Pleurer des rivières

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En deux mots:
Franck et Mériem forment un joli couple, mais ils ont de la peine à subvenir aux besoins de leurs sept enfants. Julien et Séverine forment aussi un joli couple, mais même leur fortune ne leur permet pas d’avoir un enfant. Le jour où Mériem tombe à nouveau enceinte s’esquisse une solution qui pourrait aider les deux couples…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La mère, l’enfant et la loi

En racontant l’histoire d’un couple de gitans qui échange son enfant contre un camion, Alain Jaspard relate bien plus qu’un fait divers. Il explore la famille, la filiation, les liens du sang et du cœur. Vertigineux!

C’est lors du pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer que Franck rencontre Mériem. Les deux adolescents découvrent l’amour à la plage, la force du désir et le plaisir sous les caresses du soleil, le chant des oiseaux et ceux de leur grande famille, celle des gitans rassemblés autour du feu au milieu des caravanes. Sans autre forme de procès, le jour de ses quinze ans Mériem épouse Franck, qui n’est guère plus âgé, dans une petite église de Marseille. Quelques semaines plus tard, elle met au monde son premier enfant.
Le jeune couple reprend la route et rejoint la banlieue parisienne où Franck travaille dans le bâtiment, se faisant embaucher sur les chantiers, même s’il préfère récupérer la ferraille avec ses amis. Ce n’est pas de tout repos, mais cela permet de nourrir la famille qui ne cesse de s’agrandir. Car si Franck est un chaud lapin, Mériem n’est pas en reste. N’ayant recours à aucun moyen de contraception et ne voulant pas entendre parler d’IVG, elle va mettre au monde sept enfants.
« Nourrir toutes ces bouches était devenu harassant, Franck s’épuisait au boulot, sans râler, du courage à revendre, quand fallait y aller il y allait, avec Sammy ou sans Sammy, le campement le trouvait aussi vaillant au plumard qu’au boulot, on le respectait. Quant à Mériem, elle se serait bien passée de toutes ces grossesses, ces vergetures, ces hanches en cruche, ce ventre flasque, mais elle aimait ses mômes, louve en furie pour qui lèverait une main sur eux… »
Aussi, et même si c’est à contrecœur, il accepte de suivre Sammy qui lui propose un «coup sûr», voler plusieurs tonnes de cuivre sous la forme de câbles servant à alimenter le plateau de tournage d’un film. L’opération va être un fiasco et ils vont se retrouver en prison.
C’est là que Franck va croiser la route de Julien, avocat commis d’office. Ce dernier va réussir à obtenir la relaxe de Franck et à faire condamner ses acolytes en sursis à des peines mineures. Leur relation pourrait s’arrêter là. Sauf que Séverine, l’épouse de Julien, n’arrive pas à avoir d’enfant. Ils ont pourtant tout essayé. Mériem, quant à elle, est plutôt gênée d’annoncer qu’elle est à nouveau enceinte…
Et si Mériem donnait son fils à Séverine, cela arrangerait tout le monde.
Alain Jaspard construit très subtilement son roman, faisant de cette proposition une sorte d’évidence qui va finir à s’imposer à tous. Séverine et Mériem se lient d’amitié, Julien ôtera une grande épine du pied à Franck en lui offrant un nouveau camion, le scénario de l’échange se construit un peu comme les livres pour enfants que dessine Séverine, avec l’idée de rendre sympathiques les animaux qui ne le sont pas à priori.
Mériem tente de cacher son ventre qui grossit tandis que Séverine fait grossir artificiellement le sien. Tous les protagonistes étant d’accord sur les termes de l’échange, il n’y a aucun souci à se faire. Sauf que…
L’épilogue de ce premier roman, qui ferait sans doute un excellent film, vous réserve encore quelques rebondissements. Mais il va surtout vous plonger dans des abîmes de réflexion sur ce qui fait une famille, combien sont intangibles les liens du sang ou encore sur le destin offert aux enfants «bien nés» par rapport à ceux dont les parents sont marginaux. L’auteur laisse à chacun d’entre nous la liberté de s’indigner ou de se féliciter. C’est aussi en cela qu’il est grand.

Pleurer des rivières
Alain Jaspard
Éditions Héloïse d’Ormesson
Roman
192 p., 17 €
EAN : 9782350874746
Paru le 23 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et dans la région parisienne, à Colombes, Bagneux, Argenteuil, Pontoise, Nanterre, Sainte-Geneviève-des-Bois, Fleury-Mérogis ou encore Montreuil. On y évoque aussi le sud de la France, d’Aix-en-Provence à Manosque, en passant par Quinson, Saint-Martin-de-Brômes ou Riez-la-Romaine ainsi que les Saintes-Maries-de-la-Mer et Marseille.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Enfreindre la loi peut se révéler fatal. Julien, brillant avocat, le sait mieux que personne. Pourtant, lorsqu’il parvient à obtenir la relaxe de son client, Franck, un Gitan d’Argenteuil, il n’imagine pas que leurs épouses respectives vont les entraîner dans une folle aventure. Pour les deux jeunes femmes, complices inattendues, une seule question se pose: quand on fait le bien, où est le mal?
Pleurer des rivières donne voix et chair à ceux que l’on n’entend plus, remisés à l’écart des consciences. Sans misérabilisme, ce roman rythmé, incisif, explore les clivages qui défigurent la société. Loin de s’engouffrer dans une dénonciation au vitriol, Alain Jaspard éclaire les multiples visages de la détresse et porte sur les êtres un regard plein d’indulgence.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Léopoldine Leblanc)
Actualitté (Clémence Holstein)
Page des libraires (Françoise Gaucher, Librairie Le coin des livres, Davézieux)
Blog Agoravox (Jean-François Chalot)


Héloïse d’Ormesson et Alain Jaspard présentent Pleurer des rivières © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Il la couvrait de baisers, arrachait son fichu, dénouait sa natte, une cascade de boucles fauves dégringolait en ribambelles sur son dos, le vent s’en mêlait, chaleureux. Il l’allongea sur un lit de sable et d’herbes du printemps, il releva sa longue jupe orangée, découvrit ses seins, deux minuscules tétons roses, son ventre, ses cuisses, c’était la première fois qu’il voyait tant de beauté. Elle souleva ses reins, il enleva sa culotte, parcourut de ses lèvres sa peau blanche, elle souriait, elle attendait. Quand il la pénétra avec une tendresse maladroite elle eut mal, elle poussa un cri. Il se figea mais ce fut elle qui appuya sur ses fesses pour qu’il continue son va-et-vient, petit à petit elle sentit son corps s’emplir de douceur, elle fut submergée, comme noyée de plaisir, son souffle se mua en gémissements. Il jouit vite, trop vite, dans un long râle. Pas elle.
Il se laissa rouler sur le dos, elle l’embrassa. Ils restèrent immobiles et muets un long moment, des bouffées de guitare parvenaient du campement, des oiseaux sifflaient dans le marais, le soleil se faufilait au travers du bouquet de tamaris faisant danser des taches claires sur leur peau. Elle toucha son sexe humide, visqueux, sa main était rouge de sang.
Toute sa vie elle s’en souviendrait: il ramassa sa culotte blanche et se dirigea vers le marais, elle le regardait marcher les fesses à l’air, elle riait. Il rinça sa bite dans l’eau saumâtre puis trempa la culotte, revint vers elle et s’en servant de linge lava son ventre, son cul, sa chatte. Et il lécha son ventre, salé, frais.
Ils rêvèrent un moment. Très loin, des Gitans venus d’Andalousie chantaient de courtes phrases musicales implorantes qu’ils appellent des saetas, flèches décochées vers une madone de plâtre peint surgie des flots de la Méditerranée – ce «chant profond» déchirant de mysticisme, mélange de cultures de réprouvés Berbères, Juifs, Nègres des négriers de Cadix, ravalés par la rapacité populaire au rang de nomades voleurs de poules et diseuses de bonne aventure, qui fit passer un tremblement de désir dans le dos de Mériem.
C’est elle qui recommença. Elle voulait connaître ce sexe dur de l’homme qui l’avait déflorée, elle se pencha sur lui, contempla cette drôle de chose toute molle, s’en amusa, la caressa, la prit dans sa bouche, l’amour ça s’apprend vite, la chose molle au goût salé devint vite très dure, elle rit encore, fière de son pouvoir. Il voulut voir son cul, elle se mit sur le ventre, il submergea cette croupe laiteuse de baisers, le cœur battant la chamade, il la prit comme ça, à quatre pattes, sa joue dans le sable, les mains crispées sur des touffes d’herbe, dans le tintamarre d’une multitude multicolore de colliers, de boucles, de bracelets de pacotille. Haletants, gémissants. Là elle jouit.
La fête dura deux semaines, le temps du pèlerinage. Chaque jour ils retrouvaient leur bouquet de tamaris, leur lit de sable, ils l’avaient attendri en le couvrant de brassées d’herbe sèche. C’était encore des enfants, leurs jouets c’était leur corps, leurs jeux étaient érotiques, il y avait le soleil, le marais, les oiseaux, les guitares, les chants. Ce serait les plus beaux jours de leur vie.
On les maria le jour de ses quinze ans, lui n’en avait guère plus, à la va-vite, dans une petite église de Marseille. Quelques semaines plus tard, elle mit au monde son premier enfant. »

Extrait
« Il y a au moins trois ou quatre mille euros à se faire.
Franck n’est pas chaud. Des petits larcins bien sûr, de temps en temps ça lui arrive, mais là, c’est trop gros, trop dangereux. C’est re-niet.
Le malheur avec Franck, c’est son sens de l’amitié, dire non à un pote, il a du mal. Il faut bien dire aussi qu’il n’a pas les moyens de faire travailler Sammy. Sammy qui a fini par dégotter un moteur pour le Mercedes, un bon moteur, une super affaire, chez un casseur sérieux de Vitry. Mais pas donné. Avec l’argent du cuivre, il pourrait se le payer et retourner à la ferraille.
Franck, tout ça, ça le perturbe, ça l’empêche de dormir, ça le tourneboule.
Sammy le sent bien, qui remet ça, un coup en or, aucun risque, pour venir en aide à un ami, un vrai pote.
Et c’est ainsi qu’un beau matin les voilà tapis sur une petite butte à surveiller à la jumelle un château où fourmillent des comédiens, des techniciens, par un beau soleil du printemps. »

À propos de l’auteur
Né en 1940, Alain Jaspard est réalisateur. Il a signé plusieurs adaptations de livres jeunesse en séries animées, notamment Tom-Tom et Nana de Jacqueline Cohen et Bernadette Després, Le Proverbe de Marcel Aymé, ainsi que Les Contes de la rue Broca de Pierre Gripari. Pleurer des rivières est son premier roman. (Source : Éditions Héloïse d’Ormesson)

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Circulus

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En deux mots:
Andronica accouche de deux garçons qu’elle n’a pas désiré. Elle décide de partir à la recherche de leur père afin que ce dernier reconnaisse sa progéniture. Au cours de son périple, elle va rencontrer la misère et la révolte, la poésie et la colère, l’espoir et la violence.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Une quête en reconnaissance de paternité

Le premier roman de Marie Rouzin est une longue mélopée, poétique autant que douloureuse, d’une mère violentée à la recherche du père de ses jumeaux.

Une longue errance, des endroits mystérieux, une violence latente et au milieu de ce chaos, des hommes et des femmes qui tentent de résister. Un combat qui semble pourtant perdu d’avance tant ils semblent broyés par un système qui a fait de la répression la première des règles.
Dans les premières pages de ce court roman, Marie Rouzin nous parle d’une vieille femme dont on va retrouver le cadavre. Une vieille qui s’était enfuie de la pension où elle séjournait pour tenter d’atteindre l’entrée des Enfers «pour y trouver son homme, mort l’année précédente». Elle nous parle aussi d’un homme qui voulait s’immoler par le feu. La poignée d’hommes et de femmes qui sont témoin de ces drames plient leurs tentes et prennent la route pour «éviter les emmerdes».
Parmi eux, une femme avec un ventre énorme. Andronica est sur le point d’accoucher. Elle parviendra à atteindre la roulotte de la vieille Sybille pour y mettre au monde deux garçons, Achille et Ido. Deux enfants nés d’un viol qu’elle prend avec elle pour les présenter à leur père : «Nous allons le trouver, ce fils de chien, qu’il approuve le nom de mes enfants et qu’il reconnaisse son acte. Ensuite je partirai et jamais plus il ne me verra, ni les enfants, qui ne seront jamais siens, parce que c’est avec violence qu’il les a mis dans mon ventre et cette violence lui enlève à jamais le droit à la douceur d’avoir des enfants.»
Accompagnée dans son périple périlleux et hasardeux par la narratrice, Andronica va croiser des hommes résignés et harassés, mais aussi des hommes en colère. Sur le chantier où elle espère trouver le père de ses enfants les cadences infernales, l’organisation du travail, la hiérarchie et les risques permanents ne sont plus acceptés sans rechigner. Le vent de la révolte se lève…
Avec des phrases courtes qui résonnent comme des incantations, Marie Rouzin fait se rejoindre le combat d’Andronica et celui des ouvriers dans un creuset incandescent. Parviendront-ils chacun à leurs fins? C’est ce suspense qui tiendra le lecteur en haleine jusqu’à la fin du livre.

Circulus
Marie Rouzin
Serge Safran éditeur
Roman
224 p., 17,90 €
EAN : 9791097594183
Paru le 13 septembre 2018

Où?
Le roman se déroule dans un endroit qui n’est pas spécifié.

Quand?
L’action n’est pas située dans le temps, sinon l’époque contemporaine.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans les bois, à la périphérie d’une très grande ville, une jeune femme solitaire rencontre une future mère, Andronica. Elle l’accompagne dans une roulotte pour assister à son accouchement. Naissent deux garçons, fruits d’une grossesse non désirée. Commence alors un long voyage pour ces deux femmes, bientôt rejointes par d’autres, pour retrouver le père. Avec la volonté farouche de les lui faire reconnaître.
Ce voyage initiatique est riche de rencontres: une veuve vendeuse de beignets, une femme éperdue de colère, deux frères prêts à élever les enfants, des ouvriers sur un chantier, une troupe de cirque.
Violence et difficulté d’exister prédominent dans cette quête non sans le lyrisme d’une parole quasi incantatoire.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com

Les premières pages du livre
« Un soir, cachée dans l’obscurité d’un bois, perdue et sans attache, sans recherche, (avais-je même un corps?) j’ai entendu des voix qui s’éparpillaient au milieu des feuillages.
Elles m’ont sortie du demi-sommeil où ma vie somnolait, ces voix, et m’ont embarquée dans un mouvement qui me dépasse et dont j’ignore la cause.
Ce que je vais te dire, maintenant, ce que j’ai vu alors, lorsque je suis sortie de ma nuit et que j’ai fait un pas à travers les branchages, lorsque les mots que j’avais perçus sont devenus des voix, c’est cela.
Ne vous rongez pas, les hommes, ne soyez pas mortifiés comme vous l’êtes, à vous bouffer la barbe et à vous tordre les doigts ! La voilà morte, c’est vrai, mais il n’y a plus rien à faire, rien de rien.
C’était une femme assise par terre, près d’un feu, qui parlait.
Un homme à la barbe et aux yeux noirs, assis en face d’elle, a répondu :
Nous, nous, on ne va pas crever ici comme des chiens, on a droit à la terre, et à un lit, à quelque chose de digne, on a le droit de ne pas crever comme ça !
Ses mots sortaient de sa bouche comme des crachats, ses yeux allaient furieusement du feu à une boîte en bois, dans laquelle était assis le corps d’une très vieille femme.
Il a continué: Le feu je l’ai le feu, et pas seulement devant ma putain de tente, le feu je l’ai partout et il va falloir qu’il se passe quelque chose avant que je me transforme en torche vivante!
Il s’est mis à taper la cendre avec sa chaussure. Les toutes petites braises se sont éteintes sous les coups de semelle, étouffées.
Calme, calme, a dit un autre homme que je ne voyais pas, tu te ferais brûler que personne ne ferait attention, il faut déjà trouver l’endroit, là où il peut y avoir de l’émotion, où on va te regarder, sinon, à quoi ça sert.
Mais non, a répliqué le premier, je ne te parle pas d’un spectacle, là, je te dis, je te dis que je veux retourner les choses, que le feu qui est à l’intérieur il va sortir et que le silence à l’extérieur il va rentrer. Moi je serai tout calme dedans et ça me fera du bien, et vous vous occuperez des flammes, des cris et de l’odeur. C’est comme ça que ça va finir, comme dans un grand banquet.
L’homme s’était mis debout, les bras levés vers le ciel comme dans un rituel païen. Sa bouche s’était tordue, je n’arrivais pas à savoir si c’était à cause de l’effort ou d’une douleur, ou d’une difficulté à dire cc qu’allait être sa mort dans les flammes.
Puis il s’est assis de nouveau, à côté du cadavre de la vieille, qu’il a regardé avec mépris. Elle était toute recroquevillée autour de ses mains qui se serraient encore très fort. Elle était morte devant le feu, assise, coincée dans sa caisse de bois qui lui servait de fauteuil, et les deux hommes et la femme la laissaient là, comme une statue érigée au milieu du bois, tandis qu’ils prenaient le café autour du feu, en attendant de décider quelque chose.
Je me suis approchée, mais personne n’a semblé me voir.
Quand même, a dit la fille, elle n’est pas morte comme un chien, cette vieille, elle est morte assise, habillée, toute propre, ce n’est pas rien non plus.
Oui mais les hommes, ils ne meurent pas comme ça, dans un bois au bord de la ville, a répondu l’autre. Ils meurent chez eux, ou à l’hôpital, pas après avoir passé des semaines à dormir dehors. Cette vieille, a demandé la fille, ce n’est pas celle qui s’est enfuie de la maison de retraite? »

Extrait
« Par les ombres je vous maudis, disait-elle. Tous ceux qui entrez et sortez ainsi de sous la terre. Hommes étranges. Étrangers. Et les autres aussi. Ceux que j’ai connus là-bas d’où j’arrive. Hommes de guerre. Hommes de pouvoir. Gardiens, douaniers, militaires, policiers, officiers je vous maudis tous. Hommes des camps où la violence est le seul langage. Hommes de la grande prison de mon pays. Hommes du désert violent au-delà de toute mesure. Vous, les hommes, tous les hommes, je vous maudis. J’ai traversé les déserts, et la mer, et des routes, encore et encore, et j’ai trouvé ici une terre plus dure encore. Liberté je te maudis. Et vous, les oiseaux, qui m’avez accompagnée, pourquoi ne m’avez-vous rien dit, je vous maudis. »

À propos de l’auteur
Marie Rouzin est né en 1978 à Bayeux. Après un passage dans l’administration culturelle, elle se dirige vers l’enseignement. Elle vit aujourd’hui à Mantes-la-Jolie où elle est professeur de lettres modernes. Circulus est son premier roman. (Source: Serge Safran éditeur)

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K.O.

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En deux mots:
Sitam n’a pas été gâté par la vie. Pauvre et malade, il essaie de s’accrocher au monde par la musique et la littérature. Avec la môme Capu l’espoir renaît, son nouvel amour, il va tenter de se construire un avenir loin de Paris et son lourd climat. Un premier roman au ton très original, au style inimitable.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Voyage au bout de l’écrit

Hector Mathis. Retenez bien ce nom qui pourrait se révéler comme l’une des révélations de cette rentrée. Sur les pas d’un vagabond, il nous entraîne dans une odyssée dramatique et somptueuse.

Ce qui frappe d’abord à la découverte de ce premier roman, c’est le style, entre gouaille populaire et langue parlée, entre slam et néo-classique. Pour le coup, les libraires œuvrant pour le magazine PAGE m’ont sans doute pas beaucoup débattu avant de sélectionner ce livre pour leur Prix du style qui sera remis le 20 novembre prochain.
Hector Mathis choisit de nous entraîner sur les pas de Sitam, un jeune SDF, à qui il confie le soin de nous livrer sa vision du monde qui, on l’imagine, est loin d’être joyeuse. Aux côtés d’Archibald, toute sa fortune peut se résumer en quelques « conserves poussiéreuses, une bouilloire cabossée, une casserole et un réchaud. À peine de quoi entretenir un mourant. »
Cependant, si ce nouveau Boudu n’est pas sauvé des eaux, il va aussi avoir droit à une rencontre déterminante pour son avenir, celle de la môme Capu avec laquelle il voit pouvoir regarder le ciel virer du gris au rose, partager son amour du jazz et de la littérature…
Mais le bonheur n’est que de courte durée, car un sombre climat s’installe dans la ville. « Voilà que la terreur débarquait au coin de la rue. Que tout son jus se déversait en flots ininterrompus dans les artères de l’arrondissement. Le compteur à cadavres s’affolait de plus en plus. Les chiffres grimpaient sur l’écran. L’anéantissement trouvait sa jauge. Sa ligne graphique. Et nous étions aux premières loges. « Ça me débecte tout ça ! que je lui ai d’abord dit à la môme Capu. Tout est tellement dégueulasse que j’arrive plus à penser. Elle a qu’une envie l’humanité, retourner dans la boucherie. Maintenant qu’elle a bien dansé, elle veut s’amuser comme les parents. De la chair, des nouvelles recettes, saignantes, à point, crues de chez crues ! » Et si l’on tient un peu à la vie, la meilleure des choses est de fuir ce chaos pour essayer de reconstruire quelque chose et oublier les chocs, les traumatismes passés.
Pour Sitam, le voyage vers les Pays-Bas est aussi un retour aux sources. Dans son pays natal, il trouve assez vite un emploi dans un restaurant et de nouvelles perspectives aux côtés de son collègue et ami Benji, amoureux transi de la patronne. Mais une fois encore, dès que le ciel se dégage un nouveau coup de tonnerre vient mettre à néant les efforts consentis. Un coup de tonnerre au goût de sang. « Moi, je me disais juste que la patronne c’était une dégueulasse, qu’elle avait eu ce qu’elle voulait, du drame jusque dans la vie des autres et que comme ça elle était bien heureuse, parce que la mort maintenant c’était pour tout le monde et pas que pour elle… »
On the road again…
Reparti sur les routes pour se sauver de la mort, notre « héros » aussi tenter de se construire un avenir en alignant les mots et les phrases sur le papier, à essayer de transcender son voyage au bout de la nuit : « Je traquais mon roman, ma musique, partout, à travers les routes, dans la grisâtre, seul, avec Benji, sans lui. J’en avais trop. Fallait que j’écrive ! Que je m’y risque ! À jouer un air désagréable pour l’époque. À enfoncer la vingtaine ! À retenter l’enfance, cette infidèle. Ce corbillard d’imaginaire ! Fallait bien de la discipline pour préparer l’encéphale à fabriquer de la chair d’inconnu, des châteaux de boue, des viandes de chimères. »
Entre Céline et le Mars de Fritz Zorn, notamment pour la maladie qui ronge lentement Sita, Hector Mathis a su trouver sa propre voix. Une voix que nous ne sommes pas près d’oublier !

K.O.
Hector Mathis
Éditions Buchet-Chastel
Roman
202 p., 15 €
EAN : 9782283031483
Paru le 16 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris puis en banlieue avant un séjour aux Pays-Bas, à Amsterdam.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…
Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C’est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe et la précarité…
Nerveux, incisif, musical, K.O. est un incroyable voyage au bout de la nuit. Ce premier roman, né d’un sentiment d’urgence radical, traite de thèmes tels que la poésie, la maladie, la mort, l’amitié et l’errance. Il s’y côtoie garçons de café, musiciens sans abris et imprimeurs oulipiens. Splendide et fantastique, enfin, y règne le chaos.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Livres Hebdo
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)


Hector Mathis présente K.O. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Me voilà bien seul, maintenant. Ici le froid dévore tout. Le vent flotte et la lumière s’épuise. Drôle de rempart au désenchantement, le domaine. Peut-il encore lutter ? Avec ses illusions, ses écorces qui se mêlent à la rouille pour faire juter l’imagination. J’aperçois le château au loin, taillé dans la colline, solide, attirant. Pas à pas je m’éloigne du chemin de terre sans le quitter des yeux. Je m’abandonne aux rêvasseries. Je pense à la musique, à la littérature, je n’ai plus que ça dans l’estomac. J’agite une pensée de fortune. Ça sera de plus en plus difficile pour ceux qui voudront se mettre à écrire. Ils se préparent une marelle sur des cendres. Écrire ou baver ! Même pas terminé le premier que je voudrais en entamer d’autres, des bouquins. Affamé que je suis. L’air du château me donne envie d’avaler les pages. Me goinfrer jusqu’à la nausée. Bouffées délirantes. Même malade, un œil sur le carreau, le reste qui menace de foutre le camp, j’en veux encore des paragraphes, caractère cinq, illisibles, à tout remplir, de mauvaise foi, de féeries puis de goudron fumant ! Du mot qui s’étale partout, qui grignote les pavés, les couvertures. Du mot qui coule, qui gueule, qui jouit jusqu’à la douleur. À tordre la fiction jusqu’au monde. Démence ! Les châteaux ça me dérègle complètement. Faut dire que celui-là c’est un surprenant. Dressé dans la nuit comme un pachyderme lithique. Ce que je suis bien, de l’autre côté du miroir… Dommage que je ne puisse pas dormir au château. Peu importe. Aux bordures du petit bois existe une cabane avec de quoi passer la nuit. Il s’y trouve des couvertures, un vieux matelas, et même une petite cheminée bricolée par le garde-chasse. Le tout est poussiéreux, humide mais habitable. Ici les autres n’auront jamais idée de chercher. Leur territoire s’étend jusqu’au moderne, jamais au-delà. Le fantastique leur est étranger. Je vérifie rapidement dans mes poches que j’ai bien la petite boîte. Je ne m’en sépare plus. C’est une petite boîte dont je dépends entièrement. La voilà, bien au fond de ma doublure. Je poursuis alors ma route. En m’approchant de la cabane j’entends grommeler. Une voix étonnamment placée. Tantôt fragile, puis volontaire, déterminée et à nouveau tremblante. Je recule de quelques pas pour mieux distinguer la petite cheminée. De la fumée s’en échappe. Ce n’est sûrement pas le garde-chasse, il joue aux cartes à cette heure-là. Ça fait bien longtemps qu’il ne s’aventure plus jusqu’à la cabane le soir, il n’a plus l’âge des marches nocturnes. Je tends l’oreille. Ça remue, ça grogne, ça tousse à l’intérieur. Ça glaviotte en claudiquant. Attention ! La nuit on croise d’étonnantes créatures. Des monstres hallucinés, bouffis de chagrin ou bien de colère. On n’est jamais assez méfiant avec eux. Même blessés ils restent tout entiers disposés au drame. Silence. Plus rien ne semble s’agiter. J’attends. J’ai peut-être affaire à un attentif. Toujours rien. Ah ! Voilà que j’entends vibrer quelques notes. Un souffle brut qui fait comme une mélodie. Ça ressemble à de la trompette. Ou bien du cornet. Non, c’est plus enroué, plus plaintif. C’est un saxophone, aucun doute. Quelqu’un joue, s’arrête, reprend du début, encore, et s’interrompt pour tousser, avant de recommencer. »

Extraits
« La modernité, quoi ! Les boiteux fascinent les rassasiés parce que ça fait bien de clamer que la vérité se trouve dans la misère, ça fait mieux, ça fait humble. Des croque-poussière il n’y en a bien sûr plus tellement, ils seront bientôt bourgeois comme les autres, grâce à la fin du langage. Les images sont beaucoup plus parlantes, immédiates, pathétiques, catégoriques. Supprimée la nuance ! À feu doux la littérature. Tout doucement carbonisée. Substituée par le discours intérieur, le livre qui ne dit plus rien, ni du monde ni de l’époque. Assis sur la seule chaise d’Archibald, j’observe la pièce. Des conserves poussiéreuses, une bouilloire cabossée, une casserole et un réchaud. À peine de quoi entretenir un mourant. »

« Voilà que la terreur débarquait au coin de la rue. Que tout son jus se déversait en flots ininterrompus dans les artères de l’arrondissement. Le compteur à cadavres s’affolait de plus en plus. Les chiffres grimpaient sur l’écran. L’anéantissement trouvait sa jauge. Sa ligne graphique. Et nous étions aux premières loges. « Ça me débecte tout ça ! que je lui ai d’abord dit à la môme Capu. Tout est tellement dégueulasse que j’arrive plus à penser. Elle a qu’une envie l’humanité, retourner dans la boucherie. Maintenant qu’elle a bien dansé, elle veut s’amuser comme les parents. De la chair, des nouvelles recettes, saignantes, à point, crues de chez crues ! Éteins ça Capu, c’est à se foutre en l’air ! » La télévision se reprenait au jeu du direct. »

« Ça n’avait rien d’un roman, ça relevait plus du soliloque. Je m’en étais fait une idée de mon écriture! Une idée qui avait pris trop de place dans mon imagination. Me sauver de la mort avec ce pauvre torchon que je baladais dans un sac plastique ! Quel fou j’étais devenu. Je ne savais pas tenir une narration plus de deux pages. Je philosophais comme une espadrille et je voulais devenir romain ! Repeindre le ciel ce n’était pas pour moi. La musique c’était pour les autres. Les types du conservatoire. Moi je poussais la chansonnette, à peine. Je fredonnais. « C’est moi l’imposture. » »

À propos de l’auteur
Né en 1993, Hector Mathis grandit aux environs de Paris entre la littérature et les copains de banlieue. Ecrivant sans cesse, s’orientant d’abord vers la chanson, il finit par se consacrer pleinement au roman. Frappé par la maladie à l’âge de vingt-deux ans, il jette aujourd’hui l’ensemble de ses forces dans l’écriture. (Source : Éditions Buchet-Chastel)

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Entrez dans la danse

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En deux mots:
À Strasbourg en juillet 1518 se produit un événement aussi bizarre qu’inexpliqué: des centaines de personnes se mettent à danser jusqu’à l’épuisement et la mort… Jean Teulé nous raconte cet épisode avec sa truculence habituelle.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Une technoparade au Moyen-Âge

Jean Teulé n’a pas son pareil pour dénicher dans l’Histoire des faits divers oubliés et nous les resservir agrémentés d’un style enlevé. Cette fois il fait halte à Strasbourg en 1518.

La genèse d’un roman est souvent mystérieuse, mais cette fois on pourrait presque parler d’une œuvre de commande. Comme l’a confié Jean Teulé à Jean-Luc Fournier qui dirige la revue Or Norme, tout à commencé dans le train qui emmène les auteurs à la Foire du livre de Brive: «en novembre 2016, c’est Julien Bisson, qui fut longtemps le rédacteur en chef du magazine Lire et qui, aujourd’hui, dirige la rédaction de l’hebdomadaire Le 1, qui me parle pour la première fois de cette épidémie de danse qui s’est emparée de nombre d’habitants de Strasbourg, une danse folle qui a provoqué par épuisement ou autre des dizaines de décès. Il venait d’en entendre parler à la radio et s’était dit que ça pourrait bien être le sujet d’un roman pour moi (…) le soir même, dans ma chambre d’hôtel, j’étais sur internet. Juste pour me rendre compte que je tenais effectivement là un bon sujet de roman… »
Il aura fallu de nombreux voyages dans la capitale alsacienne et l’accumulation d’une solide documentation avant que l’auteur de Charly 9, Fleur de Tonnerre et Héloïse ouille! ne nous livre sa version de ce mystère resté inexpliqué. Frédéric Aribit a exploré un effet similaire dans Le Mal der Ardents. Mais dans son roman l’origine du mal, l’ergot de seigle, était identifiée. Cette fois-ci, on ne tarde pas à attribuer l’hystérie collective qui s’empare de la population à des forces démoniaques. Pour les autorités religieuses ces danseurs arrivent presque comme pain bénit, car même au pied de la cathédrale on ressent comme un trouble. Sébastien Brant avec La Nef des fous et davantage encore un certain Martin Luther remettent en cause le dogme. Sans oublier l’Ammeister, le maire qui cherche à prendre seul le pouvoir et à éloigner ce gêneur.
Mais dans ce cas précis, il est bien obligé de recourir à ce rival, car toutes ses tentatives de remettre de l’ordre sur les bords de l’Ill vont se solder par un échec. Ni les grands esprits, ni les forces de l’ordre ne peuvent maîtriser la transe infernale. La technoparade moyen-âgeuse se poursuit de plus belle.
Après les calamités naturelles, le grand froid et les inondations, les épidémies et les maladies alors incurables comme le choléra, la peste ou encore la syphilis, les menaces extérieures avec cette armée turque qui s’avance, il est incapable de réguler ces mouvements d’une population d’autant plus déboussolée qu’elle est affamée. Enneline, l’une des personnages au centre du récit, vient du reste de jeter son enfant dans la rivière, car elle n’a plus de lait. « On n’aurait pas pu le nourrir. Et puis c’est mieux que de l’avoir mangé comme d’autres le font. » explique son mari graveur, qui sera un précieux témoin de ce dérèglement, puisqu’il pourra laisser des œuvres qui permettront d’assurer une postérité à l’épidémie dansante de 1518. 

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Gravure de Michael Wolgemut – Danse macabre

Au-delà de cet épisode dramatique, qui coûtera la vie à des dizaines de personnes, c’est bien entendu la truculence de l’auteur ainsi que les anachronismes dont il parsème le récit qui donnent ce goût inimitable au roman. En refermant le livre, on se dit qu’un tel professeur d’histoire aurait réveillé des collégiens prompts à la paresse. Qu’un peu de burlesque les aurait non seulement amusés, mais aussi instruits. N’hésitez pas à suivre le conseil de Jean Teulé et entrez dans la danse à votre tour!

Entrez dans la danse
Jean Teulé
Éditions Julliard
Roman
160 p., 18,50 €
EAN : 9782260030119
Paru en février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Strasbourg et dans les environs, notamment sur les pentes du Mont Saint-Odile.

Quand?
L’action se situe en juillet 1518 et se poursuivre durant les semaines qui suivent.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une étrange épidémie a eu lieu dernièrement
Et s’est répandue dans Strasbourg
De telle sorte que, dans leur folie,
Beaucoup se mirent à danser
Et ne cessèrent jour et nuit, pendant deux mois
Sans interruption,
Jusqu’à tomber inconscients.
Beaucoup sont morts.
Chronique alsacienne, 1519

Les critiques
Babelio 
Le Parisien (Pierre Vavasseur)
20 minutes (2 minutes pour choisir)
RTS – émission Versus-lire
Blog Or Norme (Jean-Luc Fournier)
Blog Sur la route de Jostein 
Blog Parfums de livres
Blog Les chroniques de Koryfée


Jean Teulé présente Entrez dans la danse dans l’émission La Grande librairie de François Busnel © Production France 5

Les premières pages du livre 

À propos de l’auteur
Jean Teulé est l’auteur d’une quinzaine de romans, tous publiés chez Julliard, parmi lesquels, Je, François Villon (prix du récit biographique) ; Le Magasin des suicides (traduit en dix-neuf langues), adapté en 2012 par Patrice Leconte ; Darling, également porté sur les écrans avec Marina Foïs et Guillaume Canet ; Mangez-le si vous voulez et Charly 9, tous deux adaptés au théâtre ; Les lois de la gravité, déjà adapté au cinéma en 2013 sous le titre Arrêtez-moi!, et joué au Théâtre Hébertot ; Le Montespan (prix Maison de la presse et grand prix Palatine du roman historique), également en cours d’adaptation cinématographique ; Fleur de tonnerre, adapté par Stéphanie Pillonca Kervern, sorti en salles en 2016. (Source : Éditions Julliard)

Site Wikipédia de l’auteur

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Bakhita

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Voici cinq bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que Véronique Olmi est l’une de nos meilleures prosatrices, ayant publié une douzaine de romans, deux recueils de nouvelles et neuf pièces de théâtre et que son précédent roman, J’aimais mieux quand c’était toi (disponible en livre de poche) m’a beaucoup plu.

2. Parce que la genèse de Bakhita est déjà très romanesque. Comme l’a raconté Véronique Olmi à Pascale Frey, elle a découvert Bakhita par hasard, « alors que je visitais une église en Touraine. Il y avait son portrait. J’ai été happée par ce visage et, une fois rentrée chez moi, je l’ai vulgairement “googlelisée”. Il n’existait rien sur elle, à l’exception d’un ouvrage ancien et officiel, “Storia meravigliosa”. J’étais en train de travailler sur un prochain roman, j’ai tout jeté, et filé en Italie. »

3. Parce que ce roman est basé sur une histoire vraie est le fruit d’une belle enquête. Il nous propose un voyage à la fin du XIXe siècle au Darfour, sur les pas d’une fille arrachée à sa famille à l’âge de 7 ans pour devenir esclave. De propriétaire en propriétaire, elle va passer du consul d’Italie à un couple de Vénitiens avant d’être affranchie et de devenir religieuse. Elle sera finalement canonisée par Jean-Paul II.

4. Pour ce message de l’auteur, pioché dans un entretien accordé à Paris Match: « Ce livre a mis ma vie entre parenthèses pendant deux ans. J’ai été passionnée par Bakhita, je me relevais la nuit pour écrire. Mais je ne voudrais pas recommencer ce parcours. J’espère que mon roman amènera à des réflexions sur le racisme et les différences. Qu’on soit davantage dans le silence et moins dans le jugement. »

5. Parce que l’une de mes romancières préférées, Karine Tuil, est enthousiaste : « Un roman profond et émouvant qui s’annonce déjà comme l’un des textes phares de la rentrée. »

Bakhita
Véronique Olmi
Éditions Albin Michel
Roman
464 p., 22,90 €
EAN: 9782226393227
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion.
Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.
Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte.
Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée.

Les critiques
Babelio 
Paris Match (Valérie Trierweiler)
Le Temps (Lisbeth Koutchoumoff)
Pélerin.com (Muriel Fauriat, entretien avec l’auteur)
Blog Pretty Books
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Une souris et des livres 


Véronique Olmi présente Bakhita lors de la présentation de la rentrée littéraire © Éditions Albin Michel.

Véronique Olmi évoque son roman Bakhita © Europe 1

Les premières pages du livre
« Elle ne sait pas comment elle s’appelle. Elle ne sait pas en quelle langue sont ses rêves. Elle se souvient de mots en arabe, en turc, en italien, et elle parle quelques dialectes. Plusieurs viennent du Soudan et un autre, de Vénétie. Les gens disent : « un mélange ».. Elle parle un mélange et on la comprend mal. On doit tout redire avec d’autres mots. Qu’elle ne connaît pas. Elle lit avec une lenteur passionnée l’italien et elle signe d’une écriture tremblante, presque enfantine. Elle connaît trois prières en latin. Des chants religieux qu’elle chante d’une voix basse et forte.
On lui a demandé souvent de raconter sa vie, et elle l’a racontée encore et encore, depuis le début. C’est le début qui les intéressait, si terrible. Avec son mélange, elle leur a raconté, et c’est comme ça que sa mémoire est revenue. En disant, dans l’ordre chronologique, ce qui était si lointain et si douloureux. Storia meravigliosa. C’est le titre de la brochure sur sa vie. Un feuilleton dans le journal, et plus tard, un livre. Elle ne l’a jamais lue. Sa vie, à eux racontée. Elle en a été fière et honteuse. Elle a craint les réactions et elle a aimé qu’on l’aime, pour cette histoire, avec ce qu’elle a osé et ce qu’elle a tu, qu’ils n’auraient pas voulu entendre, qu’ils n’auraient pas compris, et qu’elle n’a de toute façon jamais dit à personne. Une histoire merveilleuse. Pour ce récit, sa mémoire est revenue. Mais son nom, elle ne l’a jamais retrouvé. Elle n’a jamais su comment elle s’appelait. Mais le plus important n’est pas là. Car qui elle était, enfant, quand elle portait le nom donné par son père, elle ne l’a pas oublié. Elle garde en elle, comme un hommage à l’enfance, la petite qu’elle fut. Cette enfant qui aurait dû mourir dans l’esclavage a survécu, cette enfant était et reste ce que personne n’a jamais réussi à lui prendre »

Extrait
« Ils avancent dans le bruit lourd des chaînes. Ils se traînent, frappent la terre de leur malheur. c’est le bruit du fer qui claque et gémit dans le vent. La longue file des épuisés et des mourants. Leurs grimaces de douleur et leurs lèvres brûlées. Leurs yeux aveugles. Leur peau déchirée. Et on dirait que ce n’est pas une caravane qui passe, mais une seule personne, une seule douleur qui pose son pas sur la plaine et l’écrase. »

À propos de l’auteur
Comédienne, romancière et dramaturge, Véronique Olmi a publié une douzaine de romans, deux recueils de nouvelles et neuf pièces de théâtre. Ses trois derniers romans et deux pièces de théâtre sont parus chez Albin Michel: Nous étions faits pour être heureux (2012), La nuit en vérité (2013), Une séparation (2014), J’aimais mieux quand c’était toi (2015) et Un autre que moi (2016). (Source : Éditions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur 
Compte Twitter de l’auteur

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Les parapluies d’Erik Satie

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En deux mots
Plus qu’un portrait du compositeur Erik Satie, c’est à une plongée dans les arcanes de la création que nous convie Stéphanie Kalfon dans ce premier roman sensible et érudit. Avec cette belle question en filigrane… L’œuvre du musicien serait-elle différente si sa vie avait été plus heureuse ?

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Les parapluies d’Erik Satie
Stéphanie Kalfon
Éditions Joëlle Losfeld
Roman
216 p., 18 €
EAN : 9782072706349
Paru en janvier 2017
Sélectionné pour le Prix de la Closerie des Lilas qui sera remis le 17 avril 2017.

Où?
Le roman se déroule à Paris, à Arcueil, à Honfleur.

Quand?
L’action se situe au tournant du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
En 1901, Erik Satie a trente-quatre ans. Sans ressources et sans avenir professionnel, il délaisse Montmartre et l’auberge du Chat Noir pour une chambre de banlieue sordide où, coincé entre deux pianos désaccordés et quatorze parapluies identiques, il boit autant, ou plus, qu’il compose. Observateur critique de ses contemporains, l’homme dépeint par Stéphanie Kalfon est aussi un créateur brillant et fantaisiste : il condamne l’absence d’originalité de la société musicale de l’époque, et son refus des règles lui vaut l’incompréhension et le rejet de ses professeurs au Conservatoire.

Ce que j’en pense
« On n’envie jamais les gens tristes. On les remarque. On s’assied loin, ravis de mesurer les kilomètres d’immunité qui nous tiennent à l’abri les uns des autres. » Dès ces premières lignes, on comprend que Stéphanie Kalfon ne va pas se contenter de retracer la vie d’Erik Satie, mais dépeindre une atmosphère, un cheminement, tenter d’expliquer le mystère qui entoure encore aujourd’hui ce compositeur et pianiste à nul autre pareil.
Pour cela, elle va faire fi de la chronologie, commencer par nous présenter «le petit homme hors norme» en mai 1901, alors qu’il a 35 ans, qu’il chemine à pied de Paris à Arcueil parce qu’il n’a pas les moyens de faire autrement pour regagner cette chambre de la rue Cauchy où règne un chaos indescriptible, entre deux pianos qui ne sont plus en état de marche et… quatorze parapluies. Arcueil rime avec cercueil.
Il se retrouve dans la misère après avoir perdu les siens, s’être fâché avec le tout-Paris de la musique, délaissé ses amis et Montmartre où il avait pu, sous l’aile protectrice de Rodolphe Salis, le patron du Chat noir, exercer son métier de gymnopédiste.
Car « depuis toujours il promène sa partition interne hors des musiques à la mode. Taillé pour l’exil, lui se fiche pas mal des « Périmés » et de l’Académie. Ses contemporains se sont embarqués sur un vieux bateau « modern style » et prennent l’eau jusqu’au bout des mâts. Son embarcation à lui, c’est le bout de ses mains. Tout ce qu’elles peuvent dire sans un mot, à leur façon. D’une manière si inimitable qu’elle retient l’oreille de l’Assemblée, elle étonne. »
Au fil de courts chapitres, il sera alors temps de remonter le temps, celui de l’enfance et déjà, de la mort qui rôde. À six ans, sa mère meurt. Avec son frère Conrad il retourne à Honfleur chez ses grands-parents. Mais sa grand-mère meurt est retrouvée à son tout morte sur la plage. Voilà les deux frères de retour à Paris. Erik y apprend le piano, entre au Conservatoire, mais ne tarde pas à refuser des règles qu’il juge désuètes. Il est renvoyé et, aussi curieux que cela puisse paraître, décide alors d’intégrer un régiment d’infanterie.
Bien entendu, il va vite constater que l’armée n’est pas faite pour lui et se fait réformer en se promenant poitrine nue dans le froid hivernal. Suivront les années montmartroises et la rencontre avec les poètes, les peintres, les musiciens parmi lesquels Claude Debussy tiendra sans doute un rôle majeur, entre fascination et rivalité. Non décidément, il reste en perpétuel décalage dans un monde qui est pourtant en train d’entrer dans la modernité. Après l’exposition universelle, le XXe siècle apparaît, celui du jazz et du coca-cola. Celui des gymnopédies et celui des trois morceaux en forme de poire aussi. Car le génie de Satie ne sera vraiment reconnu qu’après sa mort.
En lisant Stéphanie Kalfon, comment ne pas vous suggérer d’écouter en fond sonore cette musique si originale ? En (re)découvrant l’homme, vous (re)découvrez ainsi les principales œuvres d’Erik Satie. Vous verrez alors que le petit homme seul méritait cet hommage sensible, baigné de mélancolie.

68 premières fois
L’insatiable, le blog de Charlotte Milandri
Le Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog Mes écrits d’un jour 
Site Facebook de Cécile Rol-Tanguy 

Autres critiques
Babelio
France Culture (Les Émois – François Angelier)
Classiquenews.com
Fragments de lecture Les chroniques littéraires de Virginie Neufville

Les premières pages du livre

Extrait
«Satie fut méconnu. Insaisissable. Incompris. Peuplé d’une vie secrète dans laquelle peut-être, possible oui, possible, il aura mis le meilleur de lui-même. Or la société a besoin de cohérence. Erik Satie était un compagnon d’errance. Un rébus. L’homme qui possédait deux pianos et qui, pourrait-on dire au vu de la taille de sa chambre, vivait chez eux. Et puis surtout cette énigme : il fut l’homme aux quatorze parapluies noirs identiques.» (p. 25-26)

A propos de l’auteur
Titulaire d’une maitrise de philosophie à la Sorbonne et d’un DESS de Mise en Scène de l’Université de Nanterre Paris X (2005), Stéphanie Kalfon approfondit sa formation par des stages de dramaturgie, de scénographie, de direction d’acteurs, etc. Stéphanie Kalfon est lauréate de la bourse scénariste TV de la fondation Jean-Luc Lagardère en 2007 et a débuté comme scénariste de plateau sur la deuxième saison de la série Venus et Apollon pour Arte. Elle est aussi la réalisatrice du film Super Triste ! avec Emma de Caunes. Elle travaille actuellement sur un long métrage avec Jean-Pierre Darroussin. Elle a aussi participé à l’atelier scénario de la FEMIS. Les parapluies d’Erik Satie est son premier roman. (Source : Editions Joëlle Losfeld / agence-adequat.com)

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On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise

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On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise
Isabelle Minière
Serge Safran
Roman
196 p., 16,90 €
ISBN: 9791090175495
Paru en mai 2016

Où?
L’action se situe dans une ville qui n’est jamais nommée et qui pourrait être Paris, car il y est question d’un métro aérien.

Quand?
Le roman se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Martin est un comptable idéaliste, naïf et solitaire dont les seuls visages familiers sont ceux de sa boulangère et du clochard du quartier. Il aime regarder la pluie tomber, marcher dans les rues de sa ville, espérant faire une rencontre amicale ou amoureuse qui changera sa vie.
En attendant il passe son temps à nouer des amitiés imaginaires, partageant ses états d’âme avec la grand-mère d’Odette ou Martine, l’héroïne d’un film qui le fascine. On se prend alors à rêver avec lui, à espérer qu’il croisera bientôt en chemin de véritables amis. Peut-être la jeune femme qui lui demande de s’occuper de sa comptabilité ? Peut-être ces inconnus rencontrés par hasard dans la rue ?
Avec ce roman, Isabelle Minière explore le thème de la solitude à travers les yeux d’un personnage lunaire et attachant, un peu comme Baptiste des Enfants du paradis. Au fil des pages son espoir se fait contagieux : il n’est pas du tout à l’abri de bonnes surprises…

Ce que j’en pense
***
Le meilleur résumé de ce roman tient tout entier dans le titre. Même s’il en dévoile un peu l’épilogue, il fait la part belle à ce hasard qui mène la plupart des existences. Sauf que bien entendu, le hasard n’est jamais aussi beau que lorsqu’il est un peu aidé. Lorsqu’une volonté permet d’élaguer le chemin.
Isabelle Minière, qui signe ici son second roman chez Serge Safran après le délicieux Je suis très sensible, va d’abord entraîner le lecteur dans une peinture de la vie ordinaire, des journées qui passent sans dessein. Le tout culminant dans le chapitre qui voit Martin, le narrateur, assister à la projection d’un film au titre tout aussi éclairant, puisqu’il s’appelle sobrement Rien.
Martin est donc un homme sans histoire, ou plutôt dont l’histoire est une suite de tentatives plus ou moins manquées de faire quelque chose de son existence. Il vit seul dans un appartement qu’il ne prend plus la peine de ranger, il est comptable, mais préfère ne pas avoir trop de clients à gérer. Il aimerait pourtant rencontrer une femme et lui offrir tout l’amour qui ne sert pas pour l’instant. Pour cela, il lui faudrait un mode d’emploi dont il ne semble pas pouvoir disposer.
Ce ne sont pas ses parents qui le lui fourniront. D’abord parce qu’ils sont morts. Ensuite, parce que, quand ils viennent lui rendre visite dans ses rêves, c’est pour lui expliquer qu’ils ont bien essayé de l’aimer, mais sans succès. Sa mère est directe : «Comment voulait-on que je t’aime ? Il suffit de te regarder, encore aujourd’hui… J’ai vraiment pas eu de chance, j’ai tiré le mauvais numéro à la loterie.» Son père estime que son épouse exagère, tout en l’excusant. Il lui offre cependant un conseil avant de disparaître : «Ressaisis-toi, Martin. Moi, je ne suis pas venu pour te critiquer, je suis venu pour te dire ça : reprends-toi, réagis!»
Pauvre Martin, pauvre misère.
«La pluie qui tombe, la nuit qui tombe… tout tombe. Je ferme le rideau, je ne veux pas tomber.»
Ce n’est pas la boulangère, brutalisée par son mari, qui lui tendra les bras. À moins que… Une de ses clientes, psychothérapeute, l’invitera un jour à une soirée entre amis. Sauf qu’elle est annulée au dernier moment. Frédéric, artiste plasticien, partagerait bien un café avec lui. Sauf qu’il est parti à l’autre bout du monde avec… des vitamines D. Jusqu’au jour où… comme le dit le titre du roman, une bonne surprise l’attend.
Pour faire de ce roman de la vie ordinaire une belle histoire qui fait du bien au moral, il fallait une plume sensible et des formules qui transforment le quotidien en poésie. Isabelle Minière possède ce rare talent. On pourrait remplir des pages de ces jolies formules :
«Il faudrait gratter le ciel, lui ôter le gris sale qui masque la lumière.»
«La solitude, ce n’est pas d’être seul, c’est de n’exister pour personne.»
«Elle rit, c’est joli. Des gouttes d’eau qui tombent sur un piano invisible, et qui résonnent en douceur. Comme la pluie sur les carreaux, en plus sonore ; et en plus gai. Je l’écoute rire, c’est une musique. J’écoute, je m’imprègne.»

Autres critiques
Babelio

Extrait
« Je rêve du Minimum vital, c’est un très doux nuage, blanc à reflets nacrés, où je dors paisiblement, en hauteur. Je vois ma vie, vue du nuage : un petit point qui bouge un peu, ne fait pas de bruit, un petit point plutôt sympathique. C’est consolant, ma vie vue d’en haut. Je me sens très bien sur mon nuage. Le minimum vital me convient parfaitement, j’y passe une plus longue nuit que d’ordinaire dans mon lit. » (p. 121)

A propos de l’auteur
Isabelle Minière est née au Mali mais ne s’en souvient pas. Elle a passé son enfance près d’Orléans, fait ses études à Tours et à Paris, puis vécu dans différentes régions. Elle écrit des romans, des nouvelles, et des livres pour la jeunesse. Elle est aussi psychologue, hypnothérapeute. Elle vit à Paris. Elle aime marcher, même les jours de pluie.
Après Je suis très sensible, On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, est le second roman à paraître chez Serge Safran éditeur. (Source : Editions Serge Safran)

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