salle de gymnastique, d’un court de tennis, d’un bassin nautique, de pistes où pratiquer footing et athlétisme, et même d’un terrain modulable pour le basket, le hockey, voire le football ! Se considérant comme une « pionnière doublée d’une conquérante », elle n’hésitait pas à gratifier les jeunes filles dont elle avait la charge de discours récurrents dans lesquels elle rappelait que les Égyptiennes avaient concouru entre elles dans des épreuves de lancers et d’haltères, que la Grèce antique avait très tôt cultivé le mythe de la femme athlète, et qu’Atalante, fille d’Iasos et de Clymène, abandonnée par son père et grandissant au milieu des bêtes sauvages, aimait à défier les hommes à la course. Pourvue d’une culture sportive inépuisable, elle avait même un jour rapporté que chaque année à Markt Groningen, localité du Wurtemberg, « et cela dès le XVIe siècle », des courses étaient ouvertes aux jeunes bergères, ajoutant, après un théâtral temps d’arrêt dans sa péroraison : « Certaines années, mesdemoiselles, la hargne des concurrentes était telle que le bourgmestre en personne, monté sur son cheval et armé d’un bâton, n’hésitait pas à s’en servir afin d’empêcher ces Perrettes en furie de se pousser, de se tirer les cheveux, de se donner des coups dans la poitrine pour couper la respiration de leurs rivales. Je ne vous en demande pas tant, mais soyez fermes dans vos convictions ! »
Rejetant avec vigueur les préceptes avancés par Mme Irène Popard laquelle, dans La Gymnastique harmonique, affirmait avoir mis au point une méthode de culture physique complète, « spécialement adaptée à la femme », mais qui en réalité n’était qu’une suite de mouvements improbables faits de lancers de jambes, de culbutes, d’équilibres sur les mains, de sautillements et de mouvements respiratoires, le tout au son de musiques folkloriques vives « genre farandole ou fandango », Miss Eliss pensait intimement que la gymnastique ne suffisait pas à l’épanouissement de la femme, qu’il fallait lui ajouter le goût de la compétition, de la victoire et que cette alliance révolutionnaire – « oui, vous m’avez bien entendue, mesdemoiselles, révolutionnaire » – ne rendrait la femme que plus belle.
Avec 1,66 mètre pour 66 kilos, son tour de cou de 40 centimètres, son tour d’épaules de 1,20 mètre, ses biceps de 29 centimètres et ses mollets de 40 ; avec sa capacité respiratoire de 4 litres, ses longs cheveux noirs que toutes ses amies lui enviaient mais qu’elle détestait car ils la gênaient pour courir, et sa luxuriante poitrine déjà fort développée pour son âge, Violette s’était très vite révélée être une championne accomplie.
Dès la première compétition elle avait fait des merveilles. Il s’agissait d’une épreuve de natation pratiquée dans une des rivières affluentes de la Meuse. Alors que certaines de ses camarades ne cherchaient qu’à s’amuser, Violette, après s’être débarrassée de son blazer, de ses sandales et s’être attaché son bonnet de bain en caoutchouc sous le menton, avait plongé dans l’eau avec la ferme attention d’arriver première sur l’autre rive. Métamorphosée par le froid vif de l’eau qui s’emparait de ses bras et de ses jambes, dépassant une à une ses concurrentes qui n’en étaient encore qu’au stade de la nage du chien, elle avait ondulé dans l’eau comme un saumon gracile et, nageant le crawl à six battements de pied, avait, avec une célérité incroyable, atteint l’autre bord de la rivière. Là, dans son maillot de bain rouge, baissé jusqu’à la taille, elle s’était essuyé les épaules, frictionnant le reste de son corps luisant avec une serviette et avait savouré sa première victoire.
Au fil des mois et des années, elle avait accumulé les premières places, remporté pour son école nombre de coupes et de trophées, en natation, en basket, en tennis, mais surtout en athlétisme où, dans les courses de demi-fond, elle aimait assurer un train excessif qui poussait ses adversaires à l’abandon et elle-même à se dépasser, arrivant exténuée, au bord du malaise mais victorieuse. Fêtée par certaines, jalousée par d’autres, elle était incontestablement devenue le porte-drapeau du couvent de l’Assomption, à tel point que les plus enthousiastes des élèves lui prédisaient un avenir sur les pistes poussiéreuses des stades et les plus rêveuses sur les écrans muets du cinématographe. »

Extrait
« Elle avait divisé, ou plutôt son imprésario, avait construit son récital en quatre parties. Dans un premier temps, elle proposa des tangos qu’elle enfila les uns après les autres comme jadis les mètres de ses courses de demi-fond: à grandes enjambées souples et efficaces. Dans un second, elle s’appliqua à des reprises de «Negra Noche», «Swing Troubadour» et «La Rumba triste », qui mirent la salle en joie, car elle en donnait une interprétation très personnelle pleine d’humour et d’assurance acquise au fil des minutes qui passaient et qui lui prouvaient qu’elle pouvait chanter sans se ridiculiser. Puis vint le tour de son hommage très personnel à Suzy Solidor, surnommée l’«Amiral», super-garçonne impressionnante surtout lorsqu’elle portait smoking, reine incontestée des cabarets-dancings féminins, comme La Coquito l’était du Danzòn cubain. À peine avait-elle entamé «Obsession» que la salle l’écouta religieusement. Plus aucun verre ne tintait, plus aucune discussion ne venait perturber l’écoute : «Chaque femme je la veux/ Des talons jusqu’aux cheveux/ J’emprisonne dans mes vœux les inconnues.» L’hommage était composé des deux chansons en passe de devenir les deux hymnes du monde lesbien. Dans la salle, des couples s’embrassaient, se tenaient les mains, une émotion réelle, un trouble circulaient de table en table…» p. 252-253

À propos de l’auteur
Ecrivain, éditeur aux éditions Albin Michel, membre de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, Gérard de Cortanze a publié plus de 80 livres, traduits en vingt-cinq langues. Parmi eux, des romans (Les Vice-Rois, prix du roman historique; Cyclone, prix Baie des Anges Ville de Nice; Assam, Prix Renaudot; Banditi; Laura; Indigo, prix Paul Féval; L’An prochain à Grenade, prix Méditerranée; Les amants de Coyoacan…, Zazous, des essais (Jorge Semprun, l’écriture de la vie; Hemingway à Cuba; J.M.G. Le Clézio, le nomade immobile; Pierre Benoit, le romancier paradoxal, prix de l’Académie française), et des récits autobiographiques (Une chambre à Turin, prix Cazes-Lipp; Spaghetti!; Miss Monde; De Gaulle en maillot de bain; Gitane sans filtre…). On lui doit également des livres sur les peintres Zao Wou-ki, Antonio Saura, Richard Texier, et notamment Frida Kahlo, la beauté terrible.
Si l’ensemble de son œuvre, divisée en cycles, a pour thèmes de prédilection ses origines italiennes mêlées – vieille famille aristocratique piémontaise du côté du père, classe ouvrière napolitaine du côté de la mère, une descendante directe de Frère Diable, dit Fra Diavolo – on lui doit aussi plusieurs ouvrages sur l’automobile. Né au sein d’une famille de pilotes de courses il a publié La Légende des 24 heures du Mans, livre pour lequel il a reçu le Prix des écrivains sportifs, ainsi que Les 24 Heures pour les nuls. Nombre de ses livres ont pour personnage principal une héroïne. Frida Kahlo, dans Les amants de Coyoacan; Gâlâh, dans L’an prochain à Grenade; Josette, dans Zazous; Michèle, dans Laisse tomber les filles et Violette Morris dans Femme qui court. Il est chroniqueur à Historia et président du Prix Jean Monnet de Littérature européenne. (Source: Éditions Albin Michel)

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Pays provisoire

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En deux mots:
Une modiste originaire de Savoie installe sa boutique à Saint-Pétersbourg au début du XXe siècle. Mais en 1917, elle est contrainte de fuir et entreprend un périlleux voyage alors que la guerre fait rage.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:
Le fabuleux destin d’Amélie Servoz

La Révolution russe et la Première Guerre mondiale vues par les yeux d’une jeune modiste installée à Saint-Pétersbourg. Un excellent premier roman.

Une page oubliée de notre histoire, la découverte de quelques archives et l’imagination de la romancière : il n’en fallait pas davantage pour réussir une belle entrée en littérature. Fanny Tonnelier s’est intéressée à la colonie française qui a émigré vers la Russie des tsars au tournant du XXe siècle. Appréciés d’une cour et d’une noblesse qui avait à cœur de s’exprimer dans la langue de Molière, ces francophones (des Suisses romands ont aussi fait le voyage, notamment comme précepteurs) ont fort souvent réussi, comme le rappelle notamment Paul Gerbod dans son Livre D’une révolution, l’autre: les Français en Russie de 1789 à 1917 : «nombreux sont les commerçants et artisans (modistes, pâtissiers, marchands de vins ou d’articles de Paris) ainsi que les industriels, les ingénieurs et les dirigeants d’entreprises ainsi que les hommes engagés dans le développement économique de la Russie et les agents bancaires à réussir leur intégration. Les professeurs de français, par exemple, ont des appointements de 1500 roubles par an (soit environ 4000 francs-or).
Pour Amélie Servoz aussi, les affaires sont florissantes. Originaire de Savoie, la modiste a pu faire ses preuves dans une boutique parisienne avant d’être repérée par la dame qui lui offrira de reprendre sa boutique de Saint-Pétersbourg. Depuis près de sept ans qu’elle es tinstalée en Russie, elle a su conquérir une clientèle aussi riche que fidèle et ses chapeaux font la mode sur les bords de la Néva.
Mais nous sommes en 1917 et la grande Histoire vient rattrapper la modeste modiste. La Révolution bolchévique s’étend et la ville est en proie à des troubles qui vont laisser des traces. Son magasin est saccagé et elle est sommé de prendre fait et cause pour ceux qui prônent l’union des prolétaires de tous les pays.
Elle va bien tenter de continuer son activité en transférant son atelier à son domicile, mais va devoir se rendre compte que c’est peine perdue et que sa vie est en danger.
Il faut fuir un pays en ébullition, mais aussi traverser une Europe en proie à la plus meurtrière des guerres.
Après des démarches administratives délicates, un peu de chance et d’entregent, elle fuit avec son amie Joséphine «un pays devenu inhospitalier, où régnaient la peur, l’angoisse, le stress et la faim.» Je vous laisse découvrir les péripéties d’un voyage mouvementé en y ajoutant simplement que le bien et le mal s’y côtoient, que quelques rencontres vont s’avérer riches d’enseignements et qu’il va dès lors devenir très difficile de ne pas être pris dans ce tourbillon d’émotions.
On sent que Fanny Tonnelier s’est solidement documentée pour nous raconter ce périple et qu’elle a pris du plaisir en écrivant la fabuleux destin d’Amélie. Un plaisir très contagieux tant les descriptions sont réussies, tant le rythme est enlevé. Voilà qui donnerait sans doute un grand film en costumes. Chapeau !

Pays provisoire
Fanny Tonnelier
Alma éditeur
Roman
256 p., 18 €
EAN : 9782362792458
Paru le 4 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Russie, à Saint-Pétersbourg, puis à Paris et en Savoie ainsi qu’en Finlande, Suède, Irlande et Angleterre.

Quand?
L’action se situe en 1917, avec des retours en arrière au tournant du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Amélie Servoz, jeune modiste d’origine savoyarde, n’a pas froid aux yeux. En 1910, elle rallie Saint-Pétersbourg avec, pour seul viatique, un guide de la Russie chiné en librairie et l’invitation d’une compatriote à reprendre sa boutique de chapeaux. Sept ans plus tard, la déliquescence de l’Empire l’oblige à fuir. Son retour, imprévisible et périlleux, lui fera traverser quatre pays, découvrir les bas-côtés de la guerre et rencontrer Friedrich…
Fanny Tonnelier campe avec verve et finesse tout un monde de seconds rôles où les nationalités se mêlent; changeant à volonté et avec dextérité la focale, elle raconte aussi bien le détail des gestes et des métiers que l’ample vacarme d’une Révolution naissante. Elle s’est inspirée d’un pan d’histoire méconnu: au début du XXe siècle, de nombreuses Françaises partirent travailler en Russie.

Les critiques
Babelio 
Livreshebdo (Cécilia Lacour)
Blog T Livres T Arts 
Blog Bricabook 
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Le Goût des livres

Les premières pages du livre
« Cette nuit-là, Amélie ne se coucha pas. Elle laissa les épais rideaux ouverts, enñla sa robe de chambre et s’installa dans son fauteuil face àla nuit claire de juillet. Elle était triste, cafardeuse, et n’arrivait pas à dormir.
Elle ne recevait plus de courriers de ses parents depuis six mois et s’inquiétait pour eux. Son père, malgré son âge, avait été rappelé sous les drapeaux pour être ambulancier. Était-il encore en vie? C’était la première fois qu’elle se posait aussi franchement la question. Et puis la ville qu’elle avait découverte sept ans plus tôt n’était plus la même. C’était encore la période des nuits blanches, d’habitude pleines de gaieté et de rires. Mais depuis quelques semaines, les rues étaient désertes, sans le bruit familier des tramways, et les activités s’arrêtaient les unes après les autres. Manifestations, meetings politiques, défilés étaient le lot quotidien des habitants qui se terraient chez eux. Les denrées de base manquaient cruellement et le peuple avait faim. Les journaux ne paraissaient plus et les rumeurs allaient bon train, ampliñant l’inquiétude et la peur. Les nouvelles du front étaient mauvaises, les armées disloquées. Le ressentiment était général pour tout ce qui représentait l’État et l’ordre. Les gens étaient à bout, souhaitant presque qu’il y ait un choc, d’où qu’il vienne. Révolte populaire? Coup d’État? Il y avait matière à devenir pessimiste et Amélie l’était.
Soudain, dans l’après-midi, elle entendit un grondement sourd, comme les prémices d’un orage, et vit au loin une marée d’hommes et de femmes hérissée de fusils, de gourdins, de drapeaux rouges s’approchant menaçante vers la Douma. Bouleversée, Amélie avait l’impression de revivre les journées de février qui lui avaient longtemps donné des cauchemars.
En se penchant par la fenêtre, elle découvrit une foule disparate : des ouvriers, des femmes laborieuses, des étudiants, des soldats : tous avançaient presque mécaniquement, martelant le sol de leurs pieds comme pour se donner le courage d’avancer ; ils avaient l’air épuisé, sûrement affamés, soutenus par la vodka et les slogans répétés des meneurs qui avançaient fièrement devant. Certains brandissaient des armes, d’autres les portaient contre la poitrine; des voitures volées avec des mitrailleuses fixées sur les capots les encadraient. Il y avait même des canons tirés par des volontaires; tout cet armement présageait mal de l’avenir : qu’allaient-ils en faire?
Affolée, Amélie referrna la fenêtre et sursauta quand un coup de feu éclata, suivi d’une fusillade désordonnée qui déclencha la panique. Elle vit alors que des petits groupes s’étaient postés à chaque coin de rue, voulant prendre le dessus sur la police. Les tirs s’arrêtèrent puis reprirent au milieu des gens terrorisés. Des cosaques attendaient les ordres pour intervenir, jaugeant la situation pour éventuellement faire volte-face plutôt que de se faire tuer. »

À propos de l’auteur
Fanny Tonnelier, née en 1948, vit à Cunault près d’Angers. Pays provisoire est son premier roman. (Source : Éditions Alma)

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L’été en poche (49)

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Les vies multiples d’Amory Clay

En 2 mots
La biographie d’une femme photographe britannique qui va traverser le XXe siècle. Un parcours qui passe de l’Angleterre puritaine au Berlin des années folles, en passant par la France, l’Allemagne, le Vietnam et les Etats-Unis.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Emily Barnett (Les Inrockuptibles)
« Boyd réussit une fresque de facture conventionnelle mais fine et incarnée, grâce au caractère impétueux de son héroïne qui promène son objectif sur tous les hot spots du XXe siècle. »

Vidéo


William Boyd présente «Les vies multiples d’Amory Clay» © Production librairie Mollat

L’odeur de la forêt

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En deux mots
Une historienne découvre la correspondance et les photos d’un poilu. C’est le début d’une enquête où les morts vont déstabiliser les vivants. Roman multiple magnifique, plein de bruit et de fureur, qui traverse le temps et nous touche au cœur.

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

L’odeur de la forêt
Hélène Gestern
Éditions Arléa
Roman
700 p., 27 €
EAN : 9782363081179
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en France principalement en trois endroits, à Paris, à Jaligny dans l’Allier et à Lisbonne. La partie historique se déroule sur le front de Lorraine, notamment dans la Meuse.

Quand?
L’action se situe d’une part durant la première guerre mondiale et d’autre part de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un hasard professionnel met entre les mains d’Elisabeth Bathori, une historienne de la photographie, les lettres et l’album d’Alban de Willecot. Ce lieutenant, mort au front en 1917, a été l’ami d’un des plus grands poètes de son temps, Anatole Massis, et a entretenu avec lui une abondante correspondance. D’abord aiguillonnée par l’espoir de retrouver les réponses de Massis, Élisabeth, qui reprend le travail après de longs mois de deuil, se prend peu à peu d’affection pour Willecot, que la guerre a arraché à ses études d’astronomie et qui vit jour après jour la violence des combats. Elle se lance à la recherche de Diane, la jeune femme dont le lieutenant était éperdument amoureux, et scrute chacune des photographies qu’il a prises au front, devinant que derrière ces visages souriants et ces régiments bien alignés se cache une autre tragédie, dont les descendants croiseront à leur tour la grande Histoire durant la Seconde guerre mondiale.
L’Odeur de la forêt est une traversée de la perte, à la recherche des histoires de disparus, avalés par la guerre, le temps, le silence. Mais il célèbre aussi la force inattendue de l’amour et de la mémoire, lorsqu’il s’agit d’éclairer le devenir de leurs traces : celles qui éclairent, mais aussi dévorent les vivants.
L’Odeur de la forêt est le quatrième roman d’Hélène Gestern. Si l’on y retrouve ses thèmes de prédilection, la mémoire, l’énigme, le pouvoir de la photographie, c’est de loin le plus ample. C’est à un véritable voyage qu’elle nous convie et on embarque avec elle dans ce texte prolifique, multiple, surprenant dans ses rebondissements, avec toujours ce sentiment d’être au plus près de l’émotion. Texte multiple donc, d’abord par ce qu’il donne à voir : l’horreur physique et psychologique de la guerre des tranchées, la période trouble et héroïque de l’occupation, et le présent de la narratrice. Multiple aussi par les formes d’écriture choisies : journal, correspondance, narration directe.

Ce que j’en pense
Roman riche, dense, grave, multiple et étincelant. Roman-gigogne qui entremêle les histoires et nous offre un chassé-croisé à plus d’un siècle de distance entre ces hommes partis la fleur au fusil défendre leur patrie en 1914 et qui vont se retrouver confrontés à l’une des pires boucheries de l’Histoire et une historienne de la photographie, Elisabeth Bathori, qui en enquêtant sur cette période va découvrir des secrets de famille, mais aussi se découvrir elle-même. Quand les morts réparent les vivants.
Tout commence par la rencontre de l’historienne avec une vieille dame, Alix de Chalendar, qui confie lui confie « l’album d’un poilu, qui avait envoyé pendant deux ans et demi des cartes postales et des photographies qu’il avait lui-même prises de sa vie dans les tranchées. Il avait écrit, aussi, presque chaque semaine, à sa sœur et à celui qui semblait être son meilleur ami, Anatole Massis, un éminent poète post-symboliste. » Très vite, Elisabeth se rend compte de la valeur inestimable de ce fonds et commence un travail d’archivage, de déchiffrage et de documentation sur cette période et sur ces personnes qui vont finir par l’obséder.
Car au travail de l’historienne va bien vite s’ajouter la volonté de remercier la vieille dame qui, avant de mourir, lui a non seulement confié ses documents, mais aussi les clés de sa maison dans l’Allier. Un endroit qu’elle va tenter d’apprivoiser et où de nouvelles découvertes l’attendent.
Hélène Gestern, en choisissant de passer d’une époque à une autre, de raconter la vie de ces hommes dans les tranchées, celle de cette femme qui enquête sur eux, fait éclater son roman en quatre histoires, toutes aussi passionnantes les unes que les autres.
Il y d’abord cette plongée dans la réalité de la « Grande guerre » et sur la barbarie, les injustices et les souffrances que le récit national a tenté d’occulter. Au fur et à mesure, on va découvrir un drame humain, une machine à briser les hommes. « Les correspondances, les ouvrages d’historiens empruntés à la bibliothèque de l’Institut me dévoilent un autre visage de la Grande Guerre, dont je n’avais jamais pris la peine de questionner la réalité quotidienne, celle qui se cachait derrière les images stéréotypées de régiments et de tranchées. Et ce visage est barbare : non seulement parce qu’il est marqué du sceau de l’orgueil militaire, poussé à son paroxysme d’aveuglement, mais surtout parce qu’il signe de manière définitive l’entrée du siècle dans le marché industriel de la mort. »
Il y a ensuite le roman de l’historienne, fascinante plongée dans le travail d’enquêtrice. On y voit comment, pièce après pièce, en rassemblant les témoignages, en faisant des recoupements, en déchiffrant un journal intime, le travail de documentaliste vous happe littéralement au point de « vivre » aux côtés de ceux qui prennent chair au fur et à mesure de cette enquête.
Et nous voilà confrontés à une nouvelle réalité, celle de cette famille qui, par le travail de cette femme, se voit confrontée aux fantômes du passé. Qui soudain ne sait plus si elle veut vraiment savoir ce qui s’est passé, qui craint elle aussi de voir la légende familiale voler en éclats.
Enfin, il y a l’histoire personnelle d’Elisabeth, dont l’auteur nous livre là encore, petit à petit, la part d’ombre. Elle essaie de se remettre de la disparition de son mari en se plongeant dans le travail, n’hésitant pas à prendre l’avion pour Lisbonne où un nouveau témoin, Diane Ducreux, peut l’éclairer sur certains points encore obscurs. « J’aurais voulu pouvoir expliquer à mon hôtesse que cette quête à laquelle je me raccrochais était ma seule arme pour comprendre le sentiment d’être suspendue dans le vide. C’est lui que j’avais espéré fuir en quittant Paris, mais il était toujours là, inscrit en moi ; il devait suinter de partout, de mon corps, de mes gestes, de ma voix. C’était le prix de ce deuil sans deuil ». C’est sans doute aussi en raison de cet état d’esprit qu’elle rencontre une oreille attentive à ses requêtes, qu’on lui confie ce que l’on sait. Que quelquefois même, on va au-delà. Et voilà déjà que s’esquisse une nouvelle histoire, celle de Tamara Zilberg, la grand-mère de Diane que l’on n’a jamais retrouvée. Elisabeth ne pourra dès lors, la laisser sur le côté.
Pas plus d’ailleurs que Samuel, le frère de Diane, un autre cœur meurtri. De façon presque impromptue, dans la ville du Fado, elle va se retrouver cheminant dans le vieille ville à ses côtés puis finissant dans son lit. Mais l’addition de deux souffrances peut-il suffire à construire un nouveau couple, notamment quand la distance vient compliquer l’histoire d’amour naissante ? Durant des semaines, ils vont se chercher, s’écrire, se retrouver quelquefois. « Le revoir aurait dû être bouleversant, après une si longue absence, mais j’avais trouvé ces retrouvailles difficiles : un sentiment de flottement, l’impression dérangeante de ne pas le reconnaître tout à fait. Je n’ai rien ressenti au moment de le prendre dans mes bras et j’ai repensé à une phrase que j’avais lue un jour dans un récit, une phrase absurde et terrible : « Je vous ai tellement attendu que je vous attends encore. » Durant ces semaines où il s’est mis en retrait Samuel m’avait, d’une manière subtile, écartée de lui. »
Si ce roman est si passionnant, c’est que l’auteur travaille comme un maître du thriller, semant ça et là des indices, n’hésitant pas à nous offrir des rebondissements inattendus, émettant des hypothèses qui ne vont pas forcément s’avérer exactes, jouant avec le lecteur qui… en redemande ! C’est tout simplement l’un des plus beaux romans que j’ai lu depuis longtemps. Il serait dommage de passer à côté !

Autres critiques
Babelio
Le Monde (Eric Loret)
Revue Études (Nathalie Sarthou-Lajus)
Blog Echappées 
Blog Encres vagabondes
Blog Je me Livres 
Blog Ideozmag 

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RCF Radio (émission «Au bonheur de lire»)


Présentation du livre par l’auteur – Production Librairie Mollat

Extrait
« Je m’en veux de t’accabler de mes récits de guerre, mais tu es le seul à qui je puisse les confier. Hier, trois Boches assiégés sont sortis de leur tranchée, les mains levées, en criant « Kamerad ». Ça n’a pas empêché Picot, l’instituteur, de les fusiller sur le champ. Pourtant, qu’avaient-ils de si différent de nous, ces pauvres hères ? Nous avions moisi dans la même terre, été tourmentés par les mêmes poux, les mêmes cauchemars. Ils s’étaient battus aussi dur que nous avant de rendre les armes. Et, eux aussi, ils ont laissé au pays des femmes et des enfants qui demain les pleureront. Tout cela pour deux cents mètres de terre, qui changeront de main encore dix ou vingt fois avant la fin du carnage ? »

A propos de l’auteur
Hélène Gestern a quarante-cinq ans. Elle vit et travaille à Nancy. Elle est l’auteur de Eux sur la photo (2011), La Part du feu (2013) et Portrait d’après blessure (2014), tous publiés chez Arléa. Eux sur la photo, son premier roman, s’est vendu à plus de 50000 exemplaires. Le livre a été traduit dans plusieurs langues dont l’anglais et l’italien. (Source : Éditions Arléa)

Site Internet de l’auteur
Page Wikipédia de l’auteur 
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Les vies multiples d’Amory Clay

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Les vies multiples d’Amory Clay
Willian Boyd
Editions du Seuil
Roman
Traduit de l’Anglais par Isabelle Perrin
528 p., 22,50 €
ISBN: 9782021244274
Paru en octobre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement au Royaume-Uni, à Londres et dans les faubourgs, «non loin de Claverleigh, dans l’East Sussex, entre Herstmonceux et Battle», à Hastings, Amberfield, Brighton, Hove ainsi qu’en Ecosse, à Edimbourg et environs et sur les Hébrides pour finir sur l’île de Barrandale. Les épisodes suivants des vies multiples d’Amory vont la mener à Berlin, au Costa-Rica, en France à Paris, en Provence, à l’ouest de Strasbourg ainsi qu’à Bordeaux et Biarritz. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, Amory retournera en Allemagne à Wesel, avant de passer par les Pays-Bas puis Bruxelles. Les Etats-Unis avec notamment New-York et la Californie, notamment au nord de Los Angeles, à Glenbrook, le Vietnam, sans oublier l’évocation de vacances à Rome.

Quand?
L’action se situe de 1908 à 1983, de la naissance à la mort d’Amory Clay.

Ce qu’en dit l’éditeur
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la très jeune Amory Clay se voit offrir par son oncle Greville un appareil photo et quelques conseils rudimentaires pour s’en servir. Elle ignore alors que c’est le déclencheur d’une passion qui façonnera irrévocablement sa vie future.
Un bref apprentissage dans un studio et des portraits de la bonne société laissent Amory sur sa faim. Sa quête de vie, d’amour et d’expression artistique l’emporte bientôt dans un parcours audacieux et trépidant, du Berlin interlope des années vingt au New York des années trente, de Londres secoué par les émeutes des Chemises noires à la France occupée et au théâtre des opérations militaires, où elle devient l’une des premières femmes photoreporters de guerre.
Sa soif d’expériences entraîne Amory vers d’autres conflits, des amants, un mari, des enfants, tandis qu’elle continue à poursuivre ses rêves, à combattre ses démons.
À travers le destin singulier et l’objectif téméraire d’une femme indépendante et généreuse, William Boyd nous promène au gré des événements les plus marquants de l’histoire contemporaine.
Une ode magnifique à la liberté des femmes !

Ce que j’en pense
****
Après avoir endossé les habits de James Bond, voici William Boyd ceux d’une femme photographe, Amory Clay. Si ce nom ne vous dit rien, c’est que le personnage est né de l’imagination du romancier, sorte de concentré de toutes ces femmes qui ont sillonné la planète avec leurs appareils et que l’auteur remercie à la fin de son récit. Pourtant on y croit de bout en bout, notamment parce que de nombreuses photos d’Amory Clay viennent témoigner des différents épisodes de sa vie. Cette dernière débute le 7 mars 1908 avec la naissance d’un garçon, du moins si l’on en croit les colonnes du Times. L’acte manqué du père – qui voulait un garçon plutôt qu’une fille – ne sera sans doute pas étranger au caractère intrépide d’Amory. Elle aura du reste besoin de tout son courage pour échapper à la mort quand son père, revenu très perturbé de la Grande Guerre, décide de foncer dans un lac au volant de sa voiture pour en finir. Amory parviendra non seulement à s’en tirer, mais sauvera aussi son père qui sera interné en asile psychiatrique.
Au moment de choisir son destin, la rescapée cherche un moyen d’échapper au pensionnat de jeunes filles et voit dans le Kodak Brownie n°2 qu’on lui offre le moyen de s’émanciper : elle sera photographe.
Ses premières expériences en tant qu’assistante de son oncle Greville qui photographie les personnalités lors de bals et réceptions, ont quelque chose de fascinant : « Je crois que tout le processus photographique me paraissait encore magique, à cette époque de ma vie : capturer une image sur la pellicule grâce à une brève exposition à la lumière, puis, par le truchement scientifique des produits chimiques et du papier, révéler une représentation monochrome de cet instant participait encore d’une alchimie ensorcelante. »
C’est cependant dans le Berlin des Années folles qu’elle va pouvoir expérimenter le « vrai » reportage. A l’aide d’un appareil camouflé dans un sac, elle photographie les cabarets et maisons de passe. L’exposition qui doit la faire connaître provoque un scandale. Elle doit détruire les clichés et payer une amende pour obscénité. Mais comme souvent cette publicité va lui permettre de rencontrer un Américain qui l’engage pour des photos de mode.
Elle s’ennuie toutefois à New York, même si elle passe d’un amant à l’autre, de son patron à un diplomate Français et décide de rentrer en Grande-Bretagne… où elle se fera tabasser par un groupe de Chemises Noires.
Femme volontaire face à la montée des périls, elle va tenter d’oublier son long séjour à l’hôpital en regagnant d’abord les Etats-Unis puis en étant envoyée spéciale en France et en Allemagne pour suivre la progression des alliés. Elle se rendra alors compte que la libération n’est pas seulement une fête. Sholto Farr qu’elle rencontre à ce moment et qu’elle épouse quelques jours après pourrait en témoigner, s’il ne noyait sa douloureuse expérience dans l’alcool.
Amory, devenue une Lady, met au monde des jumelles et passe quelques temps à materner, sans se rendre vraiment compte des drames qui couvent : «En devenant épouse et mère, j’avais perdu une partie de mon être, avec une grande maison à gérer. Amory Clay avait disparu, elle s’était évaporée. »
L’histoire aurait pu s’arrêter là, avec une nouvelle version de « grandeur et décadence». Ce serait faire peu de cas de la soif d’Amory qui décide de reprendre du service. En devenant une « vieille correspondante de guerre » au Vietnam, elle remplira à la fois une mission périlleuse, réalisera de superbes photos qui donneront un livre à succès et manquera d’y laisser la vie. Sans oublier les faux soldats australiens qu’elle n’aurait jamais dû voir et qui lui vaudront un retour précipité.
A Londres elle va constater que l’une de ses filles s’est envolée.
La voilà du coup repartie pour le désert californien. Elle y retrouvera son enfant au sein d’une communauté d’illuminés. Elle ne parviendra toutefois pas à la ramener avec elle.
Son journal de Barrandale, où elle a trouvé refuge, vient Donner tout au long du livre un éclairage plus vif sur certains épisodes, jusqu’aux ultimes moments dont on ne dira rien ici. Sauf que William Boyd démontre une fois de plus qu’il est un maître dans l’art de raconter les histoires et d’embobiner le lecteur. Qui en redemande !

Autres critiques
Babelio
Télérama
Libération
Les Echos
France Info  (Info culture – Thierry Fiorile)
Le Temps (Genève – André Clavel)
Le JDD (Bernard Pivot)
Blog Mots pour mots

Extrait
« Pendant la guerre, l’homme que nous avons vu le plus souvent et qui résidait parfois avec nous à Beckburrow était le frère cadet de ma mère, Greville, l’oncle Greville. Greville Reade- Hill, ancien opérateur de reconnaissance photographique dans le corps aérien de l’armée britannique, avait une aura de légende parce qu’il était sorti indemne de quatre accidents d’avion avant que le cinquième, finalement, lui casse la jambe droite en cinq endroits et qu’il soit démobilisé pour invalidité. Je le revois, en uniforme, arpenter Beckburrow en boitant. Puis il se métamorphosa en Greville Reade- Hill, photographe mondain. Il détestait cette étiquette, si appropriée fût- elle. « Je suis photographe- tout- court », protestait- il. Sans le savoir, Greville (je ne l’ai jamais appelé « mon oncle », il l’interdisait) décida du cours de ma vie quand il m’offrit un Kodak Brownie N° 2 pour mon septième anniversaire, en 1915. Voici ma
toute première photographie.
Greville Reade- Hill. Laissez- moi vous le camper, juste après la guerre, au moment où sa carrière commençait à décoller, de manière un peu poussive mais incontestable, comme un ballon à moitié rempli d’hydrogène. Un homme grand, aux épaules larges et au visage avenant, qui eût été vraiment beau n’était son nez un peu trop épais. Le nez Reade- Hill, pas le nez Clay (j’ai le nez Reade- Hill, moi aussi). Greville et moi avons toujours trouvé qu’un nez un peu trop proéminent peut vous donner un visage plus intéressant. Qui voudrait d’une beauté « conventionnelle » ? Pas moi, en tout cas, merci bien.
Je ne me rappelle pas grand- chose de cette première photographie, de ce premier clic mémorable de l’obturateur, le coup de pistolet qui donna le départ de la course du reste de ma vie. C’était à une fête d’anniversaire (celui de ma mère, je crois), à Beckburrow, au printemps 1915. » (p. 23-24)

A propos de l’auteur et de la traductrice
William Boyd, né à Accra (Ghana) en 1952, a étudié à Glasgow, Nice et Oxford, où il a également enseigné la littérature. Auteur réputé de fiction, d’essais et de théâtre, il est également scénariste et réalisateur. Avec Susan, sa femme, il partage son temps entre Londres et la Dordogne.
Isabelle Perrin, que tout destinait à une sage carrière universitaire, contracte le virus de la traduction littéraire auprès de sa mère Mimi. Les incurables duettistes cosigneront plus de trente traductions, dont tous les romans de John le Carré depuis La Maison Russie. (Source : Editions du Seuil)

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